‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 36 sur 126 · LA REPUBLIQUE ET LES DROITIERS · texte numérisé non relu

LA REPUBLIQUE ET LES DROITIERS

Le premier discours de M. Grévy à Versailles, en ouvrant la séance, fut un réquisitoire contre Paris :

Il semblait, dit-il, exagérant sa solennité coutumière, dès que le procès verbal de la séance dernière à Bordeaux l'ut adopté, que les malheurs de la patrie fussent arrivés à leur comble, mais une criminelle insurrection, sans un prétexte plausible qui puisse l'atténuer, vient encore les aggraver. Un gouvernement factieux se dresse en face de la représentation nationale, seul pouvoir existant. La force restera au droit. La représentation nationale saura se faire respecter, elle saura accomplir sa mission, panser les plaies de la patrie, et assurer à la République. ..

Ici le président fut interrompu par des murmures s'élevant des rangs des ruraux. Prononcer le nom de la République leur semblait un outrage, et parler d'assurer l'existence de cette République, un défi, presque le lang-age d'un factieux.

Jules Grévy donna un coup de sonnette et put achever sa

phrase :

... elle saura assurer la République contre ceux qui pourraient la compromettre et contre ceux qui commettent des crimes en sou

nom.

LE COMITé CENTRAI. lC3

L'URGEACE SLR LA LOI MUNICIPALE

M. Clemenceau monta ensuite à la tribune pour déposer le projet de loi, dont il avait été question dans la réunion des maires et des députés, visant la convocation des électeurs, dans le plus bref délai, pour la nomination du conseil municipal de Paris. Il demanda l'urgence que M. Picard, ministre de l'intérieur, combattit. M. Tirard intervint et dit :

Croyez-le, si nous vous demandoDS l'urçence pour ce projet, c'est que nous en sentons l'absolue nécessité.

Comme un membre interrompait ses explications pour lui crier sottement : « Et les assassins du général Clément Thomas?» M. Tirard releva avec indignation l'assimilation que voulait suggérer le droitier, « Nous sommes tout disposés à donner notre vie pour la patrie, s'écria-t-il, mais, tenez, je suis humilié d'avoir à me défendre I « Il termina en disant :

On s'est étonne que la garde nationale ne se soit pas levée à l'appel du (gouvernement, c'est un peu à cause du vole de la loi sur les écliéauces. En outre, Paris n'a pas d'administration municipale. Je vous garantis que du jour où nous aurons fait placarder un appel aux honnêtes parisiens pour les inviter à se donner des mandataires, la guerre civile sera finie.

Le ministre de l'intérieur, se ravisant, dit qu'aprèsavoir entendu ces explications, il croyait que la Chambre ne devait pas repousser la proposition d'urgence. Eu même temps il protesta contre une expression de M. Clemenceau, ayant dit que « le gouvernement avait abandonné son poste ». C'était la vérité, mais toute vérité qui choque peut être qualiKée calomnie. Il fut entendu que le dix-huit mars, le gouvernement n'avait cédé qu'à la force, ce qui est un men-

sonse que l'histoire n'a jamais voulu enregistrer Enfin l'urgence sur la proposition de convocation des électeurs municipaux fut votée.

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