LA DÉLÉGATION LYONNAISE
A la date du 10 avril, alors que tout était rentré dans le calme à Ljon, les républicains avancés que le conseil municipal comptait estimèrent qu'ils ne pouvaient demeurer plus longtemps iudillérenls aux graves événements qui se produisaient. Ne devait-on pas intervenir entre Paris et Versailles? La guerre civile avait éclaté depuis une semaine. Le canon tonnait jour et nuit sur le sol français. On ne pouvait se boucher les oreilles plus longtemps, et une grande cité comme Lyon avait le devoir de tenter au moins une démarche conciliante. L'un des membres du conseil, M. \ allier, attira l'attention de ses collègues sur le péril que faisait courir à la République la guerre entre Versailles et la Commune, et il proposa de nommer une délégation qui serait chargée officiellement par le conseil municipal de Lyon de se rendre à Versailles et à Paris, afin d'essayer d'amener les belligérants à une conciliation désirée par tous les hommes ayant à cœur le salut de la France et de la République. Illusion généreuse, mais intervention anodine. D'avance ses promoteurs auraient pu en prévoir la vanité et s'épargner le voyage.
La proposition fut adoptée à l'unanimité. Il fut décidé
LE OOUVERNEMUNT DE l'hÔTEU-OE-VILLE
que cinq membres composeraient la délégation. MM. Vallier, docteur Crestin, Barodet, Authier, Ferrouillat furent désignés. Ils furent invités à se mettre en rouleau plus ti)t ; ce qu'ils firent. Ces hommes de bonne foi, mais un peu naïfs, étaient partis la valise chargée de projets de conciliation, de propositions |)aciHques et de rêveries fraternelles. Ils la rapportèrent sing-ulièrement alléguée. L'un des délégués, M. Ferrouillat, par la suite sénateur du V'ar et ministre de la justice, fit un rapport au retour, qui fut annexé au procés-verbal de la séance du conseil, 25 avril. On trouvera plus loin le récit de cette démarche et de l'entrevue des délég'ués lyonnais avec M. Tliiers et avec la Commune de Paris.
Le conseil municipal remercia et félicita, comme il convenait ses dTïlég-ués, et leur adresse grandiloquente fut affichée, sans trop émouvoir les lyonnais. Ils y virent seulement, avec satisfaction sans doute, que les légions du Rhône n'auraient pas à faire le coup de feu dans les tranchées d'Issy, et cela suffit à justifier l'approbation générale dont la délégation fut l'objet. L'avis de tous était qu'il convenait de laisser les parisiens se tirer d'atlaires comme ils le pourraient : Lyon jouissait de ses franchises municipales. On ne pouvait que souhaiter à Paris d'obtenir, de gré ou de force, les mêmes avantages, mais sans y contribuer autrement que par des souhaits.