‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 18 sur 95 · LA MAIRIE OFFERTE AU DOCTEUR CRESTIN · texte numérisé non relu

LA MAIRIE OFFERTE AU DOCTEUR CRESTIN

Pendant cette délibération assez prolong'ée, la foule avait envahi les locaux de l'Hôtel-de-Ville. Beaucoup de i^aribaldiens et d'officiers de la g'arde nationale, en uniforme, accompagnés de lyonnais connus, pénétrèrent dans la salle Henri IV, où siég'eaient d'ordinaire les conseillers. Les assistauts réclamèrent la nomination immédiate d'un comité provisoire. Des noms furent donnés. On acclama le docieur Crestin comme maire. On vint le chercher dans la salle des Echevins, où il se trouvait avec les autres conseillers. On lui demanda de signer l'ordre d'arrestation du préfet du Rhône, Valentin, et de son secrétaire g-énéral, Gomot. On l'invita à prendre place au fauteuil du maire. Le docteur refusa.

La salle du Conseil était divisée parune barrière, laissant un espace libre attribué au public. Là s'était massée une foule de plus en plus dense et fiévreuse, parmi laquelle les conseillers municipaux se g'iissaient, observant les événements, évitant de paraître y participer. Dans la partie delà salle réservée aux membres du conseil, et que les jçrardes nationaux occupaient, on s'efforçait de faire une place au docteur Crestin. On le hissa sur la table et on lui cria de tous côtés : a Parlez ! » Le docteur était fort embarrassé. Il était évidemment flatté d'avoir été désig'né comme maire de Lyon, mais il n'avait pas confiance dans le mouvement, et il réitéra le refus qu'il avait déjà exprimé quand on avait prononcé son nom. Il dit que « l'Assemblée nationale était

LE GOUVERNBUKNT DE l'iiÔTEL-DK-VILI.K g5

plus forte qu'aucun soulèvement, et que. quant à se porter au secours de Paris, ce serait une idée généreuse, maisdont les prussiens, maîtres des roules, se charg'eraient de démontrer cruellement la chimère. Partisan convaincu de l'autonomie communale la plus largue, il n'hésitait pas à crier avec ceux qui l'entouraient : Vive la Commune! mais il refusait de compromettre les résultats acquis par une tentative vouée à l'avortement. 11 ne pouvait accepter les fonctions de maire ». Le docteur descendit de la table, et comme les officiers qui l'entouraient lui demandaient de désig'ner des citoyens pour faire partie d'une commission provisoire, avec une contradiction qui atteste le trouble de son esprit en ce moment critique, Crestin nomma plusieurs de ses collèg-ues du Conseil pour former cette municipalité insurrectionnelle, dont il venait do refuser la présidence. Les dénégations elles gestes significatifs de ses collègues, à mesure qu'il les nommait, le décidèrent à quitter la réunion, en disant : « Faites comme vous l'entendez! vosvues ne sont pas les miennes, et je n'ai plus qu'à me retirer! » Il s'esquiva donc, et se réfugia dans le cabinet du maire, où il demeura, avec les collègues qui l'avaient rejoint, jusqu'au milieu de la nuit. Ala faveur des ténèbres, ces chefs de la démocratie lyonnaise prudemment se dérobèrent. Il ne fallait plus compter sur eux pour entraîner la population, et donner à la Commune de Lyon l'existence et la force.

Les officiers de la garde nationale et les assi.stants demeurés dans la salle du Conseil prirent cependant des mesures énergiques. Ils décrétèrent l'arrestation du préfet et du secrétaire général, les firent chercher et les gardèrent à vue dans une pièce voisine. Puis ils désignèrent une commission chargée de procéder, dans les trois jours, à des élections municipales.

Malgré son refus de la mairie, le docteur Crestin fut

HrSTOIllIi DE LA COMMU.Ni:

désigné pour faire partie de cette commission, avec les citoyens Durand, Perret, Velay, Bouvatier, conseillers municipaux et huit personnes prises en dehors du Conseil, dont le citoyen Favier. La plupart refusèrent. Le lendemain, 23 mars, le Gonsed municipal se réunit à quatre heures, comme si rien ne s'était passé la veille. L'adjoint Chépié présidait. LaCommission insurrectionnelle, bien que maîtresse du fort des Charpennes, se montra hésitante et même timide. Elle céda la place aux conseillers, après avoirrédigé, à l'adresse des communes voisines, un appel inutile. Elle vint occuper avec la foule l'espace de la salle ré.servé au public, et se borna à faire enlendre des grog'nements durant la délibération du Conseil, qui fut écourtée. La nomination d'un ancien officier de l'armée des Vosg'es, Bourras, comme général en chef de la Garde Nationale, désig-né par M. Hénon, remplaçant le général provisoire Chapotot, fut approuvée, puis la séance fut levée.

Trois délégués du Comité Central de Paris étaient arrivés à Lyon. Après s'être abouchés avec divers membres du club républicain et des officiers de la garde nationale, ils se rendirent à l'Hôtel-de- Ville et se présentèrent à la commission provisoire. Le chef de la délégation parisienne était Amouroux.

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