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LES HÉSITATIONS DE UU PORT AL

Le préfet était Armand Duportal, un vieux journaliste républicain, ancien transporté de i85a (i), favorable assu-

(i) Pirrrr-Jriin-Louis-.\rm»nil DiiporUi, né à Toulouse. I« 17 février l8l4, joiirniiliste. Il avait drbiité jeune dans les journaux toulousains avancrs. Il dirige l'Eninncifiation en i8<8. Est condamné à la Irtnspnrtalion ayirrs le coup de décembre. Kenlrc en France, il trouve un emploi aux clirmius de fer du Muli, s'occupe de travaux miniiTS, fonde à nouveau l'Kninncipaiinn en 1868, el en fait l'orifanc inuiortanl du parti radical dans le .Midi. Plusieurs fois condamné, il était détenu à Saiiite-i'élaeie, i Paris, au 4 siplembre. Mis en liberté, le ifouverncnieiil de la défense nationale l'eiivova pn-f>-t à Toulouae. Remplacé par M. de Kéralry le a6 mars 1871, il reprit la plume du journaliste. Ëlu député par la Haute-Garonne en 1871, il siégea à l'extrtmc gauche. Il

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rément au mouvement parisien, mais ajant l'expérience des soulèvements populaires et redoutant leur brusque avortnment. Duportal ne s'aventura qu'à demi. Il était retenu, dans ses élans vers les révolutionnaires de Paris, par l'incerlitude de l'appui sérieux et durable qu'ils pourraient rencontrer dans la population toulousaine. Il était influencé aussi sans doute, tout en étant l'adversaire de Versailles et de l'Assemblée, par ce fait qu'il avait été nommé préfet par M. Thiers, et surtout cette réflexion l'arrêtait, l'inquiétait, que ses meilleurs amis de l'extrême .çauche ne fifjuraienl pas parmi ceux qui paraissaient dirig'er l'insurrection parisienne. Aussi hésita-t-il longuement à répondre affirmativement aux p;'ardes nationaux qui lui demandaient son adhésion à la Commune. M. Thiers, informé de l'attitude de son préfet, qu'il UBJuc^ea point suffisamment acquis à sa politique et qu'il estima dangereux peut-être, lui donna immédiatement un successeur : M. de Kératrj.

Ce personnage, suffisamment aventureux et ondoyant, avait été un instant préfet de police et passait pour un hommede main. Né à Paris en iSSa, engajçé aux chasseurs d'Afrique, il avait fait la campagne du .Mexique et commandé un escadron de la contre-guerilla du terrible colo-

cnlra comme n'-Jacleur en cticf à la Mara^illaise. et soutint une \toUmique fort vivr roiiire l'opportunisme. Un certain Charlier, informateur politique, livra .ui.x amis de Gambella une lettre écrite au {fouvernemcnt impérial par Duportal, alors qu'il subissait la déportation, et dans laquelle il demandait une place, sollicitant un emploi de bibliothécaire. Duportal dut donner sa démission de rédacteur en cbef de la Marseillaisr., et, bien que le parti républicain ne lui tint pas grande riinieur de celte faiblesse de jeunesse, il considéra sa carrière politique comme finie. Découniçé, sans grandes ressources, de plus vieilli et malade, il mourut peu de temps après. C'était un ardent réptiblicain, un journaliste de t.ilent et un parfait honnête homme, peut-être pourvu d'un e.xcès d'exubérance méridionale. Il s'emballa contre le chef de l'opportunisme, avec plus de passion que de prudence, et le s^roupe gambeltiste lui fil durement expier cette incartade. La campagne contre Duportal. dirigée par .M. Joseph Reinach, a conservé le nom de « politique des petits papiers ■>. C est le pendant de la politique des Ccbes.

LE OOUVEIlNKMtNT DE l'bAtEL-DE-VILLK I I9

nel Dupin. Démissionnaire, revenu en France, il s'occupa de liltér.iture et de politii]ue; il publia divers articles sur la campan-iio du Mexique. Elu député au Corps législatif par le Finistère, il fut un des membres du Tiers-Parti. Il so sis^nala en réclamant la convocation de la Chambre pour le a6 octobre. Ce fut la fameuse convocation de l'Obélisque, où un dément, le poMe humanitaire Gag'ne, se trouva seul au rendez-vous, il fut nommé préfet de police au 4 septembre, mais bientôt il fut remplacé par M. Kdmond Adam. Il reçut, en octobre, le grade de général de division, commandant les cinq déparlements de la Bretagne, et organisa le camp de Conlie. Par un nouveau cou[) de tôle, il donna sa démission. M. Thiers, bien qu'appré'^iant à sa juste valeur le cas.so-cou instable, lui confia, au i8 mars, le département de la Haute-Garonne, pour tenir en respect les Toulousains, et pour se débarrasser d'un préfet devenu suspect.

ARRIVE t: DE M. DE KÉRATRY

M. de Kératry arriva à Toulouse avant que sa nomination fiU officielle. Il apprit que la garnison ne comportait que 600 hommes, et que la garde nationale paraissait en majorité réclamerla Commune. Les généraux avaient obtenu d'Armand Duportal la promesse qu'il maintiendrait l'ordre et resterait fidèle à Versailles, mais cet engairoment ne parut pas assez silr au nouveau préfet. 11 cruL devoir amadouer son prédi'cesseur en le conviant à l'aider à prendre possession de sa préfecture. Kératry écrivit à DuporLil une lettre, datée de Paris, 24 mars, midi, en réalité écrite à Toulouse même, ou dans les environs, par laquelle il mandait :

Appelé par le gouverncnienl à la préfecture do la Haute-

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Garonne, j'ai juE;é convcnaJ)le, Monsieur le préfet, avant d'arriver officiellement à Toulouse, d'attendre que le Journal Officiel eût annoncé ma nomination. D'autant plus que votre déclaration loyale de soutenir le efouvernemenl de Versailles était pour moi un gage précieux de la tranquillité du département, assurée par son premier magistrat.

Votre parole engagée d'appuyer le gouvernement de Versailles, qui représente aujourd'hui les destinées du pays, m'est un garant que nous marclierons unis dans la pensée d'éviter û la ville de Toulouse les violences par lesquelles on a prétendu déshonorer l'aris, et dont nous voulons tous deux sauvegarder la République et le département...

M. Armand Duportal ne se laissa pas convaincre par les formules courtoises de son remplaçant. 11 déclina les invitations doucereuses à une collaboration, ou plutiit à un patronage qui pourrait empêcher Toulouse de se « déshonorer comme Paris », selon l'expression plutôt fâcheuse de l'ancien condottiere mexicain. Le nom de Duportal et sa présence au-x côtés de Kératrv devaient inspirer à la ^arde nationale et à la population des sentiments de soumission aux volontés de Ver.sailles. Mais M. Duportal, sans se prononcer encore franchement, répondit, par l'entremise du messager qui lui apportait la lettre de son successeur, soidisant resté à Paris :

Monsieur le Comte, — Vous me demandez mon concours pour assurer l'ordre et la tranquillité dans notre ville, au moment où vous allez prendre possession de la préfecture de la Haute- Garonne, et vous invoquez, pour justifier cet appel, la déclaration de fidélité au gouvernement de Versailles que j'ai faite en présence des généraux de Nansouty, Lefebvre-Desnouettes et de plusieurs de nos concitoyens. Quelque honorable que soit pour moi cette ouverture, je regrette de ne pouvoir y répondre selon vos désirs. Les rapports de gouvernements à subordonnés sont basés sur une confiance réciproque. En retirant la sienne A un homme éprouvé comme moi, le gouvernement de Versailles m'a donné la mesure exacte de ce que je lui dois.

LK GOUTinnlHENT DB l'b6t(L-DI-VILLK

En second lien, dnns les temps dirficiles que nous traversons, le» responsnlillilés dnivcnt Olre entière"», et vous ne trouverez pas mauvais (|ue, n'iiyant partaiçc avec personne celles que j'ai acceptées depuis plus île sept mois, je ne veuille, à compter de ma sortie de la préreclure, n'avoir h répondre que des actes individuels du simple citoyen, et du journaliste que je serai demain.

A celte fprmp réponse, Duporlal ajoutait l'ironique proposition à son successeur de venir assister à la revue de la g'arde nationale,» excellente occasion, ajoutait-il malicieusement, d'entrer en fonctions ». M. de Ivératry se déroba prudemment à l'invitation railleuse, et ajourna sa prise de possession.

PliOCLAMATION AU CAPITULE

La revuo avait [lour objet la formation d'une fi;arde constitutionnelle tleslinée à aller prêter main forte à l'Assemblée nationale Les a;'ardes nationaux se rendirent à l'heure indiquée devant la préfecture, drapeau en tôle. \ doux heures, M. Duportal reçut les officiers, en présence de >LNL Castelbon, maire, de Saint-Georçes, premier président, Manau, procureur général, Delcarrou, procureur de la République. La réunion tourna autrement que ne l'avait pensé \L de Kératrj'.que ne l'avait peut-être secrètement désiré M. Duporlal. Tout en sympathisant à distance et de cceur avec les insurgés de Paris, Duportal ne tenait probablement pas à se trouver le chef des bandes insurrectionnelles de Toulouse. Les officiers de la g^arde nationale, bien loin de déclarer qu'ils étaient prf't.s use mettre en route pour donner mainforte à Vorsjiilles, acclamèrent Paris et sa Commune. Ils parurent bientôt compromettants. Ils réclamaient, les uns la destitution de M. de Kératry, d'autres son arrestation. Ou disait le nouveau préfet caché h. l'Arsenal.

Les g'ardes nationaux sommèrent alors Duportal de se mettre à leur tôte, après avoir décidé de faire une grande manifestiilion dans les rues de Toulouse. Duportal, toujours indécis, attiré vers les révolutionnaires par son tempérament, par son passé, par son exaltation méridionale, ne voulait pas paraître se refuser absolument à aller de l'avant, mais en même temps, peu rassuré sur le caractère sérieux, et surtout durable, du mouvement toulousain, il s'efl'orça d'éluder la proposition sans se prononcer. Il émet alors des objections, donne des conseils de prudence et finalement refuse l'honneur périlleux qu'on veut lui imposer. Il ne lui est pas possible, dit-il, de prendre la tête d'une colonne armée et la direction d'une manifestation, dans laquelle on verrait le premier acte d'une émeute, qui vraisemblablement n'irait pas loin. Duportal réitéra donc son refus, dont le g-ouvernement versaillais ne lui sut d'ailleurs aucun gré. Les officiers de la garde nationale quittèrent, désappointes, la préfecture.

De la Préfecture, dit le Messager de Toulouse du 25 mars, la manifcslalion s'est rendue au (^apitoie. Là fut rédigée la proclamation delà Comnuine, que lut au balcon l'acteur Saint-Gaudeos, capitaine adjudant-major de la garde nationale.

Une panique s'est produite au passage des inanifeslants dans les rues Saiiit-Elienne, Uoulhoiiime, Saint-Homme el de la Pomme. Plusieurs magasins ont fermé. Il n'y a eu dans la journée aucune collision, aucune tentative contre les personnes. Aucun militaire ne s'est mêlé à la manifestation. Dans la soirée, beaucoup d'agitation sur la place du Capilole, mais pas de troubles.

Voici le texte de cette proclamation, lue par Saint-Gaudens:

Commune de Toulouse.

La garde nationale de Toulouse, réunie à l'occasion de la création de bataillons de garde constitutionnelle el d'installation de M. de Kcralry en qualité de préfet de la Haute-Garonne, a pro-

LK GOUVERNIHENT DS L'aÔTBL-DE-riLLE ia3

clamé aujourd'hui, i dt^u.v heures, l'orgaaisatioa de la Commune aux cris de : <i Vive Paris ! »

Le corps (l'ofHciers de la garde Daticonle sédeatairr coostitue ta Commune de Toulouse.

La Commune dcclore M. de Ki'ralry déchu de son titre de préfet et moinlicnt le ciloynn Duportal en qualité de délégué du pouvoir ciMitral k la préfcclure.

La Conmiune déclare vouloir In République une et indivisible, et l'Ile adjure les députés de Paris d rtre les intermédiaires d'une transaction désirable entre le gouvernenieut de la République et le peuple de Paris.

Dans ce but elle somme le gouvernement d'avoir i\ dissoudre l'Assemblée nationale, comme ayant rempli le mandat pour lequel elle a été élue, comme étant la cause de toutes les difKcultés présentes, et le fruit de la peur et de la corruption cléricale.

Elle adbi'-re au.x préliminaires de la paix, et demande que, pour délivrer le plus tijt possible le sol de la patrie de la souillure de I clrancrer, des mesures éneri;i(]ues soient prises pour faire payer sans délai les frais de la guerre à ceux qui ont déchaîné ce fléau sur le pays et conclu une paix ruineuse et humiliante. La Commune de Toulouse fera respecter toutes les opinions et assurera la conservation de tous les intérêts publics et privés, mais elle sévira avec viijueur contre toute tentative de perturbation.

Son but est de niotlro la République à l'abri des conspirations dynastiques de toute sorte, et d arriver, par le concours qu'elle entend donner à la représentation radicale de l'Assemblée, à la disparition de tous les malenti.-ndus qui prolongent nos déchirements.

Vive la République une et indivisible I

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