‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 13 sur 95 · PARIS ISOLÉ · texte numérisé non relu

PARIS ISOLÉ

Paris agit seul, le Dix-Huit mars. Il demeura isolé au leiulemain do l'insurrectiou. Celte solitude ne l'émut guère. Maître des services d'une g-rande capitale par la fuite du gouvernement, il se considéra comme indépendant. Il avait été si longuement séparé de la province, si accoutumé à l'oublier, à ne pas prendre conseil d'elle, qu'il se comporta les jours qui suivirent sa soudaine émancipation comme si la capitale était la France entière. Les parisiens pensèrent, agirent, décidèrent comme s'ils n'avaient rien à demander aux départements et rien à attendre d'eux. Paris confondit l'indépendance avec l'isolement. Ce fut une faute lourde, et penser ainsi était une sottise.

11 faut excuser cette mentalité, conséquence de la solitude obsidionale.

Si la Révolution au 18 mars eût été le résultat d'une conspiration mûrie lentement, si elle eût éclaté comme l'exécution d'un plan combiné à l'avance, les conjurés eussent certainement noué antérieurement des relations plus ou moins secrètes avec les militants départementaux.

yO HISTOIRE DE LA COMMUNE

échangé des vues avec les comités, et préparé une lutte en commun. Le soulèvement g'énéral eût été concerté. On eût attendu le jour où le signal de l'insurrection serait donné à Paris. La province eût aussitôt tenté d'y répondre. Peutêtre même eût-elle devancé, comme cela s'était vu dans certaines villes au 4 septembre. Mais Paris avait été surpris, le i8 mars; la province le fut aussi. Elle avait appris en même temps, par M. Thiers, l'attaque et l'insurrection par la provocation sur la Butte suscitée," dont l'étouffement était certain à bref délai », ajoutaient les dépêches officielles. Paris et la province, comme des parents qu'un événement a éloig-nés, cessèrent de s'intéressera Icïurs aspirations réciproques. Ce n'était pas la brouille, mais la froideur.

M. Thiers vit nettement la situation, dont le sens échappait aux parisiens. Avec le concours des déparlements, l'insurrection pouvait devenir une révolution, et le g^ouvernement, en .s'enfujant de Paris comme le dernier des Valois, comme le dernier des Bourbons, comme Louis- Philippe, comme les ministres de Napoléon III, .semblait laisser derrière soi tout espoir d'y rentrer. La Commune, acceptée par la France, devenait viable, établissait un rég'ime nouveau, et n'avait plus qu'à faire rég'uiariser son g-ouvernement provisoire, en attendant la réunion d'une Assemblée nouvelle, nommée avec mandat, non plus d'accorder des milliards et trois départements aux prussiens, mais de donner aux français une constitution républicaine- M. Thiers avait aussitôt compris que la clef stratégique et le secret de la victoire étaient hors des murs de Paris. Si la province bougeait à peine ou pas du tout, si les grandes villes nesoutenaient pasénergiquementelimmédiatementla Commune, si enfin le gouvernement provisoire de Paris n'était pas surde-champ accepté, acclamé, la capitale ne devenait

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