‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 19 sur 95 · AMOUROUX · texte numérisé non relu

AMOUROUX

Un des membres de laCommune,d'un mérite secondaire, mais des plus connus. Il est un de ceux qui, par la suite, entrèrent au Parlement.

Charles Amouroux était un méridional, né à Chalabre (Aude), le 2^ décembre i843. Il avait donc 26 ans au moment de la Commune. Ouvrier chapelier, il s'était fait connaître, dans les dernières années de l'Empire, parmi les

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plus violents orateurs de réunions publiques. C'était un petit homme maigre, sec, au visage très pâle, presque terreux, sillonné do rides précoces. Une moustache imperceptible, les lèvres très minces, presque toujours plissées, il avait l'aspect triste et mécontent. Il semblait à la fois vieillot et jeunet. Il s'efforçait de s'exprimer avec netteté et décision. Il prit rapidement de l'autorité sur le public et le personnel des réunions. Aux élections de novembre 1S69, il présida presque toutes les séances de la salle ^IoIicre,rue Quincampoix, où se discutaient les candidatures de Crémieux, de Pascal Duprat, de Pouyer-Quertier. Il fut condamné une première fois, en avril 1869, à quatre mois de prison pour excitation à la haine et au mépris du g-ouvernement. En décembre et en janvier 1870, nouvelles condamnations. Il se réfug-ia à Bruxelles. 11 se lia en Belgique avec des membres de l'Iuternalionale. H revint au 4 septembre, fut nommé membre de la Commission d'armement du W arrondissement et participa au 3i octobre. Il se présenta au.x élections générales du 8 février et n'obtint que 28.777 voix.

Au 26 mars, il fut nommé membre de la Commune dans le IV" Arrondissement(Hôtel-de- Ville) par 8.i5o voix. Il fut élu secrétaire de la Commune et cumula cette fonction avec celle de délégué-adjoint au Journal Officiel. Il avait émis cet avis que toute la presse, pendant la lutte contre Versailles,devait être réduite à la seule publication du Journal officiel. Ses collègues journalistes protestèrent, et cette motion fort peu libérale fut écartée. Sa mission do délégué à l'Officiel se bornait à la surveillance des nouvelles et au contrôle des articles publiés, mais il s'en rapportaitjudicieusemenl aux hommes de lettres professionnels, comme Longuet, Pierre Denis et Vésinier, pour la rédaction; ce en quoi il montrait son boa sens, car, orateur banal et sec

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il n'était pas du tout écrivain. Il vota toutes les mesures les plus énergiques et fut un des promoteurs du Comité de Salut Public.

Il avait été désig-né, dès les premiers jours, par le Comité Central, pour se rendre en province et provoquer la proclamation de la Commune, avec l'adhésion au mouvement parisien, dans les villes supposées favorables. Il se rendit ainsi à Ljon, à Marseille, à Sainl-Etienne. Il fut arrêté à Paris lors de l'entrée des troupes, et condamné par le Conseil de guerre de Versailles pour participation à l'insurrection, et plus particulièrement pour les troubles de Lyon, de Marseille et de Saint-Etienne. En ce qui concerne cette dernière ville, il fut impliqué, sans preuves sérieuses, dans le meurtre deM. del'Espée, etcondamnéaux travaux forcés à perpétuité, le 22 mars 1872. Il fut envové en Calédonie, où il eut l'occasion de se signaler admirablement.

Les Canaques s'étaient révoltés, et leurs bandes anthropophages menaçaient la vie des colons. Les forces dont disposaient le gouvernement et les officiers de marine étaient insuffisantes. Le péril était grand et les secours tardaient à venir.

Amouroux, avec initiative et à propos, d'accord avec quelques camarades, offrit le concours des condamnés de la Commune aux officiers de marine. Il était peut-être singulier de voir d'anciens insurgés se proposer pour réprimer une insurrection . Il est vrai que les vaincus de 7 1 ,sur une terre lointaine et inhospitalière, en présence d'un péril commun, devaient oublier leurs légitimes rancunes. Ils étaient français toujours et il s'agissait du salut d'une colonie française en péril. Ils n'hésitèrent pas à s'exposer à être massacrés et dévorés par les anthropophages en révolte, pour aider leurs gardiens à résister aux hordes canaques. Bien que d'abord peu tenté par l'offre d'armer des déportés, le

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gouverneur consentit enfin à accepter le concours des communards. Ceci montre que la situation était grave. On distribua des fusils, et une colonne fut formée, dont Amoureux reçut le commandement. Les anciens combattants de Neuillv, d'Issy et des rues de Paris montrèrent ce ([u'ils valaient comme soldats, et bientôt la colonne d'Amouroux contraitçnit les Canaques à se rendre. Après avoir pourcha.s.sé les dernières bandes dans la brousse, Amouroux s'empara de leur chef, Alaï, qui fut décapité. La révolte comprimée, les déportés rendirent leurs armes, et reprirent leur existence captive. Quelques douceurs de réi^ime et une certaine sympathie de la part des marins furent le résultat de cette vaillante et heureuse intervention des combattants de la Commune. Ce fait si honorable, peu connu, méritait d'être rapjjorté ici.

A l'amnistie, Amouroux revint en France et reprit bientôt sa place parmi les républicains militants. Il fut nommé député par les électeurs de Saint-Etienne. Il ne siégea pas longtemps, car sa santé, attaquée par les fatigues et les misères de la transportation, déclina rapidement. Il succomba à une atïection pulmonaire. A ses obsèques, qui eurent lieu avenue de Saint-Mandé, une foule considérable, parmi laquelle se trouvaient des hommes politiques, autrefois adversaires d'Amouroux, comme M. Clemenceau, suivit le cercueil, sur lequel avait été placée l'écharpe tricolore. Tous les partis s'inclinaient devant la dépouille de ce membre de la Commune, qui avait été un républicain convaincu, un défenseur et un ami des travailleurs, leur représentant dévoué et actif à la Chambre, et qui s'était montré aussi, au delà des mers, un vaillant français lorsqu'il s'était agi de défendre le drapeau de la patrie, et de préserver la vie de ses compatriotes menacés par un soulèvement d'insulaires redoutables.

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