‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 32 sur 126 · L'AMIRAL SAISSET · texte numérisé non relu

L'AMIRAL SAISSET

Une des belles nullités de l'époque. Jean-Marie-Théodore Saisset était âgé de 61 ans, quand M. Thiers le prit

LB COMITE CKNTRAL

pour tenir tôle à Paris en rcvolulion el assurer le « triomphe de l'ordre». 11 était absolument incapable d'accomplir une aussi formidable tâche. iM. Thiers n'en doutait nullement, et ce fut probablement le motif qui le décida à la lui confier. S'il avait cru que M. Saisset pourrait seulement remplir le quart de cette mission, il se fût bien g-ardc de la lui donner. Thiers se réservait le rôle de sauveur, dont le médiocre et pusillanime amiral acceptait vaniteusement d'être la doublure.

Saisset était entré à l'école navale de Brest en 1829. En i84o, il était lieutenant de vaisseau. Un accident d'ordre disciplinaire, auquel il sera fait allusion plus loin, interrompit sa carrière et retarda son avancement. En i863, il fut nommé contre-amiral et membre de la Commission des phares. Au moment de l'investissemenl, il reçut, comme la plupart des officiers de marine inutilisables sur mer, un commandement à terre, sous Paris. Il fut charg-é de la défense des forts del'Est et nommé vice-amiral. Au plateau d'Avron, il fit illusion et acquit une certaine popularité. La population parisienne, qui voyait en lui un des meilleurs défenseurs de la cité, ce qui était une supposition gratuite, le nomma député au.t élections de février. Il fit partie de la commi.ssion chargée d'a.ssisler aux négociations de la paix. Nommé général en chef de la g-arde nationale, par M. Thiers, le 20 mars, il fut un instant le chef des bataillons modérés, et parut devenir l'âme de la résistance bourgeoise, au Grand-Hôtel et à la mairie de la rue de la Banque. 11 ne tarda pas à reconnaître son impuissance et donna sa démission. A l'Assemblée nationale, où il revint siéo-cr, il se signala par son vote contre l'amendement Wallon, c'est-à-dire contre l'établissement défiuilif de la République, lors de la discussion des lois constitulionnelles. 11 est mort à Paris le 25 mai 1879.

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L'amiral a déclaré, dans l'Enquête sur le i8 mars, que:

M . Thiers était bien résolu à ne donner son adhésion à aucun des points sur lesquels les maires et lui-même déclaraient céder pour arriver à une conciliation, lors des pourparlers à la mairie du lie.

Il savait donc que les négociations n'étaient, comme on dit, que pour la frime.

Cette déposition dans l'Enquête est fort curieuse. C'est un mélang'e d'absurdités, d'inventions extravagi'antes et d'imputations calomnieuses. Nous j' reviendrons à l'occasion du récit de la mort de Dombrowski et des tentatives de corruption dont ce brave fut l'objet de la part de l'ag'ent versaillaisVeysset. On y trouvée côté d'aveux naïfs et d'accès d'infatuation ridicule, des afKrmations énormes, toujours dénuées de circonstances probantes et provenant de racontars d'espions et de témoignages d'hommes suspects. En voici quelques échantillons : « Il (un nommé Engar) me déclara que M. de Bismarck avait distribué plus de trentequatre millions pour l'affaire de la colonne. » C'était estimer cher, par le pratique chancelier, la disparition d'un trophée, toujours g-lorieux sans doute pour la majorité des Français, mais dont le prestige devait être amoindri aux yeux des soldats allemands par les triomphes plus proches de Sedan, Strasbourg, Metz et Paris. Dombrowski était, pour le bon amiral, « le chef de l'Internationale russe ». Avec candeur il a déclaré : « Pour moi, Grémer et Rossel sont deux agents bonapartistes. Arronsohn aussi, Dombrowski, Cluseret et tous les autres (?) sont des agents bonapartistes. Pour Dombrowski, j'en suis sûr, parce que mon premier aide-de-camp me l'a dit...» Pourquoi pas aussi son petit doigt? C'est enfantin, {h'nqiiêle Parlementaire sur le i8 mars, t. II, pp. 3i5 et suiv.)

Ce fantoche, qui se montra aussi dépourvu d'intelligence jiie de bravoure, lorsque l'ùnergie du Comité Central brisa l'essai de guerre civile qu'il tentait dans le centre de Paris, pendant les pourparlers avec les maires, devait connaître k sou tour les imputations médisantes. Legénéral Cluserct a dit de lui, dans ses Mémoires, qu'il avait, à la préfecture de police, son dossier, dans un carton rouge contenant les pièces relatives aux mœurs des personnages importants, classés parmi les invertis, m M. l'amiral Saisset, dit-il, étant capitaine de frégate, fut mis en non activité pour avoir germinysé un mousse. Le dossier contenait en outre la série des observations continuées depuis par la police. ■» (Mémoire darjénéral Claseret, t. I, p. 17, et note. Jules Lévv, édit., Paris, 1887.)

Le commandement de la garde nationale de l'ordre lui fut conBé par M. Thiers, parce que, dans la pensée du fourbe, cette fonction n'avait rien de sérieu.x, et que cette nomination ne pouvait aboutir à d'autre résultat que de lui faire gagner du temps en faisant croire à une prolongation de la résistance dans Paris. Le vaniteux Saisset a trouvé une autre explication, plus flatteuse pour son amour propre :

Vous avez su, a-t-il dit avec fatuilé à la commission d'Enquête, qu'il y avait eu en ma faveur une espèce d'ovation ?ur le boulevard, près de l'Opéra, ov.ition à la suite de laquelle M. Thiers m'appela pour me demander de tenter un effort à la lèle des gens de ronlrc de la garde nationale de Paris : il me nomma commandant supérieur des gardes nationales de la Seine le 20 mars

L'amiral ne s'est pas contenté de calomnier ses adversaires, il a fait.encettecirconstance, de M.Thiersun nigaud. Comme si le malin politique eût attribué de l'importance à une acclamation hasardeuse de quelques gardes nationaux,

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rencontrant leur ancien g-énéral du plateau d'Avron, au cours d'une promenade de curieux, sur les boulevards. M. Thiers cherchait à donner un chef assez connu aux groupements réactionnaires du Grand-Hôtel et de la mairie de la Banque afin de les maintenir en haleine et en armes, encore quelques jours. C'était un rt'-pit qui était nécessaire à ses desseins. Saisset se trouvait là : il le prit, sans du reste lui donner une mission précise, sans croire une seconde à l'utilité de son intervention. Saisset luimême fut obligé de reconnaître qu'on l'avait nommé à un poste aussi important, et dans un moment si critique, sans lui dire ce qu'il aurait à faire.

Au moment de mon départ, a-t-il dit, je n'avais pas d'instructions écrites . Les instructions verbales de M. Thiers étaient : «Je ne vous donne pas l'ordre d'aller à Paris, je suis heureux de votre délerniinalion. Je vous recommande de faire tout ce qu'il faudra pour arriver à l'clargissenienl du général Chanzy. Faites ce que vous pourrez au moyen de votre popularité, popularité plus ou moins passagère, pour tâcher de conjurer les horreurs de la guerre civile. Je n'ai pas d'instructions à vous donner ; les maires de Paris ont mes pleins pouvoirs. . .

(Enquête parlementaire. — Déjà citée.)

Cette mission donnée en termes aussi évasifs n'était qu'une ruse de guerre. On ne tarda point à s'apercevoir de la nullité de Saisset.

L'amiral, à Paris, n'exagéra point son rôle. Toute son action militaire se borna à donner quelques instructions, sans se préoccuper de savoir si elles seraient suivies. Il se fit voir le moins possible. La réunion des maires et des députés ne put ni l'entendre, ni même l'appeler à ses séances. Le jour où il y eut quelque danger, lors de la manifestation de la rue de la Paix, il avait eu le soin de se souvenir que son mandat de député l'appelait à Versailles. Avec

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empressement, dès qu'il le put sans trop de honte, il licencia les hommes qui étaient venus, avec une ardeur combative, se mettre à sa disposition. Il décampa, avec prestesse et d'ans des conditions piteuses, comme on le verra plus loin, avant même que l'accord des maires et du Comité Central lût certain. 11 a Lien servi M. Thiers.

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