PREMIÈRE SÉANCE
M. Jules Grévy présida la première séance. On peut s'étonner que l'assemblée de Bordeaux, où les éléments hostiles à la République dominaient, ait choisi pour son président un homme connu pour la fermeté de ses principes républicains. C'était là surtout qu'éclatait l'impuissance de cette assemblée à manifester ses véritables sentiments. Elle avait peur de se prononcer ouvertement pour la monarchie, qu'elle désirait, qu'elle préparait sccrclement. Elle n'osait mettre à sa tête, soit en lui confiant la direction de ses débats, soit en lui remettant le pouvoir exécutif, un personnage dont le nom et le passé seraient un défi et une menace pour l'opinion républicaine. Elle devait atteudre jusqu'au coup d'état parlementaire du 24 mai 1878 pour oser sedonnerdes chefs notoirement anti-républicains, dans la personne de Mac-iMahou, des Broglie, des Buf. fet. En mars 71, elle craifjnait de démasquer prématurément ses hommes et ses désirs. Elle parla timidement du duc d' Au maie, avant une séance de nuit inquiétante, et n'eut pas l'audace de le proposer tout haut. La peur de Paris en armes, dont l'exemple pouvait entraîner la France entière,la retenait dans les voies obliques, et lui faisait supporter, au moins provisoiremenl.Thierset Grévy, bien qu'on ne pilt compter sur eu.x pour un complot monarchiste. Il est malheureux que l'Assemblée ait eu cette prudence. Si elle
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eût, à Bordeaux ou à Versailles, remplace Grcvj et ïhiers par des royalistes avérés, la province eût senti le danger, compris l'insurrection parisienne, et la révolution du Dix- Huit mars se fût propagée et imposée à toute la France, comme le salut de la République.