‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 42 sur 126 · LES VOLONTAIRES DÉPARTEMENTAUX · texte numérisé non relu

LES VOLONTAIRES DÉPARTEMENTAUX

Une intéressante discussion, dénonçant les préparatifs de guerre civile évidents, eut lieu sur la proposition de INL Laroche-Guyon. 11 demandait l'organisatiou de bataillons de volontaires dans les déparlements, pour marcher contre Paris. Chaque département devait fournir un bataillon.

11 est bonde mettre sous les yeux des générations actuelles ces délibérations peu connues. Elles prouvent qu'à l'heure même où Ion discutait, à Paris, pour la date et le mode

igo

HISTOiniî DE LA COMMUNE

des élections municipales, où l'on espérait la conciliation, où l'on croyait encore un accord possible et près d'être conclu, non seulement l'amiral Saisset, et quelques maires, organisaient la guerre civile dans la ville, mais des ruraux féroces tentaient d'armer la province et de lancer des bataillons irrités contre la capitale. Cela se pratiquait avant qu'un seul coup de fusil eût été tiré par les Parisiens. Que de "-eus croient encore de bonne foi que le Comité Central et la Commune ont attaqué, ont jeté leurs bandes d'insurgés sur l'armée, sur l'Assemblée, alors qu'au contraire on faisait tout à l'Hôtel-de-ville pour éviter une bataille.

Le comte Rampont dit, sur la proposition Laroche-Guyon : « Si l'armée est prête, je demande que nous marchions à sa tête sur la capitale; croyant qu'elle ne l'est pas, je crois bon d'appeler les hommes d'ordre de la province. »

Le ministre de l'intérieur Picard, demanda à l'Assemblée d'accepter la proposition, mais il entendait que cette force nouvelle fût à la disposition à la fois du ministre de la guerre et du ministre de l'intérieur. Les bataillons de gardes nationales volontaires devaient dépendre, selon lui, du pouvoir civil. Cette demande souleva de vives protestations. M. Picard fut personnellement attaqué, notamment par M. de Kerdrel. « Nous avons vu, dit ce réactionnaire endurci, l'immixtion du pouvoir civil dans la guerre arriver à des résultats si fâcheux que je crois que tout ce qui est de la guerre doit émaner du pouvoir militaire. » M. de Kerdrel profita de la parole pour reprocher au ministre le choix de ses préfets, qu'il jugeait trop républicains. M. Thiers, qui estimait avoir mieux à faire qu'à écouter les divagations de la droite en délire, n'était pas à son banc. Les droitiers profitèrent decette absence pour secouer un peu l'indolent et sceptique Picard, qui se contenta de répondre sans indignation, avec une placidité narquoise :

LE COHITi CENTRAL 19''

ff Je demande à tous ceux qui trouvent que je n'ai pas fait tout ce que j'avais à faire, ce qu'ils auraient fait à ma place? » iM. Tolain s'écria avec raison : « Je croyais que le pays était assez désorganisé déjà pour qu'on ne vtnt pas ajouter à cette désornanisation. Vous voulez donc organiser en France la guerre civile? » Comme un des membres lui lançait cette apostrophe : « Il y a trois ans que vous prêchez la guerre civile ! k, l'ancien délégué ouvrier répondit avec à propos et énergie:

Permettez-moi de vous dire, qu'en siégeant dans cette assemblée, j'ai fait un plus grand sacrifice qu'aucun de vous n'en a jamais fait. Je proteste, car moi qui suis sorti de la classe ou. vrière, et qui n'ai jamais aspire qu'à son émancipation, je n'ai eu espérance que dans le siège : je croyais qu'en versant notre sang avec les bourgeois, nous aurions scellé la République. Croyez moi, faisons des sacrifices. Franchement, je vais vous dire le moyen de conjurer la situation : proclamez la République, nous pourrons rentrer à Paris et Paris nous acceptera avec bonheur!

Ce langage incorrect mais sincère produisit une certaine impression et fit taire la droite sans la persuader. La création des bataillons de volontaires fut adoptée par 433 voix contre ag. Ces miliciens de guerre civile ne furent organisés qu'en partie et, sauf les volontaires de Seine-et-Oise, se signalèrent peu dans les combats terribles autour de Paris comme dans la guerre de rues. Ils ne firent pas oublier leurs impitoyables devanciers, les gamins braves et féroces de la mobile de Juin 48. M. Thiers, il est vrai, ne tenait pas beaucoup à ces guerriers novices, et leur préférait, pour combattre les fédérés, de solides gendarmes. La garde nationale de Versailles, qui comportait 4-000 hommes, ne fut pas non plus beaucoup utilisée. On ne lui demanda même aucun service, .sauf dans les premiers jours. M. Thiers et l'Assemblée, jiour tout ce qui rappelait, même faiblement,

la défense de la République, montraient une extrême défiance.

Page 1