‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 33 sur 126 · L'ASSEMBLÉE A VERSAILLES · texte numérisé non relu

L'ASSEMBLÉE A VERSAILLES

A deux heures,le lundi ao mars, l'assemblée tint sa première séance à Versailles. Ce n'était plus le magniUque vaisseau du grand théâtre de Bordeaux qui recevait les représentants de la France, mais c'était encore une salle de spectacle : sur la scène on avait dressé une trihune. Là avaient été représentés les opéras de LuUi, les ballets allégoriques et mvthologiques où le grand roi emperruqué avait daigné danser. Les plus graves délibérations et les plus scélérates résolutions allaient être proposées et approuvées sur ce théâtre des anciens menus plaisirs du roi et de sa noblesse. Le local était coquet, riche, éveillait des idées de gala. Le bureau se trouvait placé sur la scène, un peu en retrait. Le décor d'un portique l'encadrait. La tribune couvrait le trou du sou f Heur. Des tables et des sièges, sur les côtés, étaient disposés pour les secrétaires-rédacteurs. Des passages avaient été pratiqués dans le parterre pour les allées et venues des députés et des garçons de service. Une allée centrale conduisaitàla tribune. Comme les places faisaient défaut dans le parterre, les avant-scènes, les loges, le pourtour du rez-de-chaussée avaient été réservés aux députés. Les loges du premier étage, les galeries, étaient ouvertes au corps diplomatique, à la presse, aux personnes munies de billets. Menant du péristyle à la cour du Maroc, la froide et imposante galerie des tombeaux, garnie des

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statues, couchées, debout, ag-enouillées, des rois de France, des reines, des chanceliers, des prélats, des maréchaux et ministres, drapés dans leurs costumes de marbre, servait de salle des pas perdus. Là, s'échangeaient les nouvelles, se tramaient les intrig-ues, se discutaient les hommes et lesévénements. Les propos de couloirs animaient cette nécropole majestueuse.

Dans ce cadre monarchique, huit cents représentants dont la mission était remplie, et qui n'avaient plus d'autre mandat que celui qu'ils se donneraient, devaient s'efforcer, sans y parvenir, d'étrangler la République, qu'ils nommaient familièrement : la Gueuse. Paris, tout prêt, en armes et déjà menaçant, les gênait pourtant, et leur guetapens, dès la première séance, apparaissait si compromis qu'ils n'osaient en formuler à haute voix le projet. Il fallait attendre, guetter l'heure propice pour serrer le lacet. Les ruraux, spectres exhumés, fantômes rôdeurs, revenants falots, passaient parmi les mausolées, ruminant les plus ténébreux complots, qu'ils ne révélaient qu'insidieusement par des exclamations, des apostrophes, des motions hypocrites au but déguisé.

Parmi ces députés .sans cohésion, sans groupements solides,dépourvus de chefs autorisés et de guides expérimentés, tous n'étaient point animés de haine contre Paris ni de mauvais desseins contre la République. Il y avait quelques républicains, dont les sentiments étaient, surtout au début, optimistes, et qui espéraient la conciliation. Un témoin, Léonce Dupont, a dit :

Quant à des illusions sur ce qu'on appelait alors la garde nationale de l'ordre, sur l'arbitrage des maires et autres billevesées dont quelques esprits crédules se sont un moment nourris, M. Thicrs n'en eut jamais; mais on en trouve encore trace au sein de l'assemblée. Là s'agitent des passions contraires. À côté

LE COMITE CliNTRAL

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de la raaiorité, ennemie inavouée de la Rëpublifiue, il s'est formé uno minorité, amie non moins inavouée de la Commune. Aux exircaiil.'s on se trompe, et l'on noue de sourdes et hypocrites conspirations; au milieu, comme toujours, on prête l'oreille à de fallacieux projets de conciliation. C'est là qu'on a la confiance facile.

(Léonce Da^onl. Souvenirs de Versailles pendant la Commune, p. 30).

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