‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 20 sur 95 · APAISEMENT DB LYON · texte numérisé non relu

APAISEMENT DB LYON

La majorité de la population lyonnaise, malgré d'ardents sentiments l'épublicains, désapprouvait visiblement un mouvement analog-ue à celui de Paris. Les conditions morales et matérielles des deux villes étaient dissemblables. Lyon ne tut pas provoqué par M. TKiers, et les causes d'irritation provenant delà capitulation, des échéances et des loyers, n'existaient pas dans la population. La cité lyonnaise jouis- .sait, depuis le 4 septembre, des franchises communales lonjftemps réclamées, et, pour le moment, elle semblait ne point désirer davantag'e. Si les sympathies de certains groupes se manifestaient dans un sens favorable à une adhésion à l'insurrection du 18 Mars, les hommes les plus en vue de l'ag'g'lomération considéraient comme impossible et dangereux un concours effectif à donner aux insurgés parisiens, et ils refusaient d'accepter l'autorité de la commission, qui, un instant, avait siégé à l'Hôtel-de-'Ville , comme conseil communal provisoire. L'envoi à Lyon des délégués du Comité Central parisien n'avait pas changé ces sentiments. Amoureux, malgré sa faconde d'orateur de réunions publiques, n'était pas de taille à prendre la direction d'un mouvement lyonnais ou à donner une vigoureuse impulsion révolutionnaire aux groupes indécis. Il était fort jeune, peu au courant de la politique et des aspirations régionales. Il ne connaissait pas Lyon, et son nom, ses antécédents républicains étaient inconnus aux lyonnais. Sa présence n'était donc pas de nature à impressionner, ni même à inspirer la confiance. On s'étonnait de le voir parler au nom de Paris, et la méfiance qu'inspirait l'absence de personnalités connues dans le gouvernement insurrectionnel de la capitale n'était point dissipée par la délégation à Lyon d'envoyés aussi dépourvus de notoriété. L'obscurité des noms du

LE OûUVIIRNKMliNT DE l'hÔTKL-OE-VILLE

Comité Central parisien, dont les membres avaient reconnu eux-mêmes l'inconvénient, était, en province, un obstacle invincible. Là fut, avant tout, la cause de l'échec des délégués. Par politesse, à Lyon, certaines notabilités de la démocratie avancée firent bon accueil aux parisiens. On conduisit même Amouroux au balcon de l'Hôtel-de- Ville, d'où il proclama la Commune et fit acclamer Paris et son mouvement, mais ce fut là une manifestation simplement décorative. Les acclamations des lyonnais eurent toute l'importanro des formules de politesse accueillant une communication sympathique et un conférencier venu de loin. Amouroux quitta bientôt le balcon, et les applaudissements de courtoisie éteints, les groupes rassemblés sur la place des Terreaux se séparèrent tranquillement.

Le docteur Crestin a raconté ainsi les événements des 32 et 23 mars, dont il avait été l'un des principaux acteur.s:

La garde natioDale, emportée la veille par la passion, poussée jusqu'à l'ivresse, à roccasion de la conduite vraiment révoltante d'une Assemblée presque féodale, était vite revenue à la saine appréciation du sanuj-Froid et de la raison. La Commission Communale ne disposait vraiment plus que du 9" et du 10' bataillons de la garde nationale.

("elle-ci s'était réunie à nouveau, et, après avoir procédé à l'élection d'un nouveau commandant en chef, .M. Chapotol, avait charsfé une dclés;aiion ad hoc de rédiger une affiche pour rappeler les lyonnais à la lucidité du bon sens. Cette affiche la voici:

«Un malentendu regrettable a fait prendre lesarmesà toute la garde nationale de Lyon et a amené des faits graves, qu'elle réprouve à l'unanimité.

Revenus de leur surprise, tous les officiers, en la présence de leurs chefs de bataillon, réunis dans une pensée de dévoument absolu à la République, viennent faire cesser, avec le malentendu, les inquiétudes de la population.

Le suffrage universel, base unique de nos institutions républicaines, a été violé dans la personne de nos mandataires, élus de la ville de Lyon.

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