‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 7 sur 126 · ABSENCE REGRETTABLE DE BLANQUI · texte numérisé non relu

ABSENCE REGRETTABLE DE BLANQUI

Si Blanqui, comme nous l'avons fait remarquer, eût été là, on n'eût probablement pas confié le commandement à Luilier, mais l'on eût certainement fermé les barrières et rédin-é ['Officiel. L'absence du vieux révolutionnaire, dont on a peut être exagéré les efl'ets désastreux, se fit surtout sentir dans ces premières heures d'org-anisation et d'installation.

Il fallait une tête, un plan tout prêt, une méthode à suivre et un proa^ramme à exécuter. Dans les insurrections du passé on avait ce plan, la marche à suivre était tracée, et chacun savait, parmi ceux qui tentaient le coup de force combiné, ce qu'il avait à faire, en cas de réussite; chacun connaissait son poste de combat; les endroits stratégiques, comme les services publics et administratifs dont il fallait se rendre maîtres, étaient désignés, et le personnel insurrectionnel tout prêt n'avait qu'à fonctionner aussitôt, comme une équipe d'ouvriers remplace l'autre pour un travail prévu. Malheureusement, les révolutionnaires de l'école de Blanqui, de Barbes et des carbonari, qui procédaient à l'aide de conspirations disciplinées, d'embrigadements, de préparations savantes, d'affidés et de mots d'ordre donnés avec des instructions sues par cœur, n'eurent jamais la victoire. Ils ne purent, pas même au 4 septembre, utiliser leurs organisations minutieuses et leurs troupes exercées. La défaite fut trop prompte au 3i octobre. Au i8 mars, on eut la victoire, mais les hommes pouren tirerparli firentdéfaut. Les blanquistes, les plus aptes à profiter du succès d'une émeute, étaient condamnés, ou sous le coup de poursuites ou dispersés; ceux qui avaient échappé aux arrestations étaient pour la plupart dépourvus de notoriété, sans influence en dehors d'un cercle étroit. Aucun des hommes éner-

piques du groupe blanquistc qui, par la suite, siégèrent à la Commune, ne faisait alors partie du Comité Central.

Ce Comité avait été formé au hasard, d'après des réputations de quartiers. Les longues attentes aux remparts, dans les postes et sous les baraquements, durant les nuits du siège, les rassemblements aux mairies, la formation des comités de compagnies, des groupes de vigilance, les conseils dits de famille, et toute l'organisation de la garde nationale, avaient permis à des individualités, jusque-là étrangères à toute action politique, d'obtenir des délégations, des mandats, des grades. Beaucoup, parmi ces novices, se laissèrent désigner, par faiblesse, par laisser-aller, quelques-uns par vanité et ambition. Mais bien peu, parmi ces braves gens obscurs, et qui, malgré l'importance des événements et le rang qui leur était attribué, sont demeurés ignorés, dont toute la biographie tient souvent dans une ligne relatant leur condamnation ou leur mort, étaient capables de diriger, d'ordonner une insurrection, encoremoins d'administrer Paris, au lendemain d'un bouleversement comme celui qui suivait la fuite du gouvernement.

Ils se montrèrent inquiets et comme intimidés, en siégeant à l'Hôtel-de- Ville. Plusieurs regrettaient leurs salles modestes et rassurantes de la Corderie ou de la rue Basfroi. Ils se considéraient, malgré leur victoire, comme des possesseurs précaires. Ils avaient hâte de régulariser leur situation, et, pour cesser d'être des intrus, ils n'eurent qu'une pensée: convoquer les électeurs et faire nommer une assemblée municipale, seul pouvoir qui, à leur yeux, aurait l'autorité suffisante et la légalité nécessaire. Leur premier décret, annonçant les élections communales, témoigne de cet état d'esprit et révèle cette modestie inspirée à la fois par la grandeur de la tâche et par le sentiment de l'impuissance pour l'accomplir. Ils étaient rares ceux qui, parmi ces

nouveaux maîtres de Paris, se sentaient capables a'user habilement et heureusement de ce pouvoir absolu qu'ils n'attendaient pas et qui leur était tombé dans les mains, fardeau trop lourd pour le porter longtemps. Ceux qui croyaient posséder celte capacité en étaient malheureusement dénués. Et Blanqui manquait.

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