PRÉPARATIFS INUTILES A LA BOURSE
La résistance au Comité Central s'était org-anisée en dehors de l'amiral Saisset, et avant sa nomination. Les promoteurs avaient été Tirard et quelques chefs de bataillons du centre, dont un bijoutier de la rue de la Paix, Quevauvilliers, l'un des vainqueurs du 3i octobre. A la mairie du II« arrondissement (La Bourse) s'était concentré le premier élément d'émeute. La mairie du I" (Le Louvre) s'était pareillement gardée et retranchée. Les chefs de bataillons de ces arrondissements, réunis avec les maires et adjoints, décidèrent de conserver exclusivement la garde de leurs mairies (I" et II"), et repoussèrent les bataillons appartenant à d'autres quartiers venus pour fournir des piquets, à tourde rôle. Sur dix bataillons, un seul, le 196% refusa son adhésion à ce cantonnement constituant refus d'obéissance au Comité Central.
Une affiche fut signée par tous les officiers présents, reconnaissant l'Assemblée nationale pour seul pouvoir régulier, et déclarant que la garde nationale était indépendante vis-à-vis du Comité Central. En même temps, on mit en état de défense les deux arrondissements. La Bourse et la mairie de la rue de la Banque fournissaient une position stratégique excellente. Les rues qui y donnaient accès étaient étroites, faciles à barricader. La place et le palais de la Bourse permettaient de concentrer des forces, et la mairie à proximité ne pouvait être ni surprise ni même
sérieusement atlariuce. Il n'y avait pas lieu d'être étonné du choix de ce quartier général de la résistance. Outre sa population particulière de banquiers, d'hommes d'affaires, d'agences, de compagrnies et de commerces de luxe, ce quartier avait toujours été le foyer de la réaction bourgeoise, le centre d'action des partis d'opposition. La rue des Filles- Sainl-Thomas débouchait sur la place de la Bour.se; c'était là que, sous la Révolution, se formaient les bataillons royalistes qui marchaient contre la Convention. La section fameuse des Filles-Saint-Thomas, devenue section Lepelletier, fournil les insurgés du i3 vendémiaire que balaya le général Bonaparte autour de l'église Saint Roch. La mairie de Sainl-Germain-l'Auxerrois était moins avantageuse pour la défense. Placée à l'extrémité du I" arrondissement comprenant le Palais-Royal et les Halles, elle était à peu près isolée par le quai et la rue de Rivoli, et les communications avec les rues commerçantes de Saint- Honoré, Croix-des-Petits-Champs, Richelieu, avec tout le massif tortueux de la butte des Moulins, pouvaient être facilement interceptées.
Il fallait recruter des hommes en nombre important, pour monter la faction, garder les abords, en cas d'attaque, repousser les assaillants et défendre les deux mairies transformées en citadelles de la place bourgeoise. Les gardes, supposés devoir s'enrôler parmi les Amis de l'Ordre, ne témoignaient pas d'empressement à rallier la mairie de la Bourse. Sans donner leur adhésion au Comité Central, beaucoup ne venaient pas se faire inscrire au Grand-Hôtel, ni aux deux mairies dissidentes.