PREMIÈRE SÉANCE DE LA COMMUNE
Les membres de la Commune ignoraient, pour la plupart, les détours de l'Hôtel-de-Ville. Ils erraient par les salles etr les couloirs à la recherche du local qu'ils supposaient cKsposé pour les recevoir. Pressés de se réunir et de siéger, avant la fin du défilé, auquel Brunel continuait de présider, ils s'étaient rendus à la grande salle Saint-Jean, connue de tous et accessible par le rez-de-chaussée. Mais ce local était trop vaste, dépourvu de sièges et de tables ; il était impossible d'y tenir une délibération. Rien n'avait été préparé pour les séances de la nouvelle assemblée. Ce devoir incombait au Comité Central. Il s'en dispensa. Il afficha ainsi, dès la première heure, sa mauvaise humeur. L'antagonisme .si fâcheux qui exista, mais seulement jusqu'aux dernières journées, car le péril tout proche y mit fin, se manifesta, à l'issue de la proclamation, par cette mesquine et ridicule dérobade des membres du Comité. Avant de se séparer, le Comité avait cependant désigné des commissaires pour procéder à la convocation et à l'installation de la Commune. Cette commission s'évanouit, ne reparut que tard dans la
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soirée. Ceux qui la composaient montraient ainsi leur dépit de n'avoir pas été élus membres de la Commune, letir regret de quitter le pouvoir. Ils avaient pourtant mis assez de hâle à vouloir .s'en débarrasser, disaieut-ils. A peine eurenl-ils cédé leurs sièges qu'ils souffrirent de leur abnégation. Ne pouvant reprendre leurs places, ils voyaient avec amertume d'autres les occuper. Do là ce désintéressement subit de l'installation do leurs successeurs, et cette hâte à rentrer chacun chez soi, laissant les « bleus » se débrouiller comme ils le pourraient, à travers les corridors et les escaliers de l'Hôtel-de-Ville. Ce sentiment est à peu près général. Donnez un coup de sonde dans l'âme d'un modeste ou d'un résigné remplacé, et vous verrez jaillir l'orgueil et le regret.
Un des nouveaux élus, Arthur Arnould, a raconté, simplement, sans nulle récrimination, il était des triomphateurs, cette prise de possession de l'Eôtel-de- Ville, dépourvue de cérémonie, d'une impression plutôt mélancolique.
Rien n'était préparé, a-t-il Jit, pour nous recevoir à l'ilùteldc-Ville, lorsque nous nous y présentâmes.
Pas une salle qui ne fiil en partie occupée par la suite Hu Comité Central.
Les premiers membres de la Commune arrivés erraient au hasard, no sachant où nous devions nous réunir. On avait oublié de dire aux sentinelles de nous laisser entrer ; or, comme nous n'avions, à ce moment, ni le mot d'ordre, ni aucun sis;nc qui pût nous faire reconnaître, il fallut parlementer longtemps à la grille, avant de pouvoir pénétrer à l'intérieur.
Plusieurs d'entre nous, ceux dont le nom et la figure étaient peu connus, durent, ce soir-là, se retirer devant la consigne sévère des hommes de faction.
Cependant, à dix heures, nous étions en nombre snftîsant pour entrer en fonctions.
Me rappelant alors, en ma quahté d'ancien adjoint du 4 septembre, qu'il y avait à l'Hôtelde-Ville une salle réservée aux
séances du conseil municipal, j'y conduisis mes collègues embarrassés.
La porte en était fermée. Les membres du Comité Central étaient introuvables. Il fallut requérir un serrurier. La salle, qui n'avait plus servi depuis longtemps, était pleine de poussière. On manquait de lampes.
Beaucoup d'entre nous ressentaient une vive irritation contre le Comité Central, lui attribuant un parti-pris qui n'existait probablement pas, du moins d'une façon raisonnée et unanime. Enfin, nous pûmes nous installer tant bien que mal. (Arthur Arnould. — Histoire populaire et parlementaire de la
Commune de Paria. — Brii.xelles, librairie Kistemacckprs, 1878.
t. II, p. 78.
11 était dix heures passées, lorsque les membres présents, se trouvant assez nombreux, propo-sèrent d'ouvrir la séance. Il fallait un président. Des noms furent lancés, des dates d'années lointaines furent demandées et données. Charles Beslaj', dont la date de naissance remontait au siècle précédent, fut invité, sans vote, à prendre la présidence de cette réunion, qui, par son défaut de cérémonial, ne pouvait être considérée comme séance d'installation.
Prenant place au fautetiil, avec Ferré et Raoul Rigault, qui paraissaient les plus jeunes membres, comme secrétaires provisoires, Charles Beslay, sans autre préambule, déclara la délibération ouverte .