‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 9 sur 126 · EDOUARD MORE AU · texte numérisé non relu

EDOUARD MORE AU

Parmi les membres du Comité Central qui prirent la parole dans cette première séance, il convient dementionner Edouard Moreau et Babick.

Edouard Moreau était un commissionnaire en marchandises, fort intelligent, doué d'initiative, et qui, tout à fait nouveau dans la politique, fit preuve, en plusieurs circonstances, d'à-propos, d'habileté et d'une certaine éloquence. Il avait insisté, dans la soirée du i8 mars, pourque le Comité, ou du moins les quelques membres qui avaient pénétré dans l'Hôtel-de-Ville avec lui, y restassent II les engagea à prendre immédiatement des délibérations. Il dirigea donc cette avant-première séance, et fut l'inspirateur de la plu-

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part des premières décisions. Il fit le lendemain la première proposition de conciliation et fut ensuite délégué avec Arnold, .lourde et Varlin à la mairie du II« arrondissement, pour discuter, avec les maires et les députés, la question des élections. Il ne fut pas élu membre de la Commune, mais continua à faire partie du Comité Central où son action fut souvent prépondérante.

11 était parent de cet énig-matique officier d'état-major, connu sous le nom de Beaufort, qui fut, dans les derniers jours de la lutte, assailli devant la mairie du boulevard Voltaire par des femmesexaspérées,et fusillé comme espion et traître par la foule furieuse, déjà ne reconnaissant plus aucune autorité. La trahison de Beaufort n'a pas été d'adleurs suffisamment établie.

Edouard Moreau de Bovière avait fait diverses entreprises, ne s'occupait nullement de politique, et ce fut en revenant de Londres, où ses affaires industrielles le mirent en rapport avec des réfugiés et des membres de l'Internationale, qu'il entra dans le mouvement révolutionnaire. Il fut un des combattants de la sanglante semaine. Il fut pris et fusillé à la caserne Lobau.

BABICK

Babick fut un doux et bizarre personnas^e. 11 eut des allures plutôt grotesques et une mentalité maladive, con- Bnant à la folie mystique. C'était un adepte du spiritisme. Sa famille était d'origine polonaise. Il était établi parfumeur à Paris, rue tle Nemours. Ses doctrines se composaient d'un amalgame bizarre de diverses religions. Il se déclarait « fusionniste ». Il prêchait volontiers sa religion compliquée aux enterrements. 11 avait l'aspect d'un prophète avec sa barbe grise, ses sourcils épais, son allure austère

et sa parole toujours pompeuse. Son accoutrement était baroque. Toujours chaussé de grandes bottes à l'écuyère, il portait, môme dans la rue, l'écliarpe rouge de membre de la Commune, barrant son uniforme de garde national. Il y ajoutait l'insig-ne ordinaire, ruban rouge à franges d'or. En outre il arborait, en sautoir, le collier brodé d'un ordre maçonnique, plus des médailles diver.ses, avec une chaîne d'acier descendant sur le ventre. Toute cette quincaillerie tintait à chacun de ses pas. Il allait, majestueux, comme le porteur d'une bannière d'orphéon. Il croyait à la présence des esprits, même dans la salle des séances de la Commune. C'étaient, selon lui, les âmes de morts illustres ou éloquents qui inspiraient certains orateurs à la tribune, ou dictaient à ses collègues les décisions à prendre. Il était animé de sentiments humanitaires, et fit preuve, à plusieurs reprises, durant la lutte, do modération et de tendances conciliantes. Il montra beaucoup d'énergie pour faire remettre en liberté le général Chanzy, arrêté à la gare d'Orléans, malgré les efforts de Léo Meillet, et gardé en prison par Duval, qui voulait conserver un otage dans la personne du commandant en chef de l'armée de la Loire.

Babick, malgré ses divagations, sa manie mystique, ses bizarreries d'allures et sa croyance aux esprits, était souvent bien inspiré et faisait entendre de sages paroles. On a vu qu'il tenait à dégager la responsabilité du Comité Central dans le drame de la rue des Rosiers, et qu'il s'était opposé à ce que des mesures de violence fussent prises contre les députés et les maires. Il fit partie de la minorité de la Commune et vota contre l'institution du comité de Salut public.

Il est un des membres du Comité Central qui siégèrent à la Commune. Il fut élu dans le X° arrondissement (Entrepôt) par 10.788 voix. Cet arrondissement, industriel et

LE COMITÉ CENIRAL

commerçant, aurait pu faire un meilleur clio.x. Cet élu a a pas laissé de renom sanglant, mais un peu de ridicule demeure répandu sur sa personne, sinon sur ses actes. Un brave homme malgré tout, et ceux qui se sont moqués de lui ont dà reconnaître que ce toque était parfois un conseiller plein de bon sens. Il put se réfugier en Suisse, après la défaite de la Commune. Il y vécut en compagnie de son ex-collègue Ostyn, également un illuminé et un disciple du spiritisme. Herborisant de compagnie, récoltant des simples ils visitaient et soignaient les malades. Tous deux procédaient par des passes, des attouchements des sug- Lstions. Sans connaître les lois de l'hypnose, Babick faisait de la psychothérapie; il devançait les méthodes merveilleuses de la science moderne.

Babick contribua à faire accepter l'envoi de délégués à cette réunion annoncée des maires et des députés, et ce ne fut pas une moindre preuve de raison et de bon sens politique qu'il fournit. De cette réunion, en effet, devait sortir, 01, un accord, comme l'espérait Babick, ou la guerre civile. Ce fut des deux côtés l'esprit d'antagonisme qui l'emporta, et les gens raisonnables eurent le tort de ne pas suivre les conseils du fou, au moins pour l'exemple. La folie, a dit Eschyle, est quelquefois le secret du sage.

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