LE GÉNÉRAL BRUNEL
Encore une figure énergique, et l'un des plus intéressants défenseurs de la Commune. Brun, mince, d'une taille moyenne, les yeux noirs très vifs, le teint brun, la face maigre et creusée, l'allure un peu raide, aussi brave que Lisbonne, mais beaucoup moins exubérant, Brunel avait le type franchement militaire. Sa moustache noire relevée en crocs et cirée à la mode de l'armée impériale, complétait son aspect martial. Il avait été officier de cavalerie.
Antoine-Magloire Brunel appartenait à la classe bourgeoise. Son père était propriétaire. Il était républicain autoritaire, n'ayant que de très vagues aspirations socialistes. Le patriotisme le jeta dans les rangs de l'insurrection. Il avait commandé le 107- bataillon de la garde nationale pendant la guerre. Il avait été l'un de ceux que l'attitude
de Trochu avait indignés. La capitulation l'exaspéra, et il eut le désir téméraire de s'opposer à l'entrée des Prussiens dans Paris. C'était insensé, impossible à réaliser, dangereux même pour la cité et pour la patrie. Dans l'état où se trouvait Paris, avec les forts aux mains des ennemis, disposés à saisir le préte.xte d'une résistance quelconque pour écraser l'imprenable cité sous les obus, heureux d'achever le sauvag-eet inutile bombardement de janvier, celte fois pire et plus dévastateur, à raison du tir rapproché, la tentative de Brunel pouvait être considérée comme criminelle aussi ; mais cette exacerbation du patriotisme ulcéré peut être blâmée tout haut, et tout bas excusée.
Avec le lieuteuant-colonel Piazza, Brunel fit donc afficher, dans la nuit du 28 janvier, un ordre à la garde nationale.Cet appel,que son auteur avait signé : général Brunel, prescrivait aux bataillons de prendre possession des forts et d'empêcher leur remise aux Prussiens. Les gardes en possession des forts devaient reprendre et continuer les hostilités. On a vu que, par l'intervention du Comité Central recommandant le calme, la collision terrible fut évitée. La population ne bougea pas. Un nombre infime de gardes avait répondu à l'appel. Brunel et Piazza furent arrêtés, déférés au Conseil de guerre. Ils furent acquittés sur le chef d'excitation à la guerre civile, car ils pouvaient légitimement soutenir qu'ils n'avaient voulu qu'exciter à la continuation de la guerre étrangère, mais ils furent condamnés à deux ans de prison, pour avoir usurpé la qualité et les fonctions l'un de général, l'autre de chef d'état-major. Ils furent délivrés par le peuple qui força la prison. Brunel fut ensuite nommé membre du Comité Central, puis général commandant, avec Eudes et Duval. Elu membre delà Commune dans le VII» arrondissement par 1.947 voix, il siégea peu à l'Hôtel-de-Ville. Il jugea que sa place était ailleurs.
3Ao HISTOIRE DE LA COMMUNE
au combat, et ses collègues auraient dû suivre son exemple.
Il fut l'un (les commandants de la funeste sortie d'avril; comme chef de la lo» légion, il défendit avec une grande énergie le fort de Vanves, position à peu près intenable, et fit montre d'une endurance héroïque,entraînant ses hommes sans relâche, et toujours le premier au feu, le dernier dans la retraite. Brunel lutta jusqu'aux heures finales.
Il parvint à gagner l'Angleterre, où il fut nommé, au concours, professeur à l'Ecole navale, sachant se faire apprécier et estimer de ceux qui lui donnaient asile, comme Hector France, autre officier de la Commune, qui fut professeur à l'Ecole militaire de Woolwich.