JOIE DE LA POPULATION
La population, en y comprenant tous les gardes nationaux, ceux qui suivaient le Comité Central, comme ceux que les maires avaient rassemblés sous le commandement de l'amiral Saisset, ne désirait donc que l'accord. Elle témoig-na sa joiede celle convention, qu'elle supposait définitive, sur divers points de Paris. Une manifestation eut lieu, rue Neuve-des-Petits-Champs, qui ne pouvait laisser subsister aucun doute sur l'accueil qui serait fait à ceux qui avaient approuvé, signé la convention.
En quittant la mairie du lei, pour se rendre à celle du II«, où se trouvaient réunis un certain nombre de maires et d'adjoints des divers arrondissements formant le Comité de Résistance, Brunel et ceux qui l'accompagnaient se virent le passage barré. C'était l'ordre donné par le fougueux Quevauvilliers, impatient de faire parler la poudre, désireux d'appliquer les instructions que lui avait fait transmettre Saisset. Il déclara que les insurgés Brunel et Protot ne passeraient pas. Il fallut parlementer. M Adam ordonna au belliqueux bijoutier de livrer passage. Celui-ci d'abord refusa. Sur l'insistance énergique de M. Adam, il finit par dire qu'il ne céderait que si les maires, réunis en ce moment au II", l'y autorisaient. MM. Adam et Quevauvilliers se rendirent alors à la mairie de la Banque. Là, le colonel
LE COMITE CKNTHAI.
Quevauvillieis affirma qu'oQ pouvait, qu'on devait résister. « Je réponds sur ma tôle que nous sommes en force ! » répétait-il en regardant autour do lui pour solliciter une approbation. On ne l'écouta point, et MM. Fran(;ois Favre, maire des Batignolles.et Jobbé-Duval, adjoint au maire de Grenelle, furent délégués pour aller inviter MM. Brunel, Prolot et ceux qui les accompag-naicnt, et qui attendaient au coin de la rue Richelieu et de la rue Neuve-des-Petits- Cliamps, à se rendre à la mairie. Tout le long- de la rue Neuve-des-Pelits-Champs, les deux maires furent acclamés par la foule, heureuse de voir tout le monde enlin d'accord. M. Jobbé-Duval se jeta dans les bras de Brunel et l'embrassa aux ap[)laudissements des assistants.
Une scène analogue se passait en même temps, de l'autre coté de la mairie de la rue de la Banque, rue Croix-des- Petits-Champs, Maxime Lisbonne l'a racontée ainsi :
En arrivant à la rue Croix-des-Pctits-Ghatnps, nous trouvâmes une barricade qu'avaient élevée contre nous les gardes nationaux de la réaction. Mais comme il ne fallait pas leur laisser croire que le quartier général qui s'était installé à cette mairie pouvait nous en imposer, je sommai les fédérés de l'ordre, comme ils s'intitulaient, de nous livrer passage et m'apprêtai en même temps à attaquer la barricade.
Au même instant, M. Tirard, maire du II" arrondissement, survint, se Jeta dans les bras de quelques fédérés, et,en les embrassant, il fit appel à la concorde. On nous laissa passage. Brunel, Protot et moi, nous montâmes à la mairie, afin de nous entendre s'il se pouvait.
(Maxime Lisbonne. Souvenirs inédits, chap. IV.)
CONDfTlOXS DE n/iU.VEL ET DE PROTOT
Le général Brunel, introduit dans la salle du Conseil, prit aussitôt la parole avec fermeté, mais sans élever la voix, sans altitude menaçante.
J'ai pensé, Messieurs les Maires, dil-il, qu'avant d'engager une lutte fratricide, il était juste et bon de tenter un dernier ellorl de conciliation. Je viens donc vous proposer un moyen d'arrangement que vous ne pouvez refuser. Le Comité Central avait Hxe les élections pour le 26 mars, l'Assemblée les a fixées au 3 Avril. Faisons cbacun un pas, Messieurs, et décidons ici, ensemble, que les élections pour le Conseil Municipal auront lieu le jeudi 30 Mars ?
Les maires se consultèrent rapidement. Schœlcher demanda s'il ne vaudrait pas mieux, pour éviter toute tentative de résistance de la part de l'Assemblée, prendre le jour fixé par elle, c'est-à-dire le 3 avril. Cette date ne fut pas acceptée. Une discussion s'engag-ea ensuite sur le mode d'élection du commandant supérieur de la g-arde nationale. Les maires proposèrent l'élection à deux degrés. Protot s'y opposa.
Le suffrage universel était la base de la République. Il devait, dit-il, être appliqué pour la nomination du chef de la seule force que l'on avait à opposer, non seulement à ceux qui voulaient renverser la République, mais encore à l'Allemagne, maitresse du territoire livré. Thiers en tentant de désarmer la garde nationale, car c'était là le vrai but de sa tentative nocturne, avait failli mettre la France à la discrétion de l'Allemagne.
L'élection directe du chef de la garde nationale était le vœu populaire.
Protot. excellent républicain, mais dominé par la pensée de soustraire la garde nationale à l'autorité et à l'influence d'un chef, qui, élu au second degré, serait probablement l'expression des suffrages modérés, et peut-être un agent gouvernemental comme Saisset, Schrelcher ou Langlois, ne s'apercevait point qu'il soutenait le périlleux système plébiscitaire. Il insista pour l'élection par le peuple du futur dictateur, car c'était la dictature plébiscitaire qui était en question.
11 était évident qu'un homme ayant toute la force armée de Paris à sa disposition, et <le plus étant l'élu de tout le peuple parisien, aurait un pouvoir bien supérieur à celui de l'élu de délégués des bataillons. La force matérielle et morale dont disposerait ce général nommé par toute la population lo feraitmaîlredeParis.l'arbitrede ses destinées. Il dominerait isolément chaque membre, et même, dans son ensemble, le conseil communal dont on préparait l'élection par des scrutins locaux.
Un des officiers voulant appuyer la motion de Protot s'é cria : « Le Comité Central exige le vote universel.» Protot avec franchise répondit aussitôt :
Je ilois vous dire, Messieurs, que je suis ici comme chef de bataillon, et non comme membre du Comité Central. Mes collègues ne m'ont donné ni pouvoir ni instructions pour rien décider. Veuillez donc ne pas tenir compte de ma qualité de membre du Comité Central. Je ne puis m'engager à rien, ni engager le Comité. Décidez comme vous le croirez bon.
Cette loyale déclaration réfute donc l'assertion, produite par la suite, que « le Comité Central avait pris dans cette réunion, par la bouche de son délégrué Protêt,» des engagements qu'il n'a pas tenus ».
Les maires devaient bien sedouter qu'il ne s'agissait là que de préliminaires en vue d'un accord, et que ces échanges de vues devaient, si les termes en étaient acceptés de part et d'autre, recevoir la ratification du pouvoir de fait existant à l'Hôtel-de- Ville. Cette condition était sous-entendue, d'autant plus que l'un des négociateurs déclarait loyalement qu'il n'avait pas mandat d'engager le Comité Central.
Schœlchcr mit donc aux voix les deux propositions : à la presque unanimité, la réunion se prononça pour l'élection du commandant supérieur par le suffrage universel.
A tout prix, avait dit sincèrement M. Méline, il faut évi-
348 HISTOIRE DE Li COMMUNE
ter l'effusion du sang. M. Thiers avait, par fourberie, tenu à plusieurs reprises ce même lano^-age pacificateur. C'était surtout le cri de la population.
On signa donc cette première convention, qui ne pouvait avoir qu'un caractère provisoire et conditionnel, puisque le Comité Central l'ignorait et n'avait pas été consulté, et qu'il n'avait donné mission à Brunel, à Protot et à Maxime Lisbonne, que d'occuper les mairies où siégeaient les comités de résistance. En outre, la date fixée par lui, déjà annoncée, par décret, avait été changée, et à son insu. Il n'y avait donc en réalité qu'un projet d'accord. On se serra les mains cependant avec joie et l'on se sépara aux cris de : Vive la République! après avoir décidé que Protot prierait ses collègues du Comité Central d'envoyer, à neuf heures, des délégués à la mairie du Ile, pour terminer définitivement l'accord avec les maires, pour apporter la ratification, qu'on supposait certaine.
L'amiral Saisset fut tenu au courant de ce qui s'était conclu. En apprenant cet arrangement, il envoya son aide de camp à la mairie, et dit : « C'est ce qu'il y avait de mieux à faire! » M. Schœlcher, dans sa déposition à l'Enquête, a confirmé cet assentiment de l'amiral.
Donc, le spectre de la guerre civile reculait, s'évanouissait.
L'accord semblait si désirable à tous qu'on colporta aussitôt la bonne nouvelle dans Paris.
Il y eut alors un fait très curieux, a dit M. Vacherot dans l'Knquête,je ne sais pas si vous le connaissez, mais sur le bruit de cet accord, le soir même, sur les boulevards, des démonstrations d'une joie folle eurent lieu. Les bataillons fédérés défilaient la crosse en l'air, en criant : Plus de guerre civile! Vive le Travail I Vive la Paix I Telle a été pendant trois heures l'attitude des boulevards.
LE COMITÉ ( LNTtlAL 349
Malheureusement, il y eut un arr^'t dans cet élan joj'eux, car le Comité désavoua son envoyé Protot.
EUGÈNE PROTOT
Encore un fils de la bourgeoisie servant la cause populaire que cet avocat, intelligent et probe. Eugène Protot est né à Tonnerre en 1889. Il vint à Paris faire son droit, dans les dernières années impériales. Il se lia avec les jeune.s hommes ardents qui rédigeaient de petits journaux d'opposition, publiés au quartier latin. Ces feuilles très courageusement écrites étaient qualifiées de littéraires, par force. L'Empire permettait à la « petite presse », celle qui ne déposait pas de cautionnement, de [commenter les potins de rédaction, de reproduire les scandales de coulisses, de bavarder sur la mode, les courses, les cocottes, d'être l'écho des bruits du boulevard et de critiquer les gens de théâtre, les clubmen et les vaudevillistes. On appelait cela traiter de matières littéraires. La politique, la philosophie, les questions do religion et de libre-pensée, les actes et la vie des hommes touchant au gouvernement, étaient par contre rigoureusement interdits. Il était môme défendu de parler de l'antiquité d'une façon trop indépendante, et les propos d'un certain Labienus, hostile à l'imperator César-Auguste, vile devenaient suspects. L'amende, la prison et la suppression de la feuille indiscrète punissaient l'incursion sur le champ interdit. Mais le fruit défendu attire. Ces jeunes gens couraient de reclief avec plus d'entrain au verger prohibé. En sortant de l'audience correctionnelle, ils bravaient les gendarmes du parquet faisant, le code à la main, bonne garde autour du domaine réservé, et y cueillaient les pénalités prévues. Parmi ces journaux suspects figuraient la Bive (jaiiche et surtout le Candide.
35o HISTOIRE DB LA COMMUNE
PrototfutruQ despriacipaux collaborateurs du Candide. Cet organe, nullement frivole, du matérialisme philosophique ue put durer que quelques semaines. Il a survécu dans l'histoire à bien des feuilles enregistrant encore avec fierté des millièmes numéros. L'important pour un journal, comme pour l'être humain, n'est pas la longévité stérile, mais d'avoir marqué son passag-e et d'avoir laissé trace de son existence. Candide, éphémère journal au petit format, a prolongé sa durée dans l'histoire.
Protot, qui avait rédigé le programme aux affirmations athéistes du premier numéro, avait acquis rapidement une double notoriété, dans la jeunesse militante du quartier et dans les brigades de police politique.
Le femeu.x Laçrange le surveillait.Glassé comme journaliste subversif et agitateur dangereux, il fut compromis dans l'affaire du café de la Renaissance, et condamné, pour affiliation à une société secrète, à quinze mois d'emprisonnement.
a s'était fait inscrire au barreau et fut choisi comme défenseur par Még-y,un ouvrier mécanicien, accusé très en vue, qui avait tiré sur un agent nommé Mourot. L'agent s'était présenté pour l'arrêter à son domicile, avant l'heure légale. La défense de cet ouvrierconsidéré comme rebelle et meurtrier, rapprochée de sa propre condamnation récente, eut pour résultatde faire classer l'avocat Protot parmi les républicains à coffrer. Gomme tel, il fut impliqué dans le procès de Blois.
Un commissaire de police, muni d'un mandat d'amener, se présenta chez Protol pour l'arrêter. Protot avait ouvert la porte lui-même, et ne fit nulle résistance. Mais le commissaire, procédant aussitôt aune perquisition, mit la mam sur la serviette d'avocat de l'inculpé. Celui-ci protestant contre la saisie des dossiers de ses clients, se jeta sur le
policier et reprit ses papiers. Il voulut alors gagner l'escalier et s'enfuir avec sa serviette reconquise. Le commissaire sans scrupules tira un coup de pistolet, en . l'air, a-t-il dit. Prolol ne fut pas atteint, mais Téveil étant donné, le passade fut barré au jeune avocat, par les agents accourus . Bientôt emmené par les policiers vainqueurs, il fut écrouc. Cette arrestation mouvementée produisit une grande émotion. Le barreau intervint. Des consultations d'une haute portée juridique furent publiées. Le cabinet de l'avocat fut déclaré inviolable par les juges consultés, et les papiers, qui pouvaient s'y trouver au cours d'une perquisition, furent considérés comme insaisissables, au nom des droits sacrés de la défense. Protot fut relâché, sa serviette lui fut restituée, et il put défendre son client Mégy devant la haute cour.
Au 4 septembre, Eugène Protot, signalé par son passé de républicain de la première heure, fut élu chef d'un bataillon de la garde nationale. Il se montra l'adversaire résolu de Trochu et des autres membres du gouvernement de la Défense. Il fut l'avocat de l'un des prévenus pour l'affaire du 3i octobre, Vésinier, et obtint son acquittement. Membre du Comité Central, Protot fut élu à la Commune par le XI» arrondissement. Il obtint i8.o6a voix.
D'une haute taille, l'allure un peu lourde, le pas solide, ayant la démarche pesante d'un fils de vigneron, Protot, robuste bourguignon, avait sous la robe l'aspect professionnel des gens du palais, chez lesquels se retrouvent souvent les traces de l'hérédité rustique. Il était à peu près imberbe, avec deux ou trois bouquets de poils aux joues, et il paraissait plus jeune que son âge. La tête était énergique, le front haut, le nez droit,avec les yeux vifs. L'ensemble de sa physionomie dénotait la franchise, avec un peu de raideur native, et une fermeté acquise. La volonté se révélait dans
35a IIISTOIIIE DE LA COMMUNE
ses gestes mesurés, dans sa parole nette, surtout dans son regard franc et profond. Ce caractère d'opiniâtre vouloir, qui contrastait avec son apparence jeunette, perçaitsous la toge, s'accentuait sous la tunique du chef de bataillon. Ce fut l'uniforme qu'il porta constamment durant la Commune. La simarre de garde des sceaux eût-elle été de mise ? Ce costume guerrier, bien naturel à cette époque de batailles, inspira pourtant au bâtonnier Rousse, qui rendit visite, au ministère, à son jeune confrère devenu son supérieur hiériarchique, d'injustes réflexions, fort sottes et déplacées. Dans un récit de celte entrevue, publiée par la Revue des Deux-Mondes, le ci-devant bâtonnier a dépeint à sa façon, pour amuser le public académique et complaire à ses confrères réactionnaires, le costume, le cabinet et l'entourage de Protot :
Dans cette grande pièce solennelle, a-t-il dit, pleine de si imposants souvenirs, où ont passé les plus hautes gloires de nos magistratures, une demi-douzaine d'individus très sales, mal peignés, en vareuses, en paletots douleu.x, ou en vieux uniformes, ramassaient des papiers entassés pèle-mèle sur des tables, sur des chaises, sur des planches. Devant le grand bureau de Boulle, j'aperçus un long jeune homme de vingt-quatre à vingtcinq ans, mince, osseux, sans physionomie, sans harbe, sauf une ombre de moustaches incolores, bottes molles,veston r.àpé, sur la tète un képi de garde national orné de trois galons. J'étais devant le garde des sceaux de la Commune. Il se tenait debout,des lettres à la main. En me voyant, il devint très pâle, et m'invita poliment à m'.isseoir, pendant que ses secrétaires continuaient à dépouiller la correspondance...
Maxime Vuillaume qui assistait à l'entrevue, c'était lui qui avait introduit M° Rousse, a rectifié ce portrait, qui n'est qu'une caricature malveillante.
Les individus mal peignés, très sales, étaient mes amis, dont j'ai déjà dit les noms. Plusieurs, fils do riches bourgeois :
LE GOMtTÉ CENTRAI, 353
Bricon, dont le père était plus que millionnaire; Dessestjucllei fils d'un sfros huissier do Neuilly, és^alement fortuné. Le premier mort, assislîinl du docteur Bouriicvilie à Bicètre, le second mort avocat à Saison. Clvirles Da Costa, le frère de Gasluii, le substitut de Ritçault, dont le père était professeur de niathéiiiali(|ues à Sainte-Barbe, et d'autres que Ma Rousse a également vus hirsutes et très sales...
l'rotot s'était levé quand fut annoncé M* Rousse, bâtonnier de l'ordre des avocats. Devant lui, sur la table, était son képi d'artillerie. Avant d'clre commandant du 217* bataillon de fédérés, Protot avait été, pendant le siège, maréchal des logis chef de la 2" batterie de l'artillerie auxiliaire. Pendant trois mois, il a campé avec sa batterie sur ces crêtes de Nogent où pleuvaieut les obus, entre le fort de Rosuy et le fort de Fontenay, en face le plateau d'Avron. 11 n'a pas quitté son costume. Sa vareuse qui a couché avec lui dans la bouc et dans la neige est râpée. Pardessus sa culotte à large bande rouge, il chausse les bottes courtes qui comi)lètcnt son costume.
Me Rouâse a raison, le « veston » n'est pas de la première fraîcheur. Il a le tort d'avoir fait la rude campagne.
Je m'étais éloigné de quelques pas. Je ne suivis donc qu'à demi la conversation de Protot et de M« Rousse. Il s'agissait de l'affaire Chaudey. M' Rousse, après quelques minutes d'entretien calme, ayant marqué son impatience, j'entendis distinctement Protot dire à son visiteur, d'une voix ferme :
— M. le bâtonnier,vous êtes ici devant le ministre de la justice I
Les deux interlocuteurs se saluèrent. M» Rousse quitta le cabinet du délégué.
(Maxime Vuillaume..V''S Cahiers roages, p. aîjg.)
Prolol avait conserve une certaine déférence pour le bâtonnier, durant cet eulrcliea, mais celui-ci avait été iulimidé, un peu inquiet aussi. L'arrogant et réactionnaire personnage qu'était IM'= Rousse a pris sa revanche, le danger passé, quand il ne s'agissait plus que d'insulter à dislance un vaincu.
(iaston Da Costa, qui a bien connu Protot, a laissé de II a3
nIHE DE LA COMMUNE
lui ce portrait infiniment plus exact que celui du bâton-
nier :
Au quartier latin, il nous étonnait par ••^■'' «'"^^ ', ''e cle^-e. «^ „.êmeUps qu'il nous charmait par sa -'''l'- .<^^^^°"°; ^ !,Vec faconde sp rituelle. Sous la Commune son attitude F'^ «^
Ï-vns le\énie émancipateur de la France, n. de sa seule conhnce dans la Révolution sociale. D'une prohite sans ega e, l"unesincTritéinébranlable,d'une rigidité dep^^^^^^^^^^
tibles, ou peut affirmer hardiment qu .1 est d un autre a^e.
(Gaston Da Costa. La Commune Vécue, l. Il, p. =47-)
Comme délégué à la Justice, Prolot eut à intervenir dans des circonstances particulièrement graves, notamment à roccasion du décret des otages. Nous exam-nerons son action alors, quand nous traiterons de cette penode sensationnelle de l'histoire cornmunaliste. 11 n'eut pas le emps d'accomplir les réformes dans l'ordre jud.aa.re qu .Ip.eparait. I était de ceux qui, s'Illusionnant sur la force de distance et sur la durée probable de la Commur>e ne voulurent pas comprendre qu'elle n'était que la cont,nuaion du Dix-Huit mars, c'est^^-dire une ---^- cours, une bataille en train , et non un rég.me etabl , à 1 ex.s tence garantie, où Ion pouvait administrer, relormer et Tude ' où la ;égularité, la légalité devaient être sçrupuleusement observées. Aberration S™-' " / ^^'^^^^^i nlace active et utile alors pour le commandant Piotot mais 'p^ot, chef de la magistlaturcne pouvait que se préparer rexer;er utilement ses hautes et nécessaires fonctions, après la victoire.
lE COMITÉ CÏNTllAI. 355
Le bioy:raiihe Jules Clère, en général très peu indulgent pour ceux qu'il portraiclurait, a dit de lui : « Il est un des rares hommes instruits de la Commune. » Ceci est vrai qu.int à Protot, mais inexact et injuste à l'égard de Deleschize, Jules Vallès, Tridon, Arthur Arnould, Félix Pyat, Vermorel, et tant d'autres intellectuels oubliés.
Ilentréen France à l'amnistie, M. l'rotot voulut, comme c'était son droit, vivre de sa profession d'avocat. Il se heurta à l'obstination hostile du Conseil de l'ordre. 4 plusieurs reprises il protesta contre le refus systématique de l'admettre au baireau.Il ne put vaincre l'animosité vindicative, la rancune de corps de l'ordre des avocats, s'appuvant .sur un monopole contestable et sur de prétendus privilèges remontant à l'ancien régime. Pour le Conseil de l'ordre la loi d'amnistie n'existe pas. M. Protot, qui est heureusement encore vivant, verra peut-être se produire une juste et nécessaire modilicalion de cet Ordre, en son ensemble réactionnaire, bien qu'il compte de nombreuses et brillantes individualités républicaines (ij.La République, dont Protot est l'un des fondateurs, aurait dû depuis longtemps lui rendre l'accès du barreau. La cour d'appel, à défaut du Conseil de l'ordre, avait le devoir de le réintégrer dans tous ses droits d'avocat, qu'il est digne d'exercer, et dont il ne demeure privé qu'au mépris de la loi d'amnistie, et par un caprice dont les tribunaux devraient annuler les effets. C'est la Commune de 71 qu'on proscrit encore et qu'on frappe, en 1911, dans la personne de l'un de ses plus dignes survivants. M. Protot, dans sa retraite forcée, est devenu un de nos arabisants distingués.
(i) L'auteur s'honore d'avoir Hé reçu dans ses rangs, sous l'empire, et ceci donne du poids à sa protestation contre l'e.'sclusion inique du barreau dont se trouve encore victime Eugène Protot.
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