‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 39 sur 126 · DÉCLARATION DE M. TIRARD · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DE M. TIRARD

L'assemblée avait écouté, avec consternation à gauche, avec ravissement à droite, les imprécations de Jules Favre. Il fallait pourtant une réponse. Ce fut M. Tirard qui la donna, avec mesure, mais non sans un certain courage :

Messieurs, j'arrive de Paris, dit-il. Une partie des

mairies sont encore occupées par les maires et ne sont pas au pouvoir du gouvernement qui siège à l'Hôlel-de- Ville...

Ici, une interruption violente. On protesta contre le terme de gouvernement employé. « Dites les insurgés ! » lui cria-

t-on.

M. Tirard ne releva pas l'interruption, et continua, posément, mais avec autorité :

Messieurs, nous sommes à Paris, mes collègues et moi, en face de ces hommes, et je vous prie de croire que nous ne reculons pas devant eu.\, que nous les tenons en échec. Je suis dans ma mairie, je ne l'ai quittée que pour venir ici; je vais y rentrer ce soir, et si demain doit paraître, comme on l'a dit, un décret portant ma destitution, je n'y resterai pas moins ; ils m'y tueront s'ils le veulent. Messieurs, quand on est prêt à faire des actes de cette nature, on a le droit de parler. Eh bien, messieurs, je vous l'avoue, j'ai écouté tout à l'heure le discours de l'honorable ministre des afl'aires étrnnoères avec une émotion, avec une douleur profondes, et je vais vous dire pourquoi.

Oh 1 je ne vcu.x pas critiquer, les moments sont trop précieux pour se livrer à des récriminations, mais je veux le dire en toute sincérité, Paris peut être sauvé d'ici demain, Paris peut être sauvé avec des mesures, je n'ose pas dire de prudence, je n'ose pas dire de conciliation, mais de conservation.

Eh bien, messieurs, les mesures qui oat été annoncées tout à l'heure m'épouvantent, je l'avoue.

Il y a quelque chose dans le discours de M. le ministre des affaires étrangères qui m'a surtout affligé : c'est cet antagonisme qu'on cherche à faire naître entre Paris et la province. Permettez-moi de vous dire que personne n'est plus opposé que nous au démembrement de la France sous quelque forme qu'il se présente. Quand nous entendons parler de ruraux et d'urbains, quand nous voyons que l'on cherche absolument à établir une distinction entre les différentes contrées dont le pays se compose, nous en sommes profondément affligés. Nous regrellons vivement qu'on se fasse une arme contre toute une population de quelques articles de journaux, qui, en définitive, ne représentent que l'opinion (le quelques individus, et dont on ne saurait, en bonne justice, rendre solidaire toute cette population. Je n'ai pas de journaux pour répondre aux articles et aux injures que l'on dirige contre moi, et que j'entends répéter autour de moi depuis six mois. Les Parisiens honnêtes, — et c'est l'immense, la très immense majorité, — protestent contre de pareilles exagérations, qui sont faites dans un esprit que je n'ai pas besoin de vous signaler.

Messieurs, je ne veux pas rester plus longtemps à la tribune, mais je vous en adjure, laissez-nous terminer notre œuvre, qui est en bon chemin . Nous avons autour de nous toute une population saine, et c'est l'immense majorité.

Je me résume, et je donne à mon discours ce que le ministre des affaires étrangères n'a pas donné au sien : une conclusion.

Si vous voulez bien adopter notre projet, je vous assure que la tranquillité renaîtra dans Paris, et que dans deux ou trois jours, demain peut-être, nous serons maîtres de l'Hôtel-dc-Ville et de tous les édifices publics. Si, au contraire, nous revenons les mains vides, soit aujourd'hui, soit demain, je vous avoue franchement que je ne sais pas ce qui pourra se passer.

Voilà, messieurs, ce qui était de mon devoir de vous dire et de vous faire connaître.

Cette déclaration fut très applaudie. Elle amena M. Thiers, une troisième fois, àla tribune.

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