‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 25 sur 95 · HISTUIUK LIE LA COMMUNE · texte numérisé non relu

HISTUIUK LIE LA COMMUNE

L'impopularité du conseil municipal ot la défiance contre ses actes croissaient cependant parmi les groupes avancés (le la Guillotière. Une réunion eut lieu le 37. On j décida de s'abstenir le 3o, jour du vote. On proposa mèmt de s'opposera l'ouverture du scrutin. Si, malg'ré tout, il s'ouvrait, on devrait empêcher son fonctionnement réffulier, à la Guillotière. L'obstruction se produisit en etret. Taudis que dans toutes les autres sections le vote s'accomplissait normalement, il ne put avoir lieu dans le 3" arrondissement. Le docteur Crestin, ag-issaut comme oflicier de l'état civil de cet arrondissement, et BarLécot, son collèg'ue, prirent alors un arrêté par lequel ils suspendaient, jusqu'à nouvel ordre, les opérations électorales dans tout le 3^ arrondissement.

Cette interruption, à défaut d'arrêté, eût été imposée par les événements. Une troupe d'insurg'és s'était installée dès la matinée au café delà mairie, qui communiquait avec la mairie clle-môme. Le docteur Crestin fut invité à monter à la mairie et on lui proposa de se mettre à la tête du mouvement. 11 refusa. Un capitaine de la garde nationale, Bouret, fut alors proclamé maire, mais Crestin fut contraint de rester dans sa mairie. Sa position était critique. 11 devenait un insurg-é malgré lui, et si les troupes de l'ordre venaient à rejirendre possession de la mairie, comme on s y attendait, il risquait, étant trouvé au milieu des émeutiers, d'être considéré comme leur chef. 11 put heureusement s'échapper, g'ràce au subterfug'e d'un ami, qui vint le demander sous le prétexte qu'un homme était mourant près de là, et qu'on réclamait ses soins. La foule, qui eût refusé pas.saiçe au maire, laissa le médecin se rendre auprès du malade supposé.

Des barricades, cependant, s'étaient élevées avec rapidité dans l'arrondissement. 11 y en avait une qui barrait la

LE GOWIRNIMENT DB l'hAtIL-OE-TILLE

grande rue de la Guilloti^re, une seconde se dressait à l'entrée de la rue des Trois-Uois, une autre coupait la rue de Chahrol. Le poste de la mairie était occupé par des (fardes nationaux hésitants. A l'heure ordinaire. la compagnie de service avait quitté le poste sans avoir été relevée, el des insurjfés l'avaient remplacée. Le canon se mit à tonner tout ù coup el deux coloniiesdo troupes furent diriffées sur la (iuillotière. Les autorités avaient décidé d'enlever la mairie et de disperser l'émeute. Les troupes partirent de Perrache. Le çénéral Crouzat, le préfet Valentin, le commis.saire central se mirent à leur tête. On v vo^-ait aussi un fantaisiste dangereux, le fameux procureur de la République Andrieux, depuis préfet de police et député, connu surtout pour ses excentricités et pour rorg;anisation d'ai^ents provocateurs, ajant subventionné un org-ane ultrà-violent : la Hévoltilion, où de sincères et crédules républicains, parmi lesquels Louise Michel, furent à leur insu embauchés. Andrieux, à Lyon, Ht tour à lourde l'anarchie et de la r>'pression. Emporté par son zèle, il s'était avancé pour sommer les insurgés. 11 tenait à jouer un rôle. Le sort le favorisa. Il fut enveloppé et entraîné par ceux qu'il avait souvent excités, échauffés. Sa témérité aurait pu avoir pour lui de graves conséquences. Heureusement, tandis que les insurgés l'emmenaient prisonnier, probablement vers la mairie, il reçut un choc el tomba fortement contusionné au bas du dos. C'était une chari^ de cavalerie qui survenait sans crier (çare, balayant la rue.

Andrieux .se releva, moulu, mais délivré, enchanté de l'aventure. Kn se frottant les reins et en ilaudicant, il vint rejoindre le préfet Valentin. Ce fonctionnaire venait d'être blessé plus sérieusement. Une balle l'avait atteint i la jambe. Andrieux le fil conduire à l'hJpital militaire. L'aventure tournait bien pour le procureur épris de g-loire :

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on parlerait de son courag'e, puisqu'il avait sommé les insurgés, et qu'après avoir été bousculé par des cavaliers inaltenlifs, il avait eu la chance de se transformer en brancardier. A l'hôpital, les balles ni les insurgés ne viendraient le trouver.

Le 38° de ligne et un bataillon de chasseurs furent dirigés sur le cours de Brosses. Deu.v pièces d'artillerie, avan* cées devant la mairie, la bombardèrent, puis la troupe fut lancée et l'occupa. Une dizaine d'insurgés furent tués, d'autres en assez grand nombre furent blessés de coups de baïonnettes. Le chiffre des victimes fut contesté, et ne put être officiellement établi. L'émeute fut ainsi étouffée, et le lendemain i" mai, le docteur Crestin put reprendre possession de sa mairie. Le drapeau rouge arboré au balcon fut définitivement enlevé. La Commune à Lyon, dans sa seconde tentative, était vaincue, et son souvenir fut bien vite effacé. Le résultat le plus sérieu.x de l'émeute de la Guillotière fut le désarmement de la garde nationale lyonnaise, à la grande satisfaction de M. Thiers.

Le docteur Crestin a exprimé d'amères réflexions sur cette échauffouréo de la Guillotière, à laquelle il fut mêlé un peu à son corps défendant :

Lyon, (Jit-il, épouvantait les monarchistes de Versailles. Son 4 septembre avait tout à couj) donné la mesure de son audace républicaine. Celte journée avait même déjoué les calculs Ao spéculateurs politiques, sans opinion tranchée, mais aptes aux évolutions opportunes. L'Assemblée ilc Versailles avait enjoint à son chef du pouvoir exécutif sous l'inspiration des « burgraves et des bonnets à poil » de désarmer et de licencier la garde nationale de Lyon. Il fallait que ce désarmement et ce licenciement eussent lieu à bref délai. M. Thiers partageait l'opinion des burgraves sur la férocité des républicains de Lyon. Il se préoc cupait beaucoup des suites que pourrait avoir un désarmement pur et simple; il lui fallait donc à tout prix faire naître un pré-

LK aOUVIRNEMEIlT DB L'RdTKL-DE-VILLE I I 3

texte et une occasion. Il lui fallait aa^si de loute nécessité empêcher des ré|uil)licains fâclieux de paralyser sa dclerminatioii, en mettant à néant son expédiont et en déjouant son calcul. Si en effet ces répiililicains parvenaient à empêcher ce coup de main opportun, comment venir à bout du désarmement'?... M. Thiers avilit besoin de la journée du 30 avril. Il sut se la procurer à la

Guillolière

{Souvenirs d'un lyonnais, p. 393.)

Celte (léclaralion du maire de la Guillolière, point du tout communard, on l'a vu, et il n'a jamais laissé passer l'occasion de protester contre la suspicion d'avoir été favorable au mouvement insurrectionnel parisien ou même lyonnais, n'est pas élavéc de preuves écrites ou publiques, m;iis les présomptions morales en sa faveur sont ufrandes. La façon dont M. Tbiers a procédé avec Paris pour parvenir au désarmement de sa g-arde nationale permet d'accepter la su[)position du docteur Grcstin, qu'il a provoqué l'émeute de la (Juillotière dans le même but, à Lvon. A Paris, .M. Tbiers avait comme amorce pour sa mine le simulacre d'enlèvement des canons à Montmartre. A Lyon, s'il faut en croire le docteur Crestin, il se servit d'açents provocateurs. Le docteur Crestin cite un certain Gaillard, avec Albert Richard et de fau.x délég'ués venus de Paris, en écartant bien entendu toute connivence de ces intriçants avec l'honnête républicain qu'était Caulet de Tayac, délégué véritable de la Commune de Paris. Il en conclut que RI. Tbiers a suscité et favorisé secrètement une tentative d'insurrection, dans un quartier de Lyon, un jour d'élections, alors que le restant de la population demeurait paisible et blAmait les émeutiers.

On n'a pas la démonstration authentique de cette nouvelle fourberie de -M. Thiers. L;i connaissance de son caractère, de sa duplicité, de ses fausses promesses de générosité, et sa conduite dans l'affaire des canons à Montmartre

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autorisent et peuvent justifier tous les soupçons. Cependant créance est duc, jusqu'à preuve du contraire, aux liardis et aux impatients qui tentent un mouvement dans la rue, si invraisemblables que soient les chances de réussite. A toutes les époques, on a voulu voir des agents provocateurs dans les insurrections. Il en existe, sans doute, mais leur action n'est jamais aussi décisive qu'on le croit, ou plutôt qu'on le dit. C'est surtout en matière d'émeutes que le succès est justificatif. On n'a jamais vu soupçonner l'impulsion d'agents provocateurs dans les mouvements populaires qui ont triomphé. L'Histoire n'a ni cherché, ni trouvé, la participation des émissaires de la police lors de la prise de la Bastille, ni dans l'invasion par le sufirage universel de l'Hôtel-de-Ville en Février 48, ni au Dix-Huit mars. Ces agents provocateurs existaient, mais c'étaient tous les cito}-ens qui voulaient la Révolution.

Pour Lyon et pour l'émeute de la Guillotière, j'estime qu'on doit laisser de côté la supposition du docteur Crestin, en ce qui touche des agents thieristes envoyés ou commandés pour déchaîner une population bien trauquille et qui ne prêtait qu'une oreille résistante aux excitations révolutionnaires, d'où qu'elles vinssent. A la Guillotière, le rôle des provocateurs a été fort peu décisif et l'émeute semble due à des causes purement locales. Les citoyens qui ont cru devoir prendre les armes le 3o avril, et interrompre la consultation électorale dans leur quartier, étaient sans doute des exaltés, des mécontents, et ils se sont d'euxmêmes portés à envahir la mairie et à proclamer maire un des leurs, le citoyen Bouret, qui n'a pas plus accepté cette fonction périlleuse que le docteur Crestin, précédemment acclamé. Cis insurgés n'obéissaient pas à un mot d'ordre venu de Versailles, ni à une consigne donnée à la préfecture du Rhône. Mais il est probable, il est certain même,

LE oouvBnNUfBNT i>t l'uAtbl-de-vii.lr ii5

que le préfet et les fonctionnaires de M. Thicrs n'ont rien fait pour prévenir ou arrêter un mouvement (]ui devait être prévu. La pri'fcclure du lAhâne avait des ag-ents secrets dans les groupas, et aussi des amis et des citoyens hostiles à toute émeute, t|ui auraient pu la renseigner, la prévenir, qui l'ont fait certainement. On no les a pas écoutés, et le mot d'ordre devait être donné de ne tenir nul compte des renseignements alarmistes apportés. Le préfet avait incontestablement reçu des ordres pour laisser s'échauffer les esprits i'i la Guilloliére, afin de pousser les militants à descendre dans la rue. On laissait le temps à une émeute de se produire, partie qu'on était certain qu'il serait facile de l'étoufl'er. Toujours le système préconisé et appliqué par Cavaignac durant les journées de Juin ; ce fut là aussi toute la conception du plan de .M. Thiers dans la nuit du 17 au 18 mars. Les provocateurs n'ont pas fait l'échauttourée du 3o avril, mais M. Thiers en a tiré parti. Le mouvement qui s'est produit répondait aux désirs secrets des autorités; le préfet, le général, le procureur Andrieu.T et peut-être le maire sortant Ilénon et ses partisans l'estimèrent avantageux. Il permettait d'influencer le corps électoral, et d'arriver au désarmement de la garde nationale, avec l'existence de laquelle, pensaient-ils, Lyon demeurerait ingouvernable. Il faut donc se refuser à croire, malgré l'opinion du docteur Crestin, à l'existence d'agents provocateurs, mais on doit admettre, avec lui, que M. Thiers et ses agents ont tout fait pour que ce mouvement partiel éclatât, puisqu'il leur permettrait de licencier la garde nationale et de désarmer Lyon tout entier.

La ville « de la soie et du rêve », comme l'a poétiquement désignée l'un de ses plus délicats artistes, était retournée avec satisfaction à ses métiers, à son négoce, à ses songeries socialistes ou mystiques, et à ses complots

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discrets de la rue Grôlée, du temple Sainle-Elisahetli. Lyon De se souciait nullement, après le 3o avril, de porter à Paris un secours que ses délégués, à leur retour de Versailles, avaient déclaré être inutile et dangereux. La Commune de Paris était donc abandonnée à son isolement, à l'heure où le triomphe de la réaction furieuse devenait de plus en plus prochain et inévitable. Peut-être, par la suite, sous le proconsul Ducros, les lyonnais républicains eurent ils quelques regrets de l'échec à la (juilloliére de ceu.v qui proposaient de proclamer la Commune et de la soutenir d:ins le midi, puisque la jonction avec Paris semblait périlleuse, impossible même. Si cet événement s'était réalisé, Lyon fût devenue la capitale de la révolution de toute la France méridionale ; mais ce rôle considérable, et qui pouvait changer l'avenir de notre pays, n'était pas dans la destinée de cetle cité laborieuse et raisonnable, ni dans les idées de sa population ouvrière, encore moins dans les désirs de sa bourgeoisie, probe, hautaine et circonspecte.

I II. — La Commune a Toulouse

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