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DERNIÈRE SÉANCE DU COMITÉ CENTRAL

Les clairons sonnaient toujours et leshataillons achevaient dedéfiler, en bon ordre, chacun s'efforçant de bien cadencer le pas et de se maintenirà l'alig'nement, que déjà l'estrade s'clait vidée. Lanuiltombalt. Les nouveaux membres de l'assemblée s'étaient retirés un à un, sans ordre d'appel, sans

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convocation, sans sig-nal donné, gagnant la salleSaint Jean, chacun suivant sonvoisin, au hasard, et comme àlaqueueleu-leu. Ainsi, emboitant le pas, comme à l'aventure, cherchant son chemin, se dirigeant de sa propre initiative, sans être guidée, ni sans qu'on s'occupât de l'installer, la Commune tentait de tenir sa première séance.

Le Comité Central venait de siéger pour la dernière fois, en tant que gouvernement provisoire, du moins; on verra qu'il continua à se réunir sous la forme d'un sous-comité et à prendre des délibérations, s'efforçant de survivre, d'agir, de conserver la direction des affaires, malgré la présence à l'Hôtelde-Ville de l'Assemblée Communale nommée par le suffrage universel.

Dans celte séance finale, tenue ce mardi à midi, à l'Hôtel-de-Ville, sousla présidence du citoyen Assi, fut décidée la rédaction d'une adresse au Peuple de Paris, pour le remercier d'avoir confirmé par son vote la conduite du Comité Central. Une commission de dix membres fut nommée, chargée de procéder à l'installation du Conseil municipal. La commission ne s'acquitta point de cette mission protocolaire, et l'on ne sut ce qu'elle était devenue, quand après la cérémonie de la proclamation, les membres de la Commune voulurent se réunir et siéger. Evidemment le Comité Central boudait. Avant de se séparer, le Comité s'était déclaré dissous, eu ajoutant qu'il resterait chargé de l'expédition des affaires jusqu'à l'installation du Conseil municipal, auquel il devrait rendre des comptes. Les 19 membres du Comité furent alors invités àassisteren corps à la proclamation du vote sur la place de l'Hôtel-de-Ville et la séance fut levée aux cris de : « Vive la République ! Vive la Commune de Paris 1 »

LE COMITE CEMTRAL

Ainsi finit, officiellement et ostensiblement, ce pouvoir provisoire, qui a laisse un renom contesté, et dont le rôle aurait pu ôtre si grand. Il fut, en réalilé, secondaire et, à un certain point de vue, néfaste.

Disons tout d'abord qu'il ne s'ag-it pas du tout d'approuver ici les critiques, les reproches, les outrages aussi, que les écrivains de la réactionne se sont pas fait faute de prodiguer à ce Comité de prolétaires. Notre appréciation sur le Comité doit être sévère, mais elle ne repose pas sur les sottes considérations de ceux qui ont raillé ou méprisé les excellents citoyens qui formèrent leg'ouvernement du Dix- Huit mars.

On leur a ridiculementreproché leur défaut de notoriété, leur situation modeste, leur absence de passé politique, leur manque de parchemins démocratiques. Bien loin d'être un motif de dédain et de blâme, cette simplicité d'origine et cette absence de célébrité politique doivent être des titres au respect et même à l'admiration de la postérité. Ces hommes, qui n'étaient pas des politiciens, représentaient admirablcmentla masse populaire dont ils étaient sortis. Ils furent choisis par les gardes nationaux, non pas comme des législateurs ou des administrateurs, mais comme des chefs de barricade. Ils représentaient la vraie armée de l'insurrection, celle dout les chefs sont improvisés, pris parmi ceux que l'on connaît personnellement, parmi des notoriétés de quartier, des camarades, dont on croit être sûr, et qu'on estime pour leur intelligence, leur bravoure et leur zèle. Leur élection, à la suite de la réunion initiale du Tivoli-Waux-IIall, eut lieu à deux et même à trois degrés, ce qui n'est pas contraire aux principes révolutionnaires.

puisque la grande Convention Nationale est issue d'un suffrage analog-ue. En tous cas, ce mode électif permettait un conlrôle plus efficace de la capacité et de la popularité des candidats. Ils sortaient des rang-s du peuple, et c'était la meilleure école pour des officiers d'une armée populaire. On s'est é°-ayé de leurs g-alons, de leurs bottes, de leur.'? écharpes. Misérable chicane ! Ce g-oût de l'uniforme, du panache, que la pratique du sièpe avait certainement développé, ne fut pas lepropre des g-ardes nationaux de 1871. De tout temps le Français eut plaisir à porter sous les armes des costumes chatoyants, et depuis les fring-ants mousquetaires jusqu'aux pimpantes g-ardes françaises, les bottes brillantes, les passementeries dorées, les broderies fines, fes plumes ondoyantes, les cocardes et les g-alons, ont été en honneur chez nous Tous ces hochets g-uerriers ont contribué à l'éclat, à l'entrain etau renom de nos armées d'autrefois. D'être bien habillés, d'avoir le feutre triomphal et le tricorne vainqueur, cela empêcha-t-il lesmousquetaircsde se faire tuer devant Maestricht, les g-ardes françaises de sauver la monarchie à Fontenoj et de la vaincre au i4 juillet ? Les héros de l'Iliade moderne étaient tous chamarrés, et leur Achille, l'indomptable Murât, faisaitencoreplus l'effet d'un général de cirque que notre vaillant Maxime Lisbonne.

11 faut laisser aux plaisantins, à court d'arg-uments et d'idées, dénués aussi de faits convaincants contre le Comité Central, ces niaises et faciles critiques. Ce n'est ni l'abus du costume, ni le g-oilt des galons et des écharpes, qu'il convient de reprocher aux hommes de 71, aux membres du Comité Central, aux membres de la Commune. Galons et écharpes étaient nécessaires pour imposer le commandement et l'obéissance à des masses peu façonnées à la discipline, au respect du grade ou de la fonction. Il ne faut pas oublier non plus que ces distinctions enviées et reprochées,

LB COMITÉ CSNTRAI-

ces galons dérisoires, ces écharpes ridicules, furent au danser et à l'héroïsme: ces insignes, devenus terr.bles, désijfnaDl ceux qui les avaient arborés à l'exil, au bagne ou à

la mort. ,

Non ! le Comité Central n'a encouru aucun reproche pour ces questions de décor et d'apparat. Il n'a pas davaiilago pu susciter l'effroi ou la haine par ses violences, par ses injustices. 11 n'a pas versé une goutte de sang. 11 a été étrau-er au meurtre de la rue des Rosiers, impressionnant sans doute et regrettable, mais, par la suite, beaucoup trop méloaramaliquement grossi. Il n'a opéré ni perquisitions ni arrestations, et il a fait mettre en liberté le général Chanzy et ses compagnons, empoignés par un excès de zèle de chefs subalternes, sous l'impulsion d'une foule linpatiente et frénétique. 11 a mendié quelques billets de mille trancs au baron Rothschild et ù la Banque de France, quand il pouvait simplement et facilement prendre tout 1 or des caves et tous les billets du portefeuille. Cette belle action fut d'ailleurs d'un mérite contestable. Le pour et le contre 96 présentent \ l'esprit pour l'apprécier. Le Comité Central, pouvoir insurrectionnel, ne visant pas à devenir un gouver- Lment régulier, susceptiblede durer et d'être reconnu par l'Europe, ne devait-il pas tenter la prise des raillions, nerfs de la guerre, de la paix ;uissi, pour sauver Pans, quand il était temps de la faire?

On a justement rendu hommage, et dans tous les partis, à la probité de ces membres de la Commune, dont le ministre dos finances, ayant à sa discrétion le Trésor et la Banque, envovait sa femme, avec le. linge de la famille, au Uvoir public." Les membres du Comité Central ont tous droit au même éloge. Le Ministre des finances cité se nommait Jourde, et avant de siéger à la Commune, faisait partie du Comité Central.

Enfin le Comité Central a ag-i avec autant de patriotisme que de tact et de prudence dans les circonstances les plus délicates, lors de ses rapports avec les g-énéraux allemands, dominant la cité, tandis que M. Thiers se prosternait à leurs pieds et leur cirait les bottes pour obtenir d'eux les moyens de mitrailler plus tôt et plus complètement Paris.

Le Comité Central ne mérite donc aucun des injustes dénigrements dont il fut l'objet. Il serait demeuré admirable et son renom ne soufi^rirait aucune atteinte, s'il n'avait failli à son mandai, et, par son inertie et sa fausse conception de son rôle, trahi, inconsciemment, la grande cause qu'il avait à défendre.

Il eut le tort immense, et nous avons indiqué, précisé ce tort, de ne pas rester ce qu'il était :un pouvoir insurrectionnel, un gouvernement de barricades, de batailles et de combats sans relâche. Il a voulu négocier, faire de la diplomatie, de la politique, consulter le suËFrage universel et instituer une assemblée parlante. Illusion et sottise I II devait ne considérer l'Hôtel-de- Ville que comme un quartier R-énéral, et marcher à l'ennemi, sans regarder en arrière. Quand on tire l'épée pour la guerre civile, a dit un capitaine des guerres de religion, Montluc, il faut jeter derrière soi le fourreau.

Le Comité Central a gardé soigneusement le fourreau, et il s'efforçait d'y faire rentrer l'épée. Préoccupation humanitaire, louable en d'autres temps, alors funeste. Il s'est laissé duper par M. Thiers et par les maires. Il devait ajourner la convocation de la Commune jusqu'à ce que Versailles fût occupé et l'assemblée monarchiste dispersée par la force, ou dissoute parla peur. En permettant à M. Thiers de gagner du temps, il lui permettait de gagner les combats futurs. Il ne devait pas laisser rassembler une armée à

cinq lieues de Paris, et son devoir impérieux était de combattre, en dehors des murs, de façon à empêcher la capitale, la forteresse de la démocratie, d'être encore uue fois investie, c'est-à-dire perdue, selon le principe de Vauban, le secours extérieur devenant improbable ou tardif.

Le Comité Central a pu descendre, le front haut, les degrés de l'Hôtel-de-Ville, bien que plusieurs de ses membres eussent, au moment de se retirer, regretté leur décision et ne parussent céder qu'à contre-cœur leur siège à de nouveaux favoris du peuple ; mais, en quittant son poste de combat, il a livré la place qu'il avait mission de défendre. Voilà sa faute, son crime.

L'Assemblée rurale a refusé aux maires de Paris le certificat de bons citoyens, pour avoir transigé avec l'insurrection. La postérité, elle, doit proclamer que les membres du Comité Central ont cru agir en serviteurs probes et désmtéressés de la cause populaire,mais elle doit estimer, en même temps, qu'ils se montrèrent des insurgés trop férus de légalité, des combattants trop pressés de se transformer en parlementaires, en somme des honnêtes gens bien mtentionnés, mais de grands timides et de funestes maladroits.

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