‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 44 sur 126 · LES MAIRES DE PARIS INSULTÉS · texte numérisé non relu

LES MAIRES DE PARIS INSULTÉS

Benoît Malon, qui assistait à cette séance houleuse, en a ainsi consigné l'impression pénible :

LE COMITE CBNTHAL

Je quitte le palais de l'Assemblée sous le coup de la plus douloureuse emolion. La séance vient de se terminer par Tune de ces épouvantables tempêtes parlementaires, dont les seules annales de la Convention nous aient lé-ué le souvenir; mais du moins quand on relit ers sombres pa-es de la (in du siècle dernier, le dénouement console toujours des tristesses tragiques du drame. La Patrie, la République, sortent plus grandes de ces crises, et le débat plus tourmenté enfante quelque héroïque résolution.

Vous ne trouverez rien de pareil au bas de mon récit. ..

Il raconte la scène honteuse, dont rien de ^rand, rien d'utile ne pouvait sortir, et termine ainsi son compte-rendu :

La séance est levée, l'ordre du jour étant épuisé; l'agitation est a son comble dans les tribunes qui sëvacuent lentement

Les pauvres maires restaient là debout, la contenance embarrassée, la figure désolée. Arnaud de l'Ariège vient les rejoindre et ils partent les derniers.

A la Sortie, je vois des femmes du meilleur monde, de lespiit le plus distingué, du plus grand cœur, qui pleurent sur le spectacle auquel elles viennent d'assister. Comme je les comprends I n est-ce pas avec toutes nos larmes qu'il faudrait écrire la lugubre page d'histoire que nous taisons depuis quelques mois. C est ainsi (|ue les gens de Versailles comprenaient et voulaient la réconciliation.

EXCUSliS DU PRÉSIDENT

La séance de nuit s'ouvrit à neuf heures et un quart. Le tumulte de l'aprèt-midi avait attiré un grand public. Les tribunes étaient pleines. Le pétulant Baze avait placé les maires à la galerie du premier étage, et les avait priés do retirer leurs écharpes tricolores, qui avaient tant offusqué les ruraux. Ils voyaient dans cet insigne, pourtant tout ce qu il y avait de plus légal et pacifique, le symbole de l'émeute. Les maires, penauds et humiliés, avaient fait un eflort d Mmour propre pour revenir dans cette salle, où les députés les avaient hués, se hâtant de se couvrir pour indi-

cuer que la séance était terminée, sans la clôture prononcée p a' le président, rien que par la présence d'mtrusMa.s Laires'étaieut pénétrés de l'importance de leur démarhe Ils étaient veL de Paris pour lire une commumcation à l'Assemblée, ils ne voulaient pas s'en retourner sans •avoir faite. Le président Grévy avait paru se faire 1 exéu e" des basses œuvres de cette Assemblée, à qu> out ce nu^enait de Paris éta.t suspect et odieux, en levant préc ïtamment la séance. Il n'avait pas permis ainsi aux repré- ' rnts des municipalités d'exposer, par la bouche de 1 un l'et., Arnaud de l'Ariège. qui étant député avait le droit iT^r ndre la parole, les propositions qu'ils avaient mission ? muler. On leur avait promis, dans i'-terva « «leux séances, une satisfaction. Jules Grévy avai r fléchi et comme, malgré ses tendances réactionnaires, la un .rand fond de bon sens et le sentiment de équité, il vit réparer son mouvement de vivacité et att nu r • tnvenance de la droite. Ayant pris place au aute i^ réclamé l'attention par un coup de sonnette, et decla é la léance ouverte, il prononça avec gravité ces paroles d excuses :

ni-a paru être le resu lat î^^'J^tZn^édi.ieLoi après l'entrée lieutà dire que s .1 a levé la ^ea^ce m . ^^^ , ^,^^

Je MM. les Ma.res de f^-. ;^ «^^^ ^^ ^,,1,,, ^elle-même queldre du jour, el que ^ '^'^'f^^^l- llt,,aev que l'Assemblée fut ques instants auparavant. On do l re J^ue q ^^

Lsi obligée de '--.-/-"iï:,S;int donné 1 exemple d« visite de MM. les Ma.res de l ^r s. q >> o M,i„tenaa1^

nous -^^-f ^^Ji^^7,;;7d,lésaUon de quinze membres. Je pne r-AlSé^ d: Hen ruloir attendre avec quelque patience . La séance se trouvait de fait suspendue, ou du moins

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interrompuo. M. Arnaud de l'Ariège en profita pourçlisser la communication que l'Assemblée avait refusé d'entendre à six heures. Cette intercalation était faite d'accord avec le président.

M. Arnaud de l'.Vrièg-e dit alors avec solennité :

Je viens apporter à l'Assemblée, au nom de mes collègues, représentanls des municipalités de Paris, une communication à laquelle nous attachons une ç^rande importance.

Paris est à la veille non pas d'une insurrection, mais de la guerre civile, dans ce qu'elle peut avoir de plus affreu.x. Dans cette circonstance, les Maires de Paris ont pensé qu'il y avait des mesures à prendre.

Les résolutions que nous vous apportons ont été jugées par nous de nature à éviter une plus grande effusion de sang.

Nous sommes convaincus que le rétablissement de l'ordre et le salut de la République exigent les mesures qui suivent :

1° Que l'Assemblée se mette à l'avenir en communication plus directe et plus intime avec les numicipalités de Paris ;

•2» Qu'elle autorise les Maires à prendre les mesures que les circonstances exigeraient;

3o Que les élections de la garde nationale aient lieu avant le 28 de ce mois;

40 Que l'élection du conseil municipal aitlieu avant le 3 avril, si c'est possible; que la condition de domicile soit réduite à six mois, et que les maires et adjoints procèdent à l'élection.

Cette communication a été rédigée avant le départ des maires de Paris. Il n'y a rien été changé, et l'incident auquel M. le président a fait allusion n'a eu aucune influence sur les termes de notre communication.

Permettez-moi seulement de faire un nouvel appel à la conciliation ; il y a eu des malentendus.

Il ne doit rien rester ni d'un ciité ni de l'autre de l'incident fAcheux qui s'est produit. {Applaudissements répétés.)

L'urgence est déclarée à l'unanimité.

Cette communication n'avait certainement pas l'iinportance que lui attribuaient Arnaud de l'Ariè^e et ceux qui avaient entrepris le voyag-e de Versailles pour la faire. Une

HISTOinE DE L\ COMMUNE

seule chose était précise, la date des élections municipales fixée entre le 28 mars et le 3 avril. Les Parisiens se contenteraient-ils de cette simple concession, bien minime? A ce jour 23 mars, on savait, à Versailles comme à Paris, que les élections municipales, déjà remises, auraient lieu tout prochainement, avec ou sans l'approbation de l'Assemblée. Il valait mieux, pour satisfaire le goût de légalité qui étaitdans l'esprit de beaucoup d'électeurs, et pour réunir plus de monde autour des urnes, que l'opération électorale parût se faire à la suite d'un pacte conclu par l'Assemblée et le g-ouvernement avec le pouvoir insurrectionnel et les municipalités. Mais il était compris par tous qu'on passerait outre à cette sanction versaillaise, s'il n'était pas possible de l'avoir. Une élection est un fait, et ce n'est ni avec des formalités de légalité, ni avec la contestation de la légitimité de la convocation électorale, qu'on peut l'anéantir, si les électeurs vont au scrutin. Le suffrage universel étant la loi suprême de la démocratie française, et la brutalité du nombre écrasant toutes les arguties juridiques, il était évident que si les électeurs s'estimaient dûment convoqués, s'ils se trouvaient réunis à une date adoptée et s'ils votaient, aucun pouvoir ni législatif ni judiciaire ne pourrait faire qu'on n'eût pas voté, ni prétendre que le vote n'avait pas eu lieu.

Il en est de même quand le peuple vote pour un citoyen frappé d'inéligibilité. On peut annuler son vote, l'élu réel peut ne pas siéger, et même être remplacé par celui que le suffrage universel a dédaigne, mais le fait de l'élection n'en existe pas moins. Si l'accord ne s'établissait pas, Versailles pouvait, par la force, empêcher les élus de se réunir, par la force les disperser, et supprimer par le fait un scrutin obtenu, mais ce scrutin n'eût pas moins existé, et on n'aurait pu à Versailles nier l'évidence du vote, ni affir-

mer que Paris n'avait pas nommé des mandataires. Mais évidemment, dans l'esprit des maires, bénévoles dupes s'imaginant que M. Thiers accepterait une transaction et reconnaîtrait sincèrement le droit des Parisiens, il était préférable que l'on tombât d'accord pour cette convocation d'électeurs. Les maires tenaient essentiellement à rapporter à Paris une acceptation de leurs propositions. Aussi se montrèrent-ils enchantés de l'urgence déclarée à l'unanimité pour l'examen de leur communication.

Comme il était minuit, quand ils quittèrent la salle des séances, et que les moyens de retour faisaient défaut aussi bien que les logements à Versailles, les maires durent s'arrang-er comme ils purent pour passer la nuit. Les uns campèrent dans les antichambres et dans les bureaux du palais, quelques-uns s'allongèrent sur les banquettes au foyer du théâtre, d'autres se réfugièrent à la gare et firent un somme dans les wagons, en attendant le premier tram (lu matin.

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