‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 68 sur 126 · LA JEUNESSE DES ECOLES · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE DES ECOLES

Il n'y eut, comme répercussion de la tentative des Amis de l'Ordre, qu'une réunion d'étudiants à l'amphithéâtre de Médecine. Là, des protestations se firent entendre, mais tout se borna à un ordre du jour, voté sous la présidence du professeur Trélat, qui d'ailleurs se défendit de toute entente avec la réaction.

Cet ordre du jour était ainsi conçu :

La jeunesse des écoles, assemblée dans l'amphithéâtre de l'Ecole de médecine, considérant que le Comile Centra! a porte atteinte au suflrage universel ; , o • . .,ic

Déclare qu'elle fait cause commune avec les Représentants elles Maires de Paris, et qu'elle est prête à lutter avec eux, par tous les moyens possibles, contre ce Comité sans mandat popu-

* EUe affirme en outre qu'elle répudie toute espèce de complicité avec la réaction; qu'elle entend repousser toute tentative de coup d'état venant du pouvoir, et veut maintenir, pleine et entière, la République une et indivisible.

Cette protestation ne fut suivie d'aucune tentative d'agitation dans la rue. Ses termes étaient mesurés et exprimaient une opposition reposant sur un scrupule juridique, excusable chez de futurs robins. L'illégalité de toute convocation électorale, faite en dehors du gouvernement, malcrré le concours des maires mandatés à cet effet, servait de prétexte aux étudiants frondeurs. C'était la première fois

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qu'on voyait la jeunesse des écoles se séparer des forces populaires et ne pas faire cause commune avec l'insurrection. Il faut se souvenir, pour expliquer ce mouvement en apparence rétrograde du Quartier Latin, si ardent, presque révolutionnaire, durant les dernières années de l'empire, et qui jusque-là avait gardé ses traditions démocratiques et combatives de i83o et de i848, qu'au mois de mars 1871, la Jeunesse desÉcoles n'était pour ainsi dire qu'une expression universitaire. Il n'y avait pas encore de cours, donc pas encore d'étudiants réels. Depuis le mois de juillet 1870, le Quartier Latin n'avait que sa population non-scolaire. La Kuerre avait dispersé ses jeunes-gens et en avait renvoyé la majorilé dans leurs familles, lis y éUient restés. La révolution du Dix-Huit mars les avait surpris dans leurs provinces, à la veille de leur départ. La reprise des cours était annoncée pour la première quinzaine d'avril. La rentrée s'était trouvée ajournée par les faits. Les parents ne s'étaient guère soucié d'envoyer leurs enfants dans une ville en révolution. Les étudiants en médecine, qui ont généralement les opinions les plus avancées, étaient presque tous absents. La jeunesse des écoles réunie à l'amphithéâtre sous la présidence d'un républicain modéré, le professeur Trélat, et avec l'assentiment du doyen à la Faculté, le chimiste Wurtz, savant paisible, libéral bourgeois, se composait donc surtout de professeurs, de fonctionnaires des facultés et des cours, et d'étudiants en droit, dont les parents habitaient Paris; On sait que cette dernière catégorie d'étudiants, même encore de nos jours, bien qu'en majorité républicaine, est cependant réfractaire aux idées sociales et ne fraye pas volontiers avec les éléments plébéiens. Cette aristocratie de la jeunesse des écoles, à diverses époques, s'est groupée en des conférences à tendances, sinon réactionnaires, du moins très bourgeoises, et se récla-

HISTOIRE Dl! LA COMMUNE

mant de l'équivoque qualification de « libérale ». Ce sont des pépinières d'avocats, de magistrats, d'hommes politiques dont Jules Favre, Jules Grévy étaient alors les chefs et les modèles, comme le furent par la suite Méline et Waldeck-Rousseau. Cettejeunesse-là ne pouvait que se montrer réfraclaire aux idées de la Commune, et ne devait pas se rallier au Comité Central.

Bien que le mouvement du Dix-Huit mars, et on ne saurait trop insister sur ce point, ait été à son origine essentiellement patriotique et purement politique, cependant les réformes sociales et la mentalité socialiste perçaient sous les déclarations et sous les actes des chefs populaires. Il n'était pas encore question d'une lutte de classes, m d'une sorte d-avènement d'un quatrième état,mais le fait même de la composition du Comité Central, de son recrutement parmi des hommes neufs, et l'exclusion à peu près complète des avocats, journalistes, politiciens professionnels, de ce nouveau gouvernement plébéien, donnaient déjà à cette révolution un aspect différent des insurrections du passé. Les victoires populaires antérieures avaient été dirigées, et bien vite accaparées, par les députés et les public.stes de l'opposition, par les adversaires parlementaires du régime déchu par des banquiers libéraux, par la classe même où se recrutait la jeunesse des écoles. Les étudiants eussent volontiers eni87i, comme leurs aînés en i83o et en .848, fait le coup de feu sur les barricades avec les ouvriers, mais à la condition que ces barricades eussent pour chefs leurs professeurs, les penseurs célèbres, les écrivains, qu'on admirait au quartier, avec des députés connus et des citoyens notoires, ayant fait leurs preuves, mspirant la confiance Babick et le brave Maljournal, aussi bien que tous leurs collègues du Comité Central, ne pouvaient leur convenir comme guides. Les aristocrates intellectuels que sont

toujours les étudiants, môme las plus révolutionnaires, considèrent un peu comme des barbares les plébéiens qui n'ont pas fait des études. La supériorité du savoir, dont se sentaient pourvus ces jeunes g'ens, les rendait rebelles à toute soumission à un Comité d'inconnus, à la formation duquel ils avaient été étrangers, et dont les membres, en majorité, ne possédaient que la culture primaire. Cet antag-onisme, manifesté par la déclaration de l'Amphithéâtre, au 24 mars, ne persista pas complètement, et beaucoup de jeunes gens des écoles, rassurés, encouragés par la présence dans le conseil communal de lettrés, d'hommes instruits, de professeurset d'écrivains distingués, se rallièrent ensuite k la Commune, et même .se firent tuer ou déporter pour elle. Voilà, ramenée à sa juste proportion, l'opposition manifestée à l'insurrection du Dix-Huit mars et au pouvoir qui en était issu, par la jeunesse des écoles, à l'époque où les Amis de l'Ordre tentaient un mouvement dans la rue. Les étudiants ne participèrent d'ailleurs pas en masse à cette émeute avortée.

Un certain nombre des assistants à la réunion de l'Amphithéâtre s'étaient rendus au Grand-Hôtel. Ils se mirent à la disposition de l'amiral Saisset, qui les fit armer et caserner, au 3» étage, ce qui indique la faiblesse de leur effectif.

Ces volontaires des écoles, au rôle insignifiant, au nombre dérisoire, furent congédiés le samedi 25, à ciuq heures du soir. Leur passage au quartier général de la ré.sistance bourgeoise ne fut marqué que par la consommation d'une certaine quantité de bouteilles de pale aie et de stout, commandées au limonadier de l'hôtel.

Un capitaine de frégate, nommé Salicis, avait convoqué à l'Ecole I^oljtechnique, pour former une colonne d'attaque, des étudiants et des gardes du 2i«, du ôij' et du mf bataillons. Il existait une batterie, formée sous le siège, dite " 18

batterie de VEcole.Il est probable qu Ll ne s'y trouvait alors

au Graad-Hôlel, devaal des cruclions de bière anglaise. DÉPÊCHES VERSAILLAISES MENSONGÈRES

tes I s'agissait surtout d'affirmer que le mouvemeat pa- Sien étàft circonscrU, et que l'Assemblée nationale prenait

^ Irlavec le gouvernement soutenu par la majeure ^rdeTpopdation, toutes les mesures pour avoir

promptement raison d'une émeute impuissante.

télégraphiait M. imers, ic p„ris même les bons citoyens

LE COMITÉ CENIHAL

sailles, r^Vsscrablée, le gouvernement ralliés, entourés d'une année de 45.000 hommes nullement ébranlés, sont en mesure de dominer les événements, et les dominent dès aujourd'hui.

Lille, Lyon, Marseille, Bordeaux sont tranquilles. Vous pouvez donner au.x populations ces nouvelles qui sont rigoureusement vraies, car le gouvernement qui vous les adresse est un gouvernement de vérité. Il reste bien entendu que tout agent de l'autorité qui pactiserait avec le désordre sera poursuivi selon les lois, comme coupable de forfaiture.

Cette dépêche était mensongère. Les 45. 000 hommes de troupes n'existaient que dans les désirs de M. Thiers. Il les attendait, mais l'Allemagne ralentissait les rapatriements, et il ne savait quand il aurait enfin dans la main la force qui lui était nécessaire, pour jeter le masque conciliateur et démasquer, non plus au figuré, mais au réel, ses batteries, pour commencer le bombardement de Paris. La tranquillité des grandes villes qu'il annonçait avec aplomb n'était pas exacte. Déjà Lyon, Marseille, Narbonne s'agitaient etallaient proclamer la Commune, uneCommune éphémère sans doute, mais ce n'étaient pas là des nouvelles qu'on pouvait qualifier de « rassurantes ». Disposant des lignes télégraphiques, et Paris n'ayant plus aucune communication avec l'extérieur, M. Thiers pouvait ainsi tromper la France. Ces mensonges lui furent fort utiles et contribuèrent pour beaucoup à laisser Paris poursuivre seul l'œuvre révolutionnaire. La province ignorait, doutait, hésitait, finalement ne bougea plus.

Le ministre de l'mtérieur, Picard, envoyait de même aux préfets des dépêches confiantes et inexactes :

La situation n'est pas aggravée. L'insurrection est désavouée par tout le monde. Elle est déshonorée par des actes de violence individuels.

Les maires protestent unanimement cl se refusent à procéder aux élections.

„„„r. flptrir les désordres et leurs .„:;^r^;ÎSa:Sr^^S:S;Se.Lue.e.Tous>espar-

Ts "ni d'accord pour condamner le mouvemen,.

A la nouvelle de la première manifestation des Amis de l'Ordre, la dépêche suivante fut transmise aux préfets .

confiance.

du soir

.• j» rr,rHrp a été en collision avec les insur-

la capitale. Les insurgés sont contenus.

Pour le citoven paisible de Lyon et de Marseille qui lisait ces d P ohes/affiJhées à la porte des Hôtels de Vtlle, des • r dansles cercles, les cafés, reproduites et commen- ;:::"; tÎrnaux gouvernementaux Paris était aux la ns d'une Lnde de scélérats qui fusillait sans provocaiTdes ^ens désarmés, mais heureusement que le parti de r rdÎe a ait pris ses fusils et que les insurgés parisiens

allaient être châtiés. La capitale, la dépêche ofBcielle le disait, était au pouvoir du parti de l'ordre, et rinsurrection était refoulée, par les Parisiens eux-mêmes, dans les quartiers excentriques. En apprenant ces nouvelles, les citoyens disposés peut-être à tenter un mouvement dans leur cité, concevaient bien quelque doute, mais jugeaient sage d'attendre les événements, et ne se pressaient pas d'imiter Pans. F.es télés-rammes trompeurs de M. Thiers produisaient donctout l'effet qu'il en attendait.

Le Journal Officiel versaiUais publiait en môme temps un appel aux départements, qui ne dénotait aucunement une disposition à la conciliation :

Des mesures énergiques vont être prises; que les département les secondent, en se i^roupanl autour de l'autorité qui émane de leurs libres suflrages. Ils ont pour eux le droit, le patriotisme. Ils sauveront la France des terribles malheurs qui la menacent et l'accablent.

Déjà, comme nous l'avons dit, la garde nationale de Paris si; rassemble pour avoir raison de la surprise ([ul lui a été faite. L'amiral Salsset. acclamé sur les boulevards, a été nommé pour la commander. Le gouvernement est prêt à la seconder. Grâce à leur accord, les factieux qui ont porté à la République une si grave atteinte, seront forcés de rentrer dans l'ombre. Mais ce ne sera pas sans laisser derrière eux, avec les ruines qu'ils ont faites, avec le sang généreux versé par leurs assassins, la preuve certaine de leur affdiallon avec les plus détestables agents de l'empire et les Intrigues ennemies. Le jour de la justice est prochain. Il dépend de la fermeté de tous les bons citoyens qu'il soit exemplaire.

Ce factuin, qui répétait cet absurde mensonge que les républicains de Paris étaient des instruments de l'Allemagne et des partisans de Napoléon 111, se produisait le jour même où des agents bonapartistes avérés, comme le tailleur lionne, le journaliste Henry de Pêne et plusieurs au-

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fres amis du rég'ime déchu, essayaient de provoquer dans Paris une émeute. Les faits mêmes donnaient un démenti. Quant à la g-arde nationale réunie sous le commandement de l'amiral Saisset, son rôle devait être plus tapageur que sérieux.

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