LA PREMIÈRE SÉANCE
La première séance eut lieu à huit heures et demie le dimanche 19. 11 y avait eu la veille, dans la nuit, une réunion improvisée que nous avons indiquée. Elle avait suivi la prise de possession de l'Hùtel-de-Ville. Il n'y avait pas eu de président officiel; un membre, à peu près inconnu du public, Edouard Moreau, avait dirige, et adroitement, les discussions. 11 n'y avait pas eu à proprement parler de délibérations prises.
La nomination de Lullier au commandement des gardes nationaux avait été le seul acte important et malheureux de cette assemblée improvisée. 11 avait été en outre décidé que tous les membres du Comité seraient convoqués d'urgence pour la matinée du lendemain, à l'Hôtel-de- Ville.
On n'a pas de procès-verbaux authentiques des séances du Comité Central. Une feuille réactionnaire, Paris-Journal, a donné de ces séances des extraits incomplets, inexacts, fabriqués souvent. Ils ont été réunis dans une brochure faisant suite à une publication antérieure, le « Mémorial du siège de Paris » et publiée, après la chute de la Commune, sous ce titre : « Les Conciliabules de rmtel-de-ldle. Comptes rendus des séances du Comité Central et de la Commune par J. d'Arsac, in-i8, Curot, éditeur Pans, 1871 » L'auteur de ces comptes rendus, aussi malveillant que mal renseigné, fait présider toutes les premières séan-
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ces invariablement par Assi, alors qu'il est certain que le président changeait à chaque séance. Le& lacunes et les interpolations sont nombreuses dans cette publication justement suspecte.
Edouard Moreau, dans cette première séance du dimanche 19 mars, proposa de discuter la qucslion des élections. On lecharg-ea de rédiger l'appel aux électeurs.
Duval, le chef de légion de la rive gauche, avertit le Comité que les régiments laissés à Paris se disposaient à ;.,agner Versailles. Le Comité dédaigna cet avis important et continua à discuter et à prendre des mesures infiniment moins urgentes. Ainsi il s'empressa de désigner des délégués aux services vacants et signa les nominations de Eudes à la guerre, de Varlin et de Jourde aux finances, de Duval et de Raoul Rigault à la préfecture de police, d'Edouard Moreau à l'imprimerie et à VOfficiel, d'Assi à l'Hôtel-de- Ville. Un membre proposa une allocation spéciale pour les membres du Comité Central. Edouard Moreau s'y opposa disant : « Nous avons vécu jusqu'ici avec nos trente sous, il nous suffiront encore I »
La question des loyers fut soulevée, mais écartée aussitôt, comme susceptible d'être reprise plus tard. Assi proposa de décréter la levée de l'état de siège.
A ceux qui pourraient nous accuser, dit-il, de vouloir abuser du pouvoir, il faut donner un exemple éclatant de modération et de justice. Il est de toute utilité de faire cesser l'état anormal où Paris se trouve par suite de l'état de siège. Nous Boinmes ici au nom de la liberté, il faut la proclamer large et entière. L'état de siège, même quand l'ennemi est aux portes d'une ville, n'est qu'un moyeu de domination despotique, c'est au Comité Central à rejeter les armes du despotisme militaire. Votons la levée de l'état de siège !
A l'unanimité, la levée de l'état de siège fut prononcée.
Une amnistie pour les crimes et délits politiques fut enjuite votée.
Une discussion s'ouvrit à l'occasion de l'exécution des généraux Lecomte et Clément Thomas. Babick dit que:
Le Comité Central ayant été étranger à ce tragique événement, il importait qu'il dégageât sa responsabilité par une protestation. . „ .
Le Journal Ofriciel a déclaré que les exécutions se sont laites sous les yeux du Comité, ajouta Rousseau; il faut arrêter ces calomnies. Le peuple et la bourgeoisie se sont donne la main dans cette révolution. Il laut que cette union persiste. Vous avez besoin que tout le monde prenne part au scrutin.
Le Comité décida qu'une note serait publiée en ce sens à YOfficiel. Une proposition fut faite d'abolir les conseils de guerre. Dupont dit :
Il est du devoir du Comité de soustraire les soldats au.x ri-ueurs de la loi militaire, établissant des tribunaux d'exception. C'est à la solidarité des soldats avec la parde nationale que l'on doit la victoire de la veille. Les conseils de guerre sont une menace perpétuelle pour tous les soldats qui ont si généreusement aidé les citoyens à fonder la liberté.
Assi appuya la proposition, disant : « Devant les conseils de o-uerre, on est condamné d'avance : la justice en est illusoire. Il est de notre devoir d'émanciper l'armée. »
La suppression des conseils de g-uerre fut ainsi votée à l'unanimité. Après ce décret d'ordre sentimental et de caractère théorique, le Comité Central fut averti que les maires, les députés de la Seine et un certain nombre de chefs de bataillon tenaient une réunion à la mairie du III", et délibéraient sur la convocation des électeurs. Edouard Moreau proposa de s'entendre avec les maires. Un membre, peu porté à la conciliation, demanda qu'au lieu de discuter avec celte assemblée, on envoyât simplement;! la mairie
un bataillon pour arrêter ceux qui s'y trouveraient. Babick, si souvent traité de visionnaire et d'extravagant, dit sag'emenl que si l'on voulait entraîner la France, il ne fallait pas commencer par l'eÉfaroucher. « Demandez-vous, ajoutat-il, quel effet produirait l'arrestation des députés et des maires, et au contraire, quel excellent effet produirait leur adhésion. »
Babick avait g'randement raison. Arnold soutint sa motion : « Il importe de réunir un nombre important de suffrag'es pour l'élection de la Commune, dit-il. Tout Paris viendra aux urnes, si les représentants et les maires s'associent à nous. »
C'était la raison même qui parlait, et bien qu'Arnold se fût attiré cette apostrophe d'un membre, probablement celui qui avait parlé d'arrêter les maires et députés : « Vous n'êtes pas à la hauteur! Votre seul souci est de vous dégager ! » la proposition fut votée. Arnold fut délégué à la mairie du III« et la séance fut suspendue, renvoyée à huit heures du soir.