DÉMONSTRATION DEVANT LA MAIRIE DU I
Le Comité Central venait de donner l'ordre d'occuper les mairies où la guerre civile s'organisait, où toutes les dispositions semblaient prises, non seulement pour une ré.sistance défensive, mais aussi pour un mouvement hardi en avant, pour un coup de main sur l'Hôtel-de-Ville. De la mairie du I*' arrondissement, à raison de sa position et de la proximité de l'Hôtel-de-Ville, paraissait devoir partir le signal de l'attaque. Le général Brunel se mit en devoir d'occuper cette mairie avec Protot, membre du Comité Central, commandant un bataillon, et Maxime Lisbonne, chef de légion.
Depuis deu.x jours, a écrit .'Maxime Lisbonne, les estafettes de l'Hôtel-de-Ville envoyées à la place Vendôme se trouvaient arrè-
tées, à la hauteur de la mairie du I" arrondissement, par les p;ardes nationaux qui n'avaient pas encore adhéré au Comité Central. Une colonne divisée en deux, commandée par le général Brunel, partit de l'Hôtel-de-Ville pour mettre à la raison les réactionnaires. En arrivant, Brunel et Prolot, accompagnés de quelques citoyens, montèrent à la mairie trouver M. Adam, le maire, pour terminer le difi'érend. Pendant ce temps, un demi-baiaillon de l'ordre était rangé en bataille dans le carré formé d'un côté par les grilles du Louvre, de l'autre par la maison de parfumerie, (I la Société hygiénique ». Le commandant de ce bataillon, le capitaine Arnauld de Vresse (1), envoya quelques hommes prendre possession de la maison qui fait le coin de la rue de l'Arbre- Sec, et s'installa aux fenêtres qui font face à la rue de Rivoli.
Deux coups de feu furent tirés, qui heureusement n'atteignirent personne. Immédiatement, à mon commandement, les gardes fédérés chargèrent leurs armes, prêts à répondre à celte provocation. Entouré d'un groupe de citoyens qui me priaient de ne pas répondre à ces deux coups de feu, je me contentais d ordonner au maréchal des logis Pélissier de braquer une de ses pièces sur la mairie et l'autre sur le bataillon réactionnaire pour le balayer, mais d'attendre mes ordres. A ce moment Brunel et Protot arrivèrent avec M. Adam. Le maire consentit aux propositions qui lui étaient faites et adhéra au Comité Central.
Ici je crois pouvoir rappeler une circonstance bizarre de cet épisode. Lorsque je commandais au maréchal des logis Pélissier de mettre en batterie ces deux pièces, et au moment où il ouvrit un des caissons de munitions, il s'aperçut qu'on avait oublié d'y mettre les projectiles nécessaires. A l'élonnement qui se peignit sur son visage, je compris ce qui se passait, et quand il vint pour m'annoncer ce fâcheux oubli, je l'arrêtai en lui disant :
(i) Arnauld de Vresse, libraire-éditeur bien connu, capitaine de la garde nationale, s'était sig^nalé pendant le sièçje. Il avait secouru le gouvernement au 3i octobre. « C'était, a dit M. Albert fians, dans ses Souvenirs d'an volontaire versai/lus, ce qu'on appelle un répiibhcain avancé et sincère, eslimé comme tel dans le quartier de l'Hôtel-de- Ville, où il était éditeur, et dans lequel il avait rempli des fonctions municipales. Partisan dévoue du 4 septembre, c'était un de ces bourgeois de Paris, frondeurs de tous les gouvernements, qui finissent par payer de leur vie la part qu'ils ont prise aux révolutions . >> Arnauld de Vresse, qui avait otferl ses services à Versailles, fut blessé mortellement sous Paris, à Asnières, dans une reconnaissance, le ifi mai 71, Il servait alors dans les volontaires de la Seine, auxiliaires versaillais.
LE COMirli CENTllAL •''37
« Silence ! j'ai tout vu i » Le calme se rétablit et nous nous dirigeâmes sur la mairie du 11» arrondissement, rue de la Banque.
(Maxime Lisbonne. — Souvtnirs inédits, chap. VIL)
Pendant que Lisbonne faisait charger les fusils et intimidait les gardes nationaux du i^" bataillon, défenseur de la mairie du Louvre, en mettant en batterie des pièces démunies d'obus, Brune! était en conférence avec le maire, les adjoints et les officiers de la garde nationale. Il a été reconnu par la suite, que la mairie était défendue beaucoup plus sérieusement que ne le croyaient Brunel Protot et Maxime Lisbonne. Ce dernier usait d'audace, mais au fond du cceur se sentait un peu décontenancé en constatant que ses deux pièces de canon n'étaient que des instruments de parade, faute de projectiles dans les caissons. Il y avait des forces importantes dissimulées dans la cour du Louvre. Des tirailleurs, postés aux fenêtres des maisons delà rue de Rivoli, commandés par un homme déterminé, enclin à agir vigoureusement, Arnauld de Vresse, eussent dirigé sur la place un feu plongeant redoutable. De plus, les bataillons concentrés à la Bourse et à la mairie du II« arrondissement, pouvaient facilement secourir les défenseurs de la mairie du l«^ Les deux arrondissements se touchent, et les communications de la Bourse au Louvre étaient assurées parla rue Croi.x-des-PetitsChamps, débouchant rue Saint-Honoré devant les magasins et l'hôtel du Louvre. M. Héligon, adjoint au maire du i4° arrondissement, l'un des membres importants de l'Internationale, devenu un modéré enragé, a reconnu que les adversaires du Comité Central étaient nombreux et capables de repousser les deux bataillons dont disposaient Brunel, Protot et Lisbonne.
Le vendredi, vers (pialre heures, a dit -M. Ilcllçcon, nous
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apprenons que des gardes nationaux se dirigent pour prendre la mairie du 1" arrondissement. Immédiatement on fait prendre les mesures nécessaires pour résister, et au besoin pour se porter -lu secours de l'arrondissemeat menacé. Tout était bien préparé, et je crois que ce jour-là,si nous avions eu un général dans Paris, on prenait rHùlel-dc-Ville, et on sauvait la situation II y avait à la Bourse 10.000 hommes. J'avais près de 3 a iOO othciers d'infanterie, venant de captivité, à qui j'avais fait distribuer des chassepots, et il y avait parmi eux un colonel. Tous étaient prêts à marcher...
[Enqaéle parlementaire. Déposition de M. Héligon, t. II. p. 548-1
On voit que les bataillons fédérés étaient plutôt en périlleuse posture dans celte démonstration ayant pour objet les deux mairies.
L'attitude, à la fois énergique et conciliante, du général Brunel, fit éviter la collision qui pouvait être désastreuse pour les fédérés.