‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 96 sur 126 · MOTION DE LOUIS BLANC · texte numérisé non relu

MOTION DE LOUIS BLANC

Louis Blanc et plusieurs de ses collègues de l'extrême gauche estimèrent au contraire qu'il y avait lieu pour

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l'Assemblée de se prononcer. Les républicains de l'Assemblée, tout au moins, avaient le devoir d'émettre un avis. Sans lui donner une approbation motivée, ils devaient faire savoir .^ l'opinion qu'ils considéraient comme bonne et utile l'intervention des maires.

Louis Blanc déposa donc la motion suivante :

L'asscmblte nationale déclare qu'en prenant, en toute conoaissanco de cause, le parti que leur imposait la plus alarmante des situations, les maires et les adjointe de Paris ont agi en bons citoyens.

Ont signé : M.\I. Louis Blanc, Peyrat, Edgar Qumet, Brisson, Edmond Adam, Langlois, Greppo, Martin Bernard, Tirard, Millièrc,Jean Brunet.

L'éminent député de Paris développa en ces termes mesurés sa proposition :

Messieurs, nous apprenons qu'une affiche sisnée par la majorité des maires et adjoints de Paris appelle tous les citoyens de Paris à prendre part demain aux élections du Conseil Municipal. Vous vous rappelez, Messieurs, que ces maires et adjoints sont venus, il y a deux jours, vous demander l'autorisation de prendre les mesures que leur paraissait réclamer la situation. Pour des motifs que le gouvernement a déclares d'une importance suprême, mais qu'il n'a pas cru pouvoir nous faire connaître, la discussion de la proposition des maires a été écartée. Or, la crise devenant de plus en plus pressante, les maires, de plus CD plus convaincus de la nécessité d'y pourvoir sans retard et sous leur responsabilité, ont pensé qu'il n'était pas possible, sans un d.inger imminent pour la paix publique, de laisser plus longtemps Paris privé duu conseil municipal, que toute la population a réclamé pondant tant .l'aunées et qu'elle demande aujourd'hui avec une incontestable unanimité.

Je viens donc. Messieurs, au nom de ceux de nos collègues de la représenlalion de Paris, qui, depuis huit jours, oui fait tant d'efforts pour arriver à la pacification de la capitale, vous conjurer de reconnaître qu'eu prenant, en toute connaissance de cause, le parti ([ueleur imposait la plus alarmante des situations, les maires et les adjoints de Paris ont agi en bons citoyens.

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Louis Blanc n'avait pas de sympathie bien vive pour le Comité Central et ne fit point adhésion à la Commune. L'illustre historien de la Révolutionne hardi socialiste de i848, le seul véritable républicain démocrate du gouvernement provisoire, l'organisateur du parlement ouvrier du Luxembourg et le premier ministre qu'eurent les travailleurs, était certainement de cœur et d'intention avec les républicains parisiens. Mais il s'était trouvé débordé. Sa raison, autant que son orgueil, n'admettaient pas un mouvement par lequel il se sentait dépassé (i).

Louis Blanc subissait fatalement l'influence deson milieu et n'avait plus l'énergie révolutionnaire assez vive pour se séparer de républicains sincères, mais devenus timides, comme Clemenceau, Henri Brisson, Charles Floquet, Martin Bernard, Greppo, Tolain, et d'autres, plus illustres encore, tels que Victor Hugo, Littré, Gambetta, qui, sans aller jusqu'à combattre la Commune, n'osèrent point la soutenir et la sauver.

Louis Blanc avaitl'effroi et l'horreur de la guerre civile. Ce sentiment le domina et dicta sa conduite. Il se souvenait des repressions de juin 48 ayant eu pour résultat le Deux Décembre et l'empire, et il faisait tous ses efforts pour éviter le retour de semblables luttes fratricides, génératrices des pires réactions. C'est à ce point de vue qu'il convient de se placer, pour juger deson attitude, qui fut celle de républicains excellents, auxquels on doit reprocher seulement d'avoir été les dupes de M. Tbiers et de n'avoir pas eu confiance dans l'avènement d'un régime nouveau. Il est vrai qu'ils n'avaient pas été appelés à eu faire par-

(i) L'auteur qui eut l'honneur d'être, par la suite, le collaborateur, â l'Homme libre, de Louis Blanc, et son ami, jusqu'à ses derniers moments, ne peut que constater cette résistance et cette abstention de l'illustre socialiste, en les regrettant, mais sans oser les juger trop sévèrement.

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lie. Le mouvement du Dix-Huit mars avait à sa tête des hommes qu'ils ignoraient, ou par qui ils avaient été combattus et souvent^njuriés, durant les dernières luttes électorales sous l'empire. D'où leur abstention méfiante et leur neutralité hésitante, durant ces deux mois de confusion et de combats.

La proposition de Louis Blanc était généreuse et acceptable. Elle avait l'avantage de forcer l'Assemblée à prendre parti. Ni Louis Blanc, ni ceux qui avaient signé avec lui, ne devaient d'ailleurs se faire grande illusion sur le sort qui paraissait réservé à cette motion, pierre jetée dans un marais coassant.

Un tumulte s'éleva, des grognements se firent entendre, dès les premières paroles de l'orateur. Quand il eut terminé, les droitiers s'agitèrent dans leurs fauteuils, poussant des cris confus, au milieu de.squels dominait la demande de renvoi à la commission d'initi-Uive.

Un membre, M. Cocherj, réclama le renvoi à la commission des Quinze. Le président Grévy dit alors que le renvoi à la Commission d'initiative serait de droit, .si l'Assemblée n'acceptait pas. Il relut la motion, et mit aux voix le renvoi à la Commission des Quinze. L'Assemblée vota contre. En conséquence, le président déclara que la proposition serait renvoyée à la Commission d'initiative. C'était un rejet complet.

Ainsi l'Assemblée refusait ce témoignage platonique aux maires, qu'ils avaient agi en bons citoyens, lorsqu'ils avaient tout fait pour éviter la guerre civile! En traitant avec le pouvoir de fait, existant à Paris, en convoquant les électeurs pour donnera Paris ce conseil municipal que l'Assemblée avait promis, que le gouvernement avait accepté en principe, retardant seulement la date à laquelle il serait nommé, les maires avaient-ils donc agi en mauvais citoyens?

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Etaient-ils transformés en factieux, pour avoir essayé d'empêcher une lutte sanglante entre Français ? Ce vote de rejet prenait cette sig^nification injuste et maladroite.

L'Assemblée, en manifestant son refus d'admettre une transaction avec l'émeute, dépassait la pensée actuelle de M. Thiers ou du moins dérangeait ses calculs. Le chef du pouvoir exécutif n'avait-il pas envoyé l'amiral Saisset à Paris, sans mission précise, donc sans l'ordre formel de livrer bataille, par conséquent avec la faculté de signer des préliminaires de paix, s'il estimait que cela était nécessaire ou avantageux? N'avait-il pas,par le décret de son ministre Picard, donné aux maires l'autorisation d'administrer provisoirement la ville de Paris, et de prendre toutes les mesures que comporterait la situation en l'absence du gouvernement? Enfin, au moment même où l'Assemblée refusait de reconnaître que les maires avaient agi en bons citoyens, ne disait-il pas à M. Tirard, qui le consultait sur le point de savoir s'il devait signer la transaction, c'est-à-dire si lui Thiers approuvait cette transaction, et s'il l'eût signée avec les maires, se trouvant comme eux aux prises avec les mêmes difficultés et dans la même situation : « Vous n'avez qu'une chose à faire, c'est d'éviter l'effusion de sang. »

M. Thiers ajoutait, il est vrai, restriction mentale et verbale digne de Loyola: « Pendant quelques jours». Approbation temporaire, mais approbation quand môme.

M. Thiers indiquait ainsi qu'il ne demandait qu'un ajournementàrhémorrhagieparisiennequ'il préparait. Il approuvait cependant le traité et la signature, puisque c'était le seul moyen de retarder le sang. Déconseillant une résistance qui lui paraissait inutile quant à présent, M. Thiers trouvait bonne, provisoirement, la transaction qui la terminait. Il donna en outre ce certificat à M. Tirard, que l'As-

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semblée refusait à ses collègues : « Vous avez fait un acte de bon citoyen. »

Louis Blanc ne demandait pas autre chose. L'Assemblée se montra donc plus intransigeante que M. Thiers. Elle révélait ainsi non seulement son intolérance, mais son défaut de perspicacité. Elle prenait naïvement pour une concession à l'émeute ce qui n'était qu'une ruse pourdonner le change, une feinte avant d'engager le fer.

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