‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 40 sur 126 · RÉFUTATION DE JULES FAVRE PAR THIERS · texte numérisé non relu

RÉFUTATION DE JULES FAVRE PAR THIERS

M. Thiers était visiblement g-êné par l'exubérante diatribe de son coUè-ue Jules Favre, qui avait trop déchiré les voiles, et divulgué sans assez de ménai^ements les projets de g-uerre civile du gouvernement et l'espoir de son chef de rentrer dans Paris par la brèche. Il profita des paroles applaudies de M. Tirard pour réfuter son ministre des affaires étrangères.

La vraie manière d'être coQcUiants. c'est d'être justes. Je remercie l'honorable M. Tirard, et je suis sur que l'Assenablee le , emerciera arec moi du noble couragequ il montre tous les lours, ilans les circonstances difficiles où nous sommes places.

Maintenant, qu'il soit bien entendu que la France, ici repres.ntce ne déclare pas et n'entend pas déclarer la guerre a Paru, uue nous n'entendons pas marcher sur Paris, mais que nous .uendonsde sa pari un acte de raison, en applaudissant a tous

nx qui font leurs efforts pour le provoquer. Nous serons heureux de les voir réussir. .

Paris veut ses droits : nous travaillerons à les lui rendre, en n'v mettant d'autres réserves que celles qui seront nécessaires, p.mr que les scélérats, qui ont opprimé Paris et ont essaye de le déshonorer, n'aient plus en mains une force dont ils abusent. nour que la tranquillité de Paris soit assurée en sauvegardant sa liberté, et pour que les droits mêmes qu'il réclame restent dans leur intégrité. . . .

La Chambre approuvera cette déclaration que je tais, que nous ne faisons pas la tjuerre à Paris; que nous sommes prêts au contraire à lui ouvrir les bras, s'il nous les ouvre lui-même.

Je n'en dis pas davantage, mais, je le répète, pour que Pans ne puisse pas se tromper sur le sens de la discussion qui vient d'avoir lieu.

La discussion était close. Plusieurs ordres du jour furent proposés. Le gouvernement repoussa l'ordre du jour pur et simple, et accepta l'ordre du jour suivant, qui fut voté à l'unanimité :

L'Assemblée résolue, d'accord avec le pouvoir exécutif, à reconstituer dans le plus bref délai possible les administrations municipales des départements et de Paris sur la base des conseils élus, passe à l'ordre du jour.

Ainsi se termina cette longue et mémorable séance qui n'eut aucun résultat pratique. Un journaliste de la réaction, M. Albert Duruy, ne put dissimuler le néant de cette discussion :

voilà certes une journée qui n'est pas pour arranger les choses, écrivait-il dans sa lettre de Versailles, datée du 21 mars, envoyée à La Liberté. Est-ce la faute des hommes ou des circonstances, mais le fossé va s'élargissant de plus en plus entre Paris et l'Assemblée, et l'on ne fait rien pour le combler ; au contraire, il semble qu'on le creuse à plaisir

Ah ! si le g-ouvernement avait l'intention de rentrer dans Paris par la force, s'il était suffisamment sûr de l'armée pour tenter l'aventure, s'il avait un plan enfin, je comprendrais qu'il ait repoussé la proposition des députés-maires.. . tout le plan du sfouvernement consiste à laisser Paris faire ses affaires lui-même. Alors pourquoi s'être opposé aux élections municipales? pourquoi n'avait-on pas fixé le jour? pourquoi n'avait-on pas essayé du scrutin, puisqu'on renonçait à employer la force ?...

La réponse à ces questions indiscrètes, que posait M. Albert Duruy, fut fournie par Mac-Mahon et Thiers, par le second siège de Paris et l'assaut final avec la tuerie en masse. Comme la plupart de ses contemporains, M. Uuruy ne pouvait se douter que M. Thiers était le plus grand fourbe de l'époque, qu'il avait son plan, qu'il en poursuivait avec astuce la réussite, et qu'il avait, bien nettement arrêtée, l'intention de rentrer dans Paris par la force, quand il aurait réuni l'armée sûre qui lui était nécessaire pour tenter l'aventure. Le fossé entre Paris et l'Assemblée, il cherchait à l'élargir jusqu'au jour où il pourrait le com-

LE COMITÉ CKNTRAL

bler avec des décombres de maisons bombardées, avec du s;,n ■' r.t des cadavres. M. Thiers faisait mine d'adoucir le r.nuisiloire de Jules Favre, de le réfuter même, et il ne négligeait rien pour en hâter la sanction. Tous deux, compères et collaborateurs, poursuivaient la même œuvre de politique perfide et d'impitoyable répression.

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