L'HOTEL-DE-VILLE ENVAHI
Dès le 23 mars, une grande agitation s'était produite dans la ville. Une délégation des clubs républicains, le
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club de la rue de la Vierço, l'Alliance rc|>ul)licaiiie, se rendit auprès du maire Boudarel, réclamant la démission du conseil municipal et la convocation des électeurs pour proclamer la (Commune. Le conseil passa k l'ordre du jour, faisant observer que les nouvelles venues de Paris et de Lyon étaient confuses, et qu'avant d'adhérerau mouvement sig'nalé il fallait être rensei^jné. La préfecture, le nouveau préfet n'étant pas arrivé, était gérée par M. Alphonse Morellet.Le préfet intérimaire fit un appela la conciliation. Une réunion publique eut lieu le soir, au Prado, où fut réclamée de nouveau la démission du conseil municipal.
Le lendemain, les délcgfalions, appuyées par do nombreux gardes nationaux, se présentèrent, plus impérieuses, plus bruj'antes. M. Morellet fit fermer les grilles de la préfecture. On e.vpulsa ceux qui voulaient envahir. La foule alors se porta k l'Hdtel-de-Ville, dont les portes lui furent ouvertes par la compagnie de gardes nationaux venue pour prendre la garde. Le colonel de la garde nationale, Lagrille, qui tentait de s'opposer au mouvement, fut bousculé, arrêté.
I.e |)r('-fet intérimaire cerné dans rHiitel-de-Ville,dont la foule emplissait les couloirs, gardait les issues, informé de la présence du nouveau préfet dans le voisinage, l'avertit du danger ou il se trouvait, le suppliant d'intervenir au plus vite.
Le nouveau préfet, M. H. de l'Espée, arrivait au moment où le conseil municipal était resté en permanence; le préfet intérimaire était parvenu à faire évacuer l'HAtel-de-Ville, en pro|x)sant h la population de décider le lendemain, par un plébiscite, si l'on devait proclamer la Commune.
Le préfet repoussa énergiquement la proposition d'un plébiscite et se disposa à agir. Saint-Etienne n'avait comme garnison que le dép<3t d'un régiment de ligne, lôo hommes
environ, et deux escadrons de chasseurs. M. de l'Espée fit battre le rappel, rassembla quelques g^ardes nationaux fidèles, et demanda au tfénéral Lavoye. commandant la subdivision, de concentrer toutes les troupes dont il disposait sur la place de rHôlcl-de- Ville. En même temps, il lança une proclamation menaçante :
Arrivé cette nuit dans les murs de votre cher-lieu, disail-il, j'ai trouvé des factieux tentant des attentais contre les lois de la République. L'Hôtel-de-Ville a été envahi, des niaijjistrat'* municipaux,le chef de la £;arde nationale ont été retenus prisonniers. Ayant pu rester libre, ot puissamment secondé par l'autorité militaire, j'ai pu convoquer la garde nationale. La seule apparition de quelques bataillons a déterminé la retraite des séditieux.
En me faisant l'honneur de me confier l'administration de votre département, le gouvernement de la République a compté que je suivrais avec fermeté le programmedeliberte.de conciliation et d'ordre qu'il se propose de maintenir, et que j'affirme, en son nom comme au mien. Sur le terrain consacré par le suffrage universel, je fais appel au concours de tous les bons citoyens, et je les prie de son^-crque leur inaction pourrait rendre impossible de relever la France.
Ce lang-ag-e creux et comminatoire, où le nouveau préfet faisait appel à la guerre civile, n'était pas dénature à apaiser les esprits. Le lendemain matin, 20 mars, après avoir pris connaissance de cette proclamation, les manifestants se rassemblent de nouveau et viennent réclamer du conseil municipal l'exécution de la promesse faite la veille, c'està-dire des élections, en posant la question de la (Jommune. La réponse affirmative à ce plébiscite municipal ne faisait aucun doute. Aussi le préfet, un lorrain, ancien ina^'énieur, accoutumé à commander durement aux ouvriers d'usines, dispos*^ à ne tenir aucun compte de ce qu'ils formulaient, refusa de laisser soumettre la question aux électeurs. Les