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ÉMEUTE A LA GUILLOTIÈRE

Une décision de l'Assemblée nationale, injuste et réactionnaire, comme il fallait s'y attendre, vint cependant secouer la béatitude lyonnaise, et faillit produire un retour J'opinion favorable à la Commune. La loi du i4 avril sur les conseils municipaux était passée. Elle retirait au peuple le droit de disposer des municipalités dans les villes au-

Io8 HISTOIHI DB LA COMMUNE

dessus de 20.000 âmes. C'était au g^ouvernement qu'était dévolu le droit de nommer les maires et les adjoints dans ces cités. C'était, pour les villes, le retour au rég-ime impérial. Lyon perdait son maire élu, droit acquis auquel il tenait par-dessus tout, qui avait été allégué, en diverses occasions, par le conseil municipal, pour repousser la Commune à Lvori et pour refuser son adhésion à la Commune de Paris.

Le conseil municipal de Lyon, en vertu de cette loi, déclara sa mission terminée, non sans avoir, dans son ultime séance du a8 avril, protesté contre le vote de l'Assemhlée, et invité tous les électeurs qui allaient être appelés à voter de nouveau, à choisir pour leurs mandataires des citoyens énergiques, capables d'affirmer et de maintenir tous les droits déjà acquis à la Ville de Lyon. Cela n'eng-ageait pas beaucoup, et le pouvoir central pouvait dormir tranquille. Il y avait pourtant de l'agitation vive dans certains quartiers de Lyon, au 3* arrondissement particulièrement, la Guillotière. Ce quartier populeux, sur la rive gauche du Rhône, était celui des grandes usines, des chantiers, des entrepôts. Le docteur Crestin, qui avait été proposé par l'insurrection, au 28 mars, comme maire de Ljon. y exerçait une grande influence. Il avait dans ses attributions les fonctions d'officier de l'état civil du 3» arrondi.ssement, et, comme tel, était souvent qualifié de maire de la Guillotière. Le drapeau rouge avait été conservé au balcon de la mairie de cet arrondissement. Bien qu'un instant après le rétablissement dans leurs fonctions du préfet et du secrétaire général arrêtés, il eilt été violemment arraché, il avait été de nouveau arboré, sans opposition de la part du maire, officier de l'état civil.

La Guillotière fut donc le seul point de Lyon où l'espoir d'un nouveau mouvement pût enfiévrer les révolution-

LE GOUVBnNEUBNT DK l'uÔTEI/-I>E-VILLE IO9

aires. Aussi fut-ce à la (juillolière que se reudirent deux ouveaux délégués envoyés de Paris par la Cummuue, les toveiis Leblanc et Caulet de Tayac. Ce dernier était un jmnic instruit, élégant, d'un bonne famille. Il avait irlé, avec une netteté incisive, dans les réunions publiques >us l'empire. Il avait fait la campagne de 1870 comme igagé volontaire. Il fut déporté par la suite en Calédonie, il il se lia avec Henry Bauer, qui a tracé de lui dans ses Mémoiie.s d'un jeune homme » un portrait sympathique, 'était un doux gar^-on, qui contracta en prison et durant traversée océanienne, les germes d'une ail'eclioa Lilmonaire. Il vit sou mal s'aggraver durant son séjour

I Calédonie. Il venait d'hériter en France d'une fortune iiportantc quand il fut gracié, mais il ne revint chez lui lie pour mourir, deux mois à peine après avoir retrouvé

patrie, sa famille, ses amis. Arrivés à Lyon le 26 avril, jrès avoir pris langue dans un café du cours de Brosses i se réunissaient les militants de la Guillotière, Caulet i Tayac et son collègue demandèrent à se rencontrer rec le maire de Lyon. On les conduisit à l'Hôlel-de-Ville. . Héuon les reçut dans son cabinet. Oarodet et le docur Crestin s'y trouvaient et assistèrent à l'entrevue, dont : dernier a ainsi rendu compte :

Aux propositions que les délét.çués de la Comniuoe firent à . Héiion, celui-ci répondit d'aboni en protc&laal contre une :inan(lo factieuse, puis les engai^ea à se retirer, iitin ilc le délier, lui, maire de Lyon, de l'obligation de les faire arrêlerpour >éir i son devoir.

II les iiiviln cepoiidanl à causer avec nous, qui revenions de aris, et qui pouvions les instruire des dernières idées que nos ilreticiis avec tes chefs de la Commune avaient suggérées. Noe conversation avec les délégués les persuada cu.\ aussi qu'il y avait pour Lyon qu'extravagance , et pour Paris, que ^eptioo, dans un mouvement insurrectionnel lyonnais.

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