LE PA YS NOIR
Saint-Etienne, la cité noire et fumeuse, semble une ville manufacturière d'Angleterre transportée dansce Forez, qui, avant l'invasion industrielle, était chanté par les poètes et les romanciers comme la riante contrée des pastorales galantes. Le rose pays du Tendre a perdu ses bergères enrubannées, et lcscou[)les fleuris ne vont plus, échangeant de poétiques colloques, sur les bords pimpants du Lignon. Le pays de l'Astrée est devenu la région de la houille et des
laO HISTOIHC DC LA COMMUNE
hauts fourneaux. Plus de soupirants aux déclarations entortillées, adressées à de précieuses minaudières faisant aitdre les céladons sémillants et désœuvrés au hnmcau ■ Petits Soins, en évitant toutefois de les laisser glisser dans le lac d'Indift'érence, où s'éteignent les flammes mal attisées. Le charbon et les insatiables besoins des machines dévorantes ont jeté sur cette région, que la fantaisie des aïeux voyait revêtue de lilas clair, la sombre livrée industrielle. Tout est noir désormais dans ce bassin de la Loijc, et la population stéphanoise semble porterie deuil des fantaisies défuntes.
A Saint-Etienne, comme dans ses fulig'ineux environ^ ne sont qu'ouvriers mornes et bourufeois taciturnes, ceu-. hantés par les soucis commerciaux, ceux-là alourdis par le labeur dans les caves minières, étourdis par le vacarme des marteaux, brûlés par les rouges lueurs des brasiers métal- Iurf;i(]ues remplaçant le soleil. Manufactures d'armes, tissao:'e de rubans, extraction du minerai, les forges, les usines, ont accaparé et changé le pays rose d'Honoré d'Urfé. Sur ce sol volcanique fréquemment rougeoie l'irruption des grèves.
Sous cette terre tourmentée, terre de tristesse et misère, semble toujours couver un foyer de révolte. ' Commune parisienne devait trouver là adhésion prom] secours durable et obstacle sérieux aux projets de M.Thii L'adhésion eut lieu, mais elle fut courte, l'obstacle crda facilement, le foyer s'éteignit après avoir projeté quelques brèves lueurs.