LES MAIRES ET LE COMITÉ CENTRAL
TENTA ri VES CONCILIA TRICES
A huit heures du soir, le dimanche 19 mars, le Comité Central se réunit, pour la troisième fois, à l'Hôtel-de-Ville. Séance qui devait être importante, décisive peut-être. Sur la demande d'Edouard Moreau et sur la proposition d'Arnold, le Comité avait décidé de s'aboucher avec les députés et les maires de Paris. Ceux-ci représentaient alors le g-ouvernement absent. Ils étaient issus de l'élection. Ils pouvaient être considérés comme mandataires lég^aux de la population, donc ayant capacité pour stipuler en son nom, dans la limite des attributions qu'ils tenaient du sufFrag'e universel, c'est-à-dire en ce qui concernait l'administration de Paris.
Cette compétence qui devait être reconnue par tous, était, pour la circonstance, spécifiée, régularisée par un décret que M. Tirard, député et maire du II« arrondissement, avait obtenu, le matin même, d'Ernest Picard, ministre de l'intérieur, et qui était ainsi libellé :
Le ministre de l'Intérieur, Vu les circonstances dans lesquelles se trouve la ville de Paris ;
LE COMITÉ CENTRAI.
■ , • . „ VMAtPl «le Ville la Préfecture de Police, les "°"^'5:rrisSontda''l;re évacués par les autorités
mairies
"Séi;at qu'il importe de sauvegarder liatérêt des personnés et de maintenir l'ordre dans Pans ; ,^
Délègue l'administration provisoire de la Ville ae fa
réunion des -a'-^j^.^.^^^^ ,^ .I^^^Heur : Ernest Picnn. Le 19 mars 1871.
Celte délégation donnait donc mandat et autorité aux ..S. pour"discuteravec le Comité Central, represen an Tsarde nationale, c'est-à-dire la grande majont de a population. L'objet de la discussion était la convoca ton des électeurs pour la nomination d'un conseil municipal En drot pubL. c'était au gouvernement, au ---^-/;;;^- Srieur. qu'il appartenait de prendre, de signer et de publ r TL?rôté de convocation des électeurs, avec fixation du iùr de scrutin. Mais le ministre, pour des raisons qu.l expliquait, et les faits mômes le dispensaient d une explicaion n'us it pas de son pouvoir, il le transmet.ai prov^soir ment aux maires. C'était donc ceux-ci qui devaien accepter ou refuser de convoquer les électeurs ; mais qu le que fût leur décision, ils ne pouvaient se soustraire a oîwion d'en discuter l'objet avec le Comité Central Celutc ^vait cru devoir prendre l'initiative de la convocation. Il avait paru désirer s'entendre avec les maires pour la réalisation de son projet. Ne pas vouloir examiner en commun mesure, c'était ne pas s'occuper de l'administration de la ville, c'était ne pas exercer la délégation donnée par le gouvernement, par conséquent c'était proclamer quon voulait le conflit, la guerre civile. La réunion des maires et députés devait donc conférer avec le nouveau pouvoir qui siégeait, de sa propre autorité, à l'Hôtel-de-Ville. Se
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réunir, c'était accepter de fait le Comité Central, c'était reconnaître, non seulement son existence, sanction superflue et ridicule, c'eût été proclamer l'évidence, mais sa légalité. qui était contestable.
Donc les maires et députés représentant le g-ouvernement, mandatés à cet effet, et le Comité Central, émanation du suffrage de la garde nationale, mandaté par elle, étaient fondés à se rapprocher, intéressés à s'entendre. On devait aboutira un accord, que le gouvernement réfugié à Versailles et la population parisienne pourraient accepter .sans arrière-pensée et loyalement exécuter. Les termes de cet accord devaient être, la République hors d'examen, étant considérée comme le régime établi, régime indiscuté et indiscutable: la nomination d'uneassemblée municipale et le maintien de la garde nationale.
Rien de plus rationnel, ni de plus urgent aussi, que cet accord.
C'était la fin de l'insurrection, le retour à une situation régulière et pacifique pour Paris. Toute la France devait approuver. C'était, pour le pays entier, un soulagement, la délivrance d'une anxiété douloureuse.
Cet accord était certes désirable, mais n'était-il pas chimérique ?La population souhaitait la conciliation. Elle eût ratilié avec bonheur toute décision devant amener l'entente. La plupart de ceux qui cherchaient un terrain de transaction,dans le Comité Central comme à la réunion des maires et desdéputés, voulaient alors de bonne foi l'apaisement. Mais, de chaque côté, on en formulait l'expression avec des réserves, des prétentions et des affirmations qui rendaient l'adoption difficile d'un pacte définitif. En discutant, chacun s'éloignait du champ commun, du terrain d'entente, pour retourner dans son camp.
Il faut reconnaître que ceux qui considéraient la Iran-
l.K COMITE CENTRAL
saction comme irréalisable étaient seuls logiques, seuls clairvoyants, et seuls se rendaient un compte exact de la situation. Parmi ces non-conciliateurs, il y avait des membres du Comité Central, qui admettaient comme évident le complot contre la République commencé à Bordeaux, dont Versailles allait préparer la réalisation. 11 y avait aussi des maires et des députés, animés contre l'esprit révolutionnaire, tels que MM. Vautrain, Vacherct, Tirard, qui voulaient profiter du conQit pour mater la révolution. 11 y avait enfin et surtout, dans la coulisse, M. Thiers, qui diriaeait toute l'action, selon ses vues et ses volontés. Dissimulant son implacable politique, il paraissait ouvertement favorable à des propositions d'union, mais secrètement il les écartait toutes. Il entendait ne rien concéder. 11 voulait poursuivre le plan qu'il avait conçu : le désarmement de Paris, l'écrasement de toutes les résistances révolutionaires et l'airermissement d'une république bourgeoise, dont il serait le maître à peu près absolu. Il toucbait au but. Il n'entendait pas qu'on l'en éloignât par une trêve, qui pouvait devenir un ordre nouveau et durable, qu'il reprouvait. En autorisant les maires à discuter, en amusant le Comité Central avec l'espoir d'un arrangement, en paraissant consentir à donner à Paris ses franchises municipales, en permettant de discuter la nomination d'un conseil communal, M Tliiers ne faisait qu'user de la temporisation, la lactique chère au.v grands fourbes. 11 endormait l'activité révolutionnaire 11 énervait les énergies. Il provoquait aussi, dans les rangs de ses adversaires, des rivalités, des suspicions, des animosités. En même temps, il offrait aux agitateurs réactionnaires demeurés à Paris l'occasion de se ressaisir avec la facilité de se concerter et de provoquer des désordres. Enfin , U gagnait quelques journées précieuses, qu'il mettrait
à profil pour tromper, pour contenir la province. Ce répit
ijg HlSTOmE DU LA COMMUNE
laisserait aux prisonniers d'Allemagne le temps d'arriver, apportant le nombre et la cohésion aux bandes indisciplinées et insuffisantes qu'il avait pu rassembler autour de Versailles. Il feig-nait donc d'encourager ses mandataires à discuter des conditions de paix, pour mieux préparer la
guerre . <
M. Thiers voyait juste. Dès cette journée initiale du 19 \ mars, gaspillée en bavardage, en décrets inutiles ou ridicules, en préoccupations de légalité, de convocations électorales, au lieu d'être employée en concentration de forces insurrectionnelles, en continuation de la bataille commencée sur la Butte, on pouvait prévoir la réussite finale de son plan admirable et scélérat.
Tous les pourparlers, tout le verbiage qui, jusqu'à l'élection des membres de la Commune, occupèrent les esprits, remplirent les séances, multiplièrent les entrevues, provoquèrent des concilialmles, ne furent que des jeux parlementaires, sans portée comme sans utilité. Que pouvait-d advenir même d'un accord complet et loyalement exécuté? Paris aurait eu son assemblée communale? Et après? Cet accord suivi de cette élection a existé à partir du a6 mars. La guerre civile a-t-elle été écartée pour cela? M. Thiers n'a-t-il pas, huit jours après la transaction, commandé le feu ? Les insurrections sont soumises à des lois inévitables. Comme une porte doit être ouverte ou fermée, une insurrection doit être victorieuse ou écrasée. Une transaction comme celle qu'on discutait, comme celle qui se produisit, n'était pas, pour Paris, une victoire. On ne pouvait, à Versailles, la considérer comme une défaite. Elle laissait, debout et impatients d'en venir aux mains, des éléments antagonistes. La lutte entre Versailles et Paris, entre la Réaction et la Révolution ne pouvait se terminer par le fait de l'installation à l'Hôtel de-Ville d'élus, fussent-ils très républicains, eussent-il été tous membres du ComitéCentral.
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