‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 79 sur 126 · LE COMITÉ CENTRAL FAIT ARRÊTER LULLIER · texte numérisé non relu

LE COMITÉ CENTRAL FAIT ARRÊTER LULLIER

Le Comité Central cependant avait résolu d'agir, ne prévoyant pas la dislocation, alors prochaine, des forces concentrées dans les quartiers du centre.

Il décida l'arrestation de LuUier. Maxime Lisbonne a

LE COMITÉ CENTRAL Sîl

raconte cette arrestation, dont le point de départ avait été le refus de Luliier de se porter à la place Vendôme, pour barrer le passag-e à la manifestation réactionnaire du 22 mars. Le Comité donna l'ordre à Luliier de se présenter devant lui. En même temps il charg-eaTun de ses membres, Assi, d'amener le cbef suspecté, si, comme il était probable, il essayait de ne pas comparaître, se sachant coupable et se sentant menacé :

Après bien des allées et venues, dit Lisbonne, Luliier se décida à obéir. Arrivé au milieu de nous, et lorsqu'on lui reprocha les fautes qu'on pouvait à juste titre considérer comme autant de trahisons, il se leva furieux et nous défia : <( Qui de vous, s'écria-t-il, oserait décréter mon arrestation '? Je n'aurais qu'un mot à dire : il y a sur la place de l'Hôtel-de-Ville trente bataillons, qui répondraient à mon appel, et c'est moi qui vous ferais tous fusiller! » Ces menaces ne produisirent aucun effet. Avant son arrivée le Comité avait décidé son arrestation, et le décret circula parmi les membres du Comité pour y apposer la signature. Il fut mis dans une salle sous la garde d'un seul citoyen. Au dehors des sentinelles placés par Assi répondaient du général. Il y passa la nuit, et le lendemain le capitaine Fossey, aide de camp du gouverneur de l'Hùtel-de- Ville, assisté de trois gardes fédérés, faisait monter Luliier dans un fiacre pour le conduire à la préfecture de police. Fossey était assis en face du g-énéral, il lui dit : « Nous allons traverser la place de l'Hùtel-de -Ville ; elle fourmille de baladions. Si vous mettez le nez à la portière de la voilure, si vous dites un mot, si vous faites un geste, je vous fais sauter la cervelle 1 » Luliier se tint coi, et un quart d'heure après il était écroué à la Conciergerie.

Ainsi il a fallu au Comité Central pour le décider à cet acte viril : 1° que le général n'exécutât point l'arrestation des membres du gouvernement aux affaires étrangères, dans la journée du 18 mars, ou tout au moins qu'il ne la tentât point ; 2» que le général parlementât avec le colonel Ferrier, ce qui fut cause du départ de ses troupes pour Versailles ; 3« que le général n'essayât point de s'emparer du Mont-Valérien qui n'avait qu'une garnison de 120 hommes; 4" que le général refusât de marcher contre la manifestation des gens de l'ordre.

g^j HISTOIHE DB LÀ COMMUNE

Ah ! citoyens du Comité, nous avons été peut-être heureux que LuUier ne fit pas appel aux gardes nationaux masses sur la place de l'HOtel-de-Ville. 11 aurait pu se trouver parmi eux des citoyen, plus ritcides que nous sur la faron d'exercer le mandat qm nous avait été délivré. Le général aurait pu certainement payer de sa vie les fautes qu'il avait commises, mais quelque^ mcn.bres du Comité auraient pu payer aussi de la leur la faiblesse qu ,1s avaient montrée envers un homme qui menait a sa perte la

Révolution. .

(Maxime Lisbonne. Souvenirs (inédits), clinp. vi.)

Lullier, déséquilibré et impulsif, eu lieu de chercher à se disculper, ou tout au moins loin d'invoquer sa bonne foi, et de reconnaître sa négligence en ce qui concernait le Mont-Valérien, n'arguant même pas de son ignorance de l'importance que devait prendre la manifestation de la place Vendôme, écrivit de sa prison une lettre insolente au Comité Central, lui reprochant de « jalouser ceux qui, pour la cause commune, nuit et jour travaillent avec une fiévreuse activité ». Avec sa vanité oramaire et la fanfaronne exubérance qui ne l'abandonnait jamais, il disait en reprochant au Comité de passer son temps à ergoter :

C'est dans de telles conjonctures que vous décapitez la garde nationale, que vous m'arrachez Tépée des mains, alors qu une de ces nuits j'allais m'abatlre, comme la loudre, sur Versailles, 1 envelupper, mettre la main sur la réaction tout entière et afhrmer à la lace de ce pays, la vitalité et la puissance du mouvement révolutionnaire qui emporte Paris!

\u lieu de parler de s'abattre sur Versailles, alors qu'il avait permis de mettre cette place en état de défense, il aurait mieux fait d'expliquer pourquoi il avait laisse le temps à M. Thiers de quitter le ministère des affaires étrangères, avec les ministres, comme il s'en était vanté, et surtout pourquoi il n'avait pas pris possession du Mont-

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Valérien, non gardé, alors qu'on lui en avait donné l'ordre. De lui-même, puisqu'il était pjénoral en chef, il aurait dîl, toute oporation cessante, s'emparer de cette citadelle pour ainsi dire abandonnée. Mais il comptait, par la suite, faire valoir ce service, et d'autres, aux yeux de ceux qu'il avait favorisés. Il ne se doutait pas que, lorsqu'il réclamerait au gouvernement de Versailles sa récompense, on l'enverrait la loucher en Calédonie, sous la forme d'une cellule, en le gratifiant en sus des mauvais traitements de la chiourme. Ce traître du moins fut puni.

Dans iMes Cachots, Lullier a dit qu'il se repentait de ne pas s'être entendu secrètement avec Raoul du Bisson, Ganier d'Abin, et d'autres louches personnages qui composaient son état-major, pour « arrêter le Comité et l'envoyer à Mazas ». Il se compara modestement àThémistocle.à Alcibiade, à Coriolan et autres grands hommes de l'antiquité, victimes de l'ingratitude de leurs concitoyens, et il termina sa lettre au Comité en s'ad ressaut aux habitants de Paris :

Depuis 89 le même sort est-il donc réservé à ceux qui les premiers, la poitrine à jour, descendent dans l'arène pour la revendication de vos droits, pour la conquête de vos libertés? Et dira-t-on toujours que, dans ce pays, ce soûl ceux qui font les révolutions qui en sont les premières victimes ; que le lendemain leurs cadavres servent de premiers marchepieds au.x intrigants et aux fripons?...

Mais c'est assez s'occuper de ce misérable et funeste personnage, l'un des auteurs principaux de la défaite de la Commune, et dont nous avons plus haut relaté les extravagances, les trahisons et la triste existence.

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