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LES PREMIÈRES MENACES

Dans les séances suivantes, l'Assemblée ne prit pas de résolutions bien importantes. Elle ajourna les décisions urgentes, elle éluda les questions embarrassantes, elle prolongea l'indécision, perpétua l'attente, et favorisa, sans trop les comprendre, les jeux de scène et les coups de théâtre de M. Thiers. Celui-ci dirig-eait de la coulisse ces marionnettes parlementaires. Il en tenait les fils d'une main sûre.

Dans la séance du 22 mars, M. Jules Favre avait évoqué le spectre prussien. Contrairement aux usages, il avait communiqué deux pièces diplomatiques, notamment la note assezmenaçante du g-cnéral Von Fabrice, à propos de poteaux télég'raphiques renversés aux environs de Pantin. Nous avons plus haut mentionné cet incident, dont le g'ouvernement exagéra l'importance, et que la réaction g-rossit pour alarmer les esprits. Les déclarations très nettes du Comité Central « qu'il entendait respecter les clauses du traité avec l'Allemag'ne >),et que<( la révolution accomplie à Paris, ayant un caractère essentiellement municipal, n'était en aucune

façon agressive contre les armées allemandes » parurent donner satisfaction au général Fabrice. 11 n'insista plus, Miobablemenl sur des instructions venues de Berlin. Les autorités allemandes de leur côté déclarèrent que « les troupes d'occupations garderaient une attitude passive et paci- Hqup, tant que les événements dont l'intérieur de Pans était le théâtre ne prendraient point à l'égard des armées allemandes un caractère hostile ». Le g-ouvernement dut donc rentrer son spectre noir, au casque à pointe.

Dans la môme séance, M. Vacherot lut le rapport de la commission chargée d'examiner la proposition de iM. Clemenceau et de plusieurs de ses collègues de Pans, pour la convocation à bref délai des électeurs. M. Vacherot concluait

au rejet. , , ■ j

Le Ministre de l'intérieur déposa le projet de loi du gouvernement sur « les élections générales pour les municipalités dans Paris et les départements •>.

Ce projet donnait à chaque arrondissement de Paris trois conseillers : ils devaient justitier de trois ans de résidence dans l'arrondissement, ou y exercer une industrie. Le président serait élu par le Conseil et ferait fonctions de Maire. Le préfet de la Seine et le préfet de police à Paris, les commissaires de police dans les départements, avaient le droit d'assister aux délibérations.

Ce projet ne fixait aucun délai pour la convocation des électeurs. 11 englobait toute la France. 11 était donc en dehors du conflit et n'apportait aucune solution à la crise municipale parisienne. C'était du parlementarisme dilatoire,

La séance du aS mars vit monter à la tribune un député, M. Ducuing, qui fit une motion inattendue et peu en situation. Il réclama pour les membres de l'Assemblée un insigne dont le port lui paraissait indispensable. L'urgence de cette

IllSTOIRS DE LA COMMUME

mesure n'apparut pas granrle, et le président renvoya l'auteur de la proposition au règ-lemeat de 1849, 1"' autorisait l'é-charpe et un ruban roug-e à liseré bleu et blanc. Ce règlement était applicable à l'assemblée actuelle.

Dans la séance du 24 mars, on discuta la loi sur les échéances, ou plutôt la proposition de M. Millière tendant à prorog-er de trois mois les délais accordés par la loi détestable du 10 mars. L'orateur dit : « J'ai consulté le commerce de Paris, je vous assure que les commerçants de Paris sont dans l'impossibilité absolue de faire, dans ces circonstances exceptionnelles, l'impossible que vous leur demandez. »

Un rural fit alors cette observation prudhommesque, et fausse en un tel moment : « Les bons commerçants ont toujours dans leur cai.sse de quoi faire face à leur situation, même dans les jours les plus mauvais. » Il conclut par celte observation féroce : « Si les commerçants sont gênés, qu'ils demandent des délais aux tribunaux de commerce ! » On lui répondit qu'un commerçant n'arrive devant le tribunal de commerce qu'après le protêt, or c'était le protêt qu'il fallait éviter. M. Dufaure fit remarquer que, le lendemain, 25 mars, était jour d'échéance, et que si l'on n'accordait pas la prorogation, il y aurait beaucoup de protêts. Le millionnaire Pouyer-Ouertier s'opposa en disant qu'on songeait trop aux débiteurs et trop peu aux créanciers.

L'hostilité contre Paris se manifestait donc en matières commerciales comme en matières municipales et politiques, au cours de cette discussion. Finalement, un délai d'un mois à partir de ce jour futaccordé. Un amendement de M. Magnin demandant deux mois avait été repoussé par 270 voi.x contre 2o5. On tenait à exaspérer le petit commerce et la moyenne industrie de Paris.

Ce vote fut accueilli à Paris par une affiche ainsi conçue :

LE COMITÉ CENTRAL li^Q

NéErociaiits,

Il vous faut au moins un an ou deux de prorogation pour vos éclicances;

L'asseniblce de Versailles vous refuse même trois mois ;

Dans la séance d'hier, elle a fixé à un mois de date la faillite universelle ;

\oy\-i. s'il vous convient d'accepter ce verdict.

Le résultat le plus clair de celte loi de rigueur fut de rejeter dans le parti de la Commune un grand nombre de petits industriels et de commerçants, qui probablement fussent demeurés neutres, attendant placidement les événements. Cette loi du refus de la prorogation demandée et nécessaire fut pour beaucoup dans l'inertie des gardes nationaux du centre ; elle contribua aussi à ladéfection des partisans que l'amiral Saisset était parvenu à rassembler au Grand-Hôtel et à la mairie de la rue de la Banque. Les commerçants et les employés, en majorité, formaient le contingent de la résistance au Comité central. Ces décisions, qui les frappaient droit àla bourse, lesentraînèrent, sans qu'il y eût sympathie politique, à accepter sinon à acclamer le régime nouveau, qui, au moins, ménageait leurs intérêts et leur procurait les délais les sauvant de la gêne ou delà faillite,

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