‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 14 sur 95 · I.K GOCVEIINEMKNT DE L IIOTEL-riE-VILI-K 7I · texte numérisé non relu

I.K GOCVEIINEMKNT DE L IIOTEL-riE-VILI-K 7I

plus qu'une cité insurg'ée, qu'il serait facile de maintenir isolée. Paris de viendrait comme un lazaretjacontag'ion révolutionnaire ne pourrait se propa»-er au dehors. Paris alors, faute de secours, serait inévitablement destiné à capituler ou à être pris de vive force. Il fallait donc circonscrire le fover de la rébellion, empêcher l'incendie révolutionnaire de g-açner les départements. Il était urg'ent que la province n'adhérât point, môme en paroles ou par des manifestations trop vives, au mouvement parisien, et que cette adhésion, si elle se produisait sur certains points, fût si faible, si particulaiisée, qu'on pût aisément la tenir pour nulle et rapidement la comprimer. Habilement, M. Thiers, des le second jour, à peine remis de son alerte du quai d'Orsay, satisfait de son évasion réussie, se trouvant rassuré à Versailles, au moins provisoirement, s'efforça de parler à la province, de l'amadouer et de la paralyser. 11 s'ag'issait avant tout de détourner les corps élus, les groupes militants,d'entrer en rapports avec les insurgés parisiens, qu'il dépeia^'nit aussitôt comme des rebelles sans importance, déjà châtiés ou près de l'être. Il agit, de l'hôtel de la préfecture de Seine-el-Oise, comme s'il eût été toujours maître du pouvoir central, in.stallé au quai d'Orsay ou à l'Elysée. Il appuya son dire de dépêches mensongères, annonçant qu'il avait /^o.ooo hommes sous la main, qu'il était à la veille de rentrer avec celte force dans Paris pour y rétablir l'ordre. Il affirmait en même temps que la majorité de la population désapprouvait le mouvement, qu'on devait le considérer comme une simple émeute dont le g'ouvernement aurait facilement raison. La poste, le télég'raphe, dont ses ag'enls conservaient la direction et aussi la manipulation, ne transmettaient que des renseig'nements erronés, rédigés à Versailles, et surtout des nouvelles fausses de la capitale, que des agents restés à Paris expédiaient. On crut dans les

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graiitles villes, où les journaux de Paris favorables à Tinsurrection ne purent parvenir, qu'il s'agissait d'une audacieuse tentative sans portée ni lendemain. Etait-ce un soulèvement patriotique, révolutionnaire, socialiste, quelques dépèches disaient bonapartiste ? On ne savait pas au juste. Cet accès de- fièvre parisienne apparaissait analog-ue aux échaulTourées antérieures, au 3i octobre et au 22 janvier; donc les provinciau.x devaient juger que cette crise, comme les autres, n'aurait pas de suites. .

11 y eut bien des tentatives d'adhésion au mouvement, 4 en plusieurs villes, mais ce ne furent là que des manifes- J

tations révolutionnaires sans appui ni racines, des explosions isolées, des initiatives émanant de minorités insuffisantes, privées de chefs reconnus et acceptés, par conséquent vouées à l'avortement. Ceci est pour les premiers jours. Par la suite, dans plusieurs départements, il se produisit des démonstrations relativement importantes, mais généralement pacifiques et légales, en faveur de la cause parisienne. On publia des propositions d'entente, on organisa des réunions et l'on afficha des ordres du jour. En même temps, on envoj'a des délégués à Versailles, on lança des appels à la conciliation, on tenta même un congrès à Bordeaux. Ce ne furent que des efforts sans cohésion et sans importance générale. M. Thiers n'en pouvait être effrayé. 11 continuait avec assurance à faire avancer ses troupes, redoublait l'intensité du bombardement com meucé dans les premiers jours d'avril. 11 recevait et renvoyait les délégations départementales qu'on lui adressait, ou qui se présentaient spontanément, avec les meilleures paroles, jurant qu'il ne permettrait pas qu'on touchât à la llépublique, ce qui satisfaisait les bons délégués. 11 promettait aussi que sa victoire certaine sur les révoltés parisiens serait accompagnée de modération et de clémence.

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Sauf à l'égard de quelques individualités, comme les assassins de Clément-Thomas et Lecomte, il y aurait indulgence pour tous les égarés. Il ponctuait ces fourberies en congédiant les envoyés départementaux, aux sentiments retournés et ravis de l'accueil, avec cette audacieuse affirmation: M J'ai été proscrit, Messieurs, je ne serai jamais un prescripteur 1 » C'était l'équivalent de la déclaration de Trochu : « Le gouverneur de Paris ne capitulera jamais ! » Le général jésuitiquement se promettait de se dérober, le moment venu, en passant la^plume à Vinoy pour signer la capitulation. M. Tliiers, victorieux, devait aussi transmettre à ^lac-Mahou,aux Conseils de Guerre, et à la Commission dite des grâces le rôle de bourreau et de prescripteur qu'il se défendait d'accepter.

L'interception des dépêches, la suppression des journaux, le défaut de renseignements exacts et l'ignorance de la situation réelle furent pour beaucoup dans l'indécision de la province, au premier moment. Par la suite, le refus des groupes dirigeants et des personnalités notoires des départements d'admettre la révolution faite à Paris succédèrent aux quelques elforts révolutionnaires tentés sur certains points du territoire. Ce désaccord entre Paris et les Départements était fatal, et c'était la conséquence logique de l'état ilu pays.

DEUX MENTALITÉS, DEUX FRAiVCES

Jamais il n'y avait eu pareille interruption prolongée de communications, non seulement matérielles, mais morales et sentimentales, entre la capitale et la France.

En iS3o, eu i848, la nouvelle de la chute de la monarchie avait été accueillie dans plusieurs cités républicaines avec des transports de joie. Les autres, celles qui conte-

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naient des éléments récalcitrants ou timorés, n'osèrent protester, et finalement se rallièrent.

En juillet i83o, comme au 24 février i848, l'opinion était préparée au renversement de la royauté. Des voix écoutées, dans les banquets et les réunions, avaient disposé l'opinion à la révolution attendue. La république, bien que n'avant pour elle qu'une minorité, pouvait, devait être acclamée ou subie partout, dès que Paris l'aurait proclamée. L'établissement de la rovauté orléaniste ne fut qu'un tour de prestidig'itation de la part des notabilités dirigeantes, adroitement exécuté et passivement supporté. La République fut escamotée, mais la royauté de droit divin disparut aussi. La capitale ayaut, au 24 février, par un coup de force, dispensé les pouvoirs établis, la province avait approuvé immédiatement une expulsion qu'elle comprenait. Son consentement était acquis à l'avance. Au Deux-Décembre !85i,la province, sauf sur quelques points, où se produisirent de louables résistances partielles, ratifia également l'insurrection bonapartiste. C'est qu'elle était peu satisfaite du régime existant. L'impôt des 45 centimes habilement exploité dans les campagnes, la crainte des « rouges » issue delà révolte de juin, les divisions de l'Assemblée législative, ses manœuvres monarchiques et la mutilation du suËFrage universel disposèrent l'opinion à la soumission. En outre, le pouvoir parisien disposait de la propagande napoléonienne eti'rénée, à double face, du princeprésident. Maître de la puissance executive et de l'armée, avant placé à la tête des principaux services administratifs ses créatures, il se trouvait légalement supérieur à chaque représentant et à l'Assemblée même, par les suffrages plébiscitaires. Il était en outre porté par le prestige du nom du grand homme. Tous ces éléments favorables servirent le coup d'état. Aux uns, Louis-Napoléon était pré-

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Mille comme rassurant la propriété, protégeant le clerg-é, tablissant la prospérité industrielle, faisant monter la rente, maintenant l'ordre et comme le sauveur providentiel seul capable de contenir les agitations révolutionnaires, tandis que, pour d'autres, on faisait de lui le démocrate devenu puissant, l'homme du socialisme pacifique, un César populaire, s'étant préoccupé comme publiciste des questions sociales. Le prince-président se donnait comme le défenseur des déshérités, l'apùtre de l'extinction du paupérisme, le protecteur des intérêts corporatifs, le dictateur plébéien qui devait satisfaire les a[)pétits de la classe ouvrière. Enfin ce César, qui était surtout un Catilina, se proclamait le vengeur du suft'rag-e mutilé, le champion du peuple, à qui son avènement allait rendre le bulletin de vote, tandis que seraient dispersés, empoignés les auteurs odieux de la loi du 3i mai. Il niiiterait ces parlementaires devenus factieux, qui voulaient restreindre la République après lavoir déshonorée. Le coup d'état parisien parut acceptable et même rassurant aux habitants des départements, sauf à quelques républicains plus clairvovants, ceu.x que le nom de Napoléon, loin d'attirer, effrayait. La province ne fit donc qu'une résistance éparse et insuffisante, rapidement étouffée. Les scrutins prouvèrent bientôt le peu de consistance de l'opposition ; l'accord se fit entre la capitale et les départements sur l'acceptation de l'empire. Plus tard, changement d'approbation, mais même entente. Au 4 septembre, les départements non seulement suivirent Paris dans le reniement du régime impérial, bien qu'il eiît été récemment consacré à nouveau par le plébiscite, mais, en plusieurs endroits, le devancèrent, et la capitale n'eut pas la primeur de la proclamation de la République. La catastrophe de Sedan, et l'indig-natiou contre l'auteur de la guerre qui s'était laissé vaincre avaient

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fait l'accord de tous les Français. Les départements n'eurent donc pas d'hésitation à approuver cette insurrection, faite pourtant en présence de l'ennemi ; des commissaires venus de Paris firent sans difficultés reconnaître le gouvernement qui s'était nommé lui-même. Personne ne s'avisa de considérer comme une usurpation l'envahissement du corps lég'islatif et la proclamation, au hasard et sans intervention du peuple, d'un certain nombre de députés qui s'étaient désig'nés entre eux pour être chefs. Le 4 septembre, qui pouvait être interprété comme une émeute locale, intéressant les seuls parisiens, et contre laquelle l'indifférence provinciale pouvait être logique et l'hostilité légitime, fut ainsi, comme par une grâce d'Etat, accepté, et son gouvernement fut instantanément reconnu par toute la France. On obéit au télégraphe.

Au Dix-Huit mars et à la suite des événements dont cette journée fut le point de départ, la mentalité départementale apparut bien différente. L'invasion avait coupé la France en morceaux. La vie nationale ainsi sectionnée, il n'y avait plus ni échange ui mélange entre les diverses parties du corps social. La circulation des idées, la transfusion des sentiments avaient été irrégulières et interrompue, et ce désordre dans les veines du pays avait persisté, les communications rétablies. La suture faite entre les tronçons, le corps social n'avait pas retrouvé son fonctionnement normal.

Parisiens et provinciaux semblaient devenus des voisins, non plus des compatriotes. Leurs pensées, leurs aspirations, leur manière de voir les choses, de les apprécier, étaient dissemblables, comme l'avait été leur existence depuis huit mois. On ne parlait plus la même langue, ayantété si long-temps sans se parler. 11 y avait eu séparation de fait ; le divorce est imminent, quand, fut-ce à la suite d'une catastrophe survenue, chacun des époux a dû vivre à part. L'é-

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tiqiiette de la République servait encore de lien ; mais, sans être brutalement coupé, ce lien national s'était détendu et pouvait tout à coup apparaître par places dénoué. La province rendait volontiers hommage aux parisiens et parisiennes assiégés, bien que, pour certains sceptiques des bords de la (Jaronne ou de la Durance,leur héroïsme eilt consisté surtout n dans la mastication du bifteck de cheval et dans la privation décroissants pour le café au lait du matin o. Beaucoup estimaient cet héroïsme intempestif et même fâcheux. Ils ne voulaient considérer que son résultat, négatif pour Paris et désastreux pour la province, puisqu'il avait prolongé la guerre pour toute la France et retardé la bienheureuse paix. Les plus sincères avouaient familièrement que Paris les « embêtait », et qu'ils en avaient « pleiu le dos 1) de sa domination. Elle avait trop duré, cette prépondérance orgueilleuse et autoritaire que rien d'avantageux ne justifiait. On avait assez subi les caprices de la capitale. Paris faisait et défaisait les gouvernements, et, comme s'il s'agissait de la mode des chapeaux, on devait adopter sans discussion la forme que son caprice avait choisie. Il fallait se conformer à la volonté et aux fantaisies de Pans, avoir ses goûts et toujours lui emboîter le pas. La provinc»- commençait à être lasse de tant d'obéissance et irritée de ce rôle de demoiselle suivante. A la première occasion on s'en affranchirait. L'heure propice n'était-elle pointvenue? Déjà il y avait eu, dans certains pays du Languedoc, un désaccord, qui avait dépassé les revendications décentralisatrices, et le séparatisme avait pu être envisagé, en des cités méridionales, sans indignation. Les félibres, pour la plupart catholiques et royalistes, avaient acclamé la poétique invocation de leur principal troubadour, Frédéric Mistral, notant dans son patois harmonieux les doléances de la Provence, sœur cadette, qu'il représen-

tait prisonnière dans une tour, victime de la France, sœur aîn(?e impérieuse. Et la sœur captive soupirait dans l'attente de la délivrance. Paris au Dix-Huilmars venait encore d'annoncer une révolution qu'on ne désirait pas et de notifier un gouvernement inattendu, composé de gens dont personne n'avait entendu parler. Il invitait à reconnaître comme chefs ces intrus. On n'obéirait pas celte fois. On ferait l'oreille sourde à ce nouveau caprice. La province ne répoudrait plus au télégraphe, comme une servante à la sonnette.

Le mouvement du Di.x-Huit mars avait été une surprise pour tout le monde, surtout pour les départements. Les provinciaux furent désagréablement dérangés dans leur premier repos. Ils n'étaient pourtant pas enthousiasmés par cette Assemblée nationale qu'ils avaient nommée un peu au hasard, et seulement afin de se débarrasser à tout prix des prussiens. Envers les hobereaux de la droite, qui supportaient Thiers,eo attendant mieux, la province montrait certainement de la défiance. L'opinion départementale ne voulait pas d'une restauration monarchique. La purge amère de Sedan avait fait rejeter l'empire à la France écœurée, et elle n'était point disposée à revenir à son vomissement. Son estomac délabré ne réclamait que la dicte, les émoUients. Elle voulait la paix au dedans comme elle l'avait obtenue à l'extérieur. Elle était prête à considérer comme des prussiens ceux qui voulaient recommencer les combats à l'intérieur, entre soi, susceptibles de raviver la guerre étrangère à peine éteinte. On avait un régime républicain modéré, supportable, on devait s'y tenir et ne pas chercher une République extrême avec des excitants nouveaux, provoquant dans tout le corps social des contractions pénibles, la mort peut-être.

Aux premières nouvelles des événements survenus à

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Paris, les républicains des principales villes furent étonnés, les fonctionnaires attendirent inquiets, et la majorité de la population se demanda quelle lubie inattendue ag'itait ces parisiens-là ! Ils voulaient encore des émeutes, des barricades, des coups de feu, des désordres, des ruines! Ils trouvaient donc qu'il n'y en avait pas eu assez? Et puis, que réclamaient-ils, puisqu'on avait la République? Durant la guerre, les esprits départementaux, dans les camps des mobilisés, dans leurs villes occupées ou s'atlendant à l'être, n'avaient pas eu l'échautlement provenant de la slagnation aux remparts, rénervement des postes, avec la promiscuité des classes, la communauté des espoirs, l'attente fiévreuse d'un succès, l'espoir de la délivrance qui unifiait riches, pauvres, bourg-eois, ouvriers, patrons et employés. Tout baraquement alors prenait des aspects de club. Entre deu.x factions, on discutait, avec les chances du siège et les moyens les plus puissants, et souvent les plus saugrenus, de repousser l'ennemi, les réformes sociales et les conditions à imposer au gouvernement quand on se trouverait, d'une façon ou d'une autre, débarrassés de l'ennemi. Même dans les bataillons des quartiers du centre, les bataillons bourgeois, ou admettait qu'il y avait des changements sociaux importants à accomplir, et que le gouvernement républicain devrait se préoccuper de la condition des travailleurs, l'améliorer.

Le Dix-Huit mars à Paris n'eut pas de prime abord le caractère d'un mouvement véritablement socialiste. On en a trouvé la démonstration dans le volume précédent. Le socialisme, avec l'avènement de la Commune, vit seulement plusieurs de ses chefs amenés au pouvoir. La Révolution sociale au Dix-Huit mars et dans les premiers jours qui suivirent, n'était aucunement le but, l'idée des 2i5 bataillons qui s'étaient fédérés au Waux-Hall. De vagues

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aspirations ré for matrices étaient seulement rt'panduessurtout parmi les compa^-nies des quartiers populaires. Si le mouvement qui suivit l'attaque des Buttes et la reprise des canons avait eu un aspect exclusivement socialiste, comme l'a supposé tendancieusement, et après coup , l'allemand Karl Marx, la Commune n'eût trouvé que des adhésions restreintes au milieu d'hostilités nombreuses. Ce fut le contraire qui arriva. Mais l'espoir socialiste demeurait au cœur des principaux militants, et ceux qui furent choisis, ou qui se proposèrent, pour se rendre dans les départements, afin de g'agner des adhésions collectives et de constituer des fédérations, en faisant connaître dans les principales villes la nature du mouvement parisien, en faussèrent l'expression. Ils se présentèrent comme les organisateurs d'une République Sociale, pour laquelle la province n'était pas préparée, dont elle avait l'effroi. Dans le mouvement parisien, elle vit une révolte des pauvres contre les riches, presque une Jacquerie prêchée chez elle par ces étrangers, apôtres inquiétants. Aussi les envoyés échouèrent-ils dans leur mission et n'entraînèrent-ils personne. Ils ne purent que susciter des rébellions partielles, et, sans rien organiser, ils ne parvinrent à provoquer que des parodies éphémères et restreintes de la Commune de Paris.

Deux faits principaux dominèrent la situation, vinrent s'ajouter à la résistance qui était dans les esprits, rendirent sourdes les oreilles départementales aux offres de service et aux boniments des commis-voyageurs en Révolution, venus de Paris. D'abord l'insuffisance personnelle et le défaut d'autorité de ces envoyés parisiens, ensuite l'ignorance profonde des titres, des talents, des noms aussi de ceux qui les envoyaient, au nom de qui ils parlaient. Qu'étaient-ils ces délégués qui s'abattaient sur une place où on ne leur connaissait pas de répondants? Ils venaient débal-

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1er les manifestes d'agitateurs anonj'mes, ils débitaient des appels à une Révolution suspecte, et les patrons dont ils se recommaiulaient étaient aussi inconnus, aussi inquiétants qu'eux-mêmes. On était surtout défavorablement impressionné par l'abstention des républicains illustres, ou simplement notoires, dans le g-ouvernement nouveau. Les membres de la g-auche, les anciens opposants du temps de l'empire, n'étaient nullement démonétisés dans les départements. Si Thiers et Jules Favre avaient été les seuls, parmi les membres de la Défense nationale, qui aient pu se faire élire au 8 février, à Paris, la plupart de leurs coUèg-ues, presque tous ceux qui avaient fait partie de l'opposition dvnastique, libérale ou républicaine, avaient été envoyés à l'Assemblée nationale par la province. Or, ces chefs, non seulement n'approuvaient pas le mouvement, mais le combattaient. Ils se trouvaient, non à Paris, mais à Versailles. Ces singuliers envoyés parisiens ne se présentaient pas au nom de Louis Blanc, de Victor Hug-o, de Raspail, de Gambetta, qui désapprouvaient plus ou moins ouvertement la révolte parisienne. Par la suite, la démission des députés et des maires qui avaient été élus membres de la Commune ne fit que renforcer la défiance départementale. Ces anciens opposants républicains, hors Paris, avaient conservé leur prestige. Là où ils n'étaient pas, ne pouvait être la République, pensaient les provinciaux. Ils s'abstinrent à leur exemple, ou no persistèrent pas dans leur premier mouvement, qui avait été, dans quelques grandes villes, favorable à la Commune. Des républicains locaux l'avaient proclamée, à l'exemple de Paris, en plusieurs cités, mais ils ne voulurent pas la maintenir. Cette inertie de la province, avant même que l'action militaire fût commencée, pouvait, dès le i^" avril, faire prévoir l'impuissance de l'insurrection parisienne et sa défaite inévitable, m e

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