‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 65 sur 126 · LES AMIS DE L'ORDRE · texte numérisé non relu

LES AMIS DE L'ORDRE

PRiiPARATIFS D'ÉMEUTE

Déjà des velléités de résistances locales, de protestation armée, de manifestation générale, étaient signalées dans les quartiers commerçants du centre. Il n'y avait pas de prolamme politique commun et les mécontents eussent été bien embarrassés si on leur avait demandé contre qui et pour qui ils s'agitaient. Ce n'était pas l'enthousiasme pour Versailles, ni pour ses réfugiés et son Assemblée, qui poussait une partie delà classe commerçante et bourgeoise ^ former des groupes bruyants sur les boulevards, lisant et commentant'les journaux.en plein air, Sur les trottoirs se tenaient de petits clubs, d'où partaient de, exclamations confuses et d'imprécises récriminations ; devant les kiosques, autour d'un bec de ga^, on commentait les nouvelles, et on les dénaturait. .

L'Assemblée de Versailles certes n'était pas sympathique à ces bourgeois, frondeurs par tempérament, par ataMsxne. Surtout depuis la loi des échéances, les députés n étaient point populaires dans cette classe, timorée mais grognarde, et parfois menaçante. Le Comité Central choquait aussi ces Jcontents par sa composition plébéienne. Il les inquiétait

HISTOinE IIK lA COMMUNE

par les tendances socialistes qu'on lui attribuait, plutôt que par ses actes. Un vieux levain de 48,1a peur des rouges et l'antagonisme de Juin fermentaient dans le cœur des aînés; les plus jeunes étaient irrités par la présence au gouvernement d'ouvriers, de gens venus on ne savait d'où, et qu'appuyaient les bataillons des faubourgs. Des anciens fournisseurs du temps de l'Empire, des officiers des bataillons de la garde nationale privilégiée d'avant la guerre, des oisifs, des spéculateurs, des journalistes réactionnaires, formaient la tête dirigeante de ces opposants boulevardiers.

Un tailleur du boulevard des Capucines, nommé Bonne, qui habillait autrefois les membres des clubs élégants, et qui ne décolérait pas d'avoir perdu sa clientèle, prit l'initiative de tenter un groupement de ces mécontents épars. 11 apposa une affiche dans tous les quartiers du centre, ainsi conçue :

République française. — Je viens faire appel au patriotisme et à la virilité de la population qui veut l'ordre, la tranquillité et le respect de ses lois.

Le temps presse pour former une diafue à la Révolution. Que tous les bons citoyens viennent me donner leur appui.

A. Bonne, Capitaine commandant la 4' Compagnie du a 53* bataillon, 13, boulevard des Capucines.

Le terme de ralliement suggéré par ce tailleur remuant était : « les Amis de l'Ordre ». Il circula et devint rapidement locution courante, en attendant qu'il fût inscrit sur un drapeau d'émeute.

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