‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 31 sur 95 · I.I GOUVEKNKMENT DK L'BâTIL-UE-VILI.B I IQ · texte numérisé non relu

I.I GOUVEKNKMENT DK L'BâTIL-UE-VILI.B I IQ

délég'ations se succéilèrent cl les pourparlers s'échangèrent toute la matinée.

Des cris de plus en plus nombreux de : Vive la Commune I se faisaient entendre sur la place, comme pour activer les négociations et stimuler les manifestants, en intimidant le préfot. M. de l'Espée fait ranger en bataille les forces minimes dont il dispose : à peine un bataillon d'infanterie et deux escadrons de chasseurs. La foule, de plus en plus dense et irritée, sproifne, menace, crie viifoureusemenl : « Vive la (Commune! A bas le préfet! » Une collision parait imminente. Les conseillers municipaux, pour la plu|)art manufacturiers et gens paisibles, redoutant les émeutes, s'interposent et réclament l'éloiçnement des troupi's. Elles semblent d'ailleurs peu silres, prêtes à se débander, et le préfet préfère prudemment ne pas essayer de disperser le rassemblement. Il lui sembla meilleur de gag;ner du temps, et d'attendre les renforts que le général Lavoyc ne pouvait manquer de lui envoyer. Il donna donc l'ordre à la troupe de se retirer. Les soldats, avec grande .satisfaction, regagnèrent leurs casernes, et il ne resta plus, devant l'HôteldeVille, pour contenir la foule grondante et maintenir un ordre relatif, qu'une compagnie de sapeurs-pompiers.

Les entrevues et les négociations continuaient à l'intérieur. Vers quatre heures, un remous se produisit dans la foule. O sont les ouvriers de la manufacture d'armes qui arrivent et deman<lent b. être entendus. Le préfet refuse d'admettre leurs délégués. .Nerveux et impatienté, il fait donner l'ordre aux pompiers de repousser les manifestants. Une hésitation se produit parmi ces paisibles miliciens. BientiU ils rompent la haie, laissent pas.ser les ouvriers d'armes, .\lors, par une de ces fatalités qu'on peut toujours prévoir et redouter dans ces bagarres, un coup de feu partit d'une des maisons de la place. <Jui l'a tiré'? On ne sait. Un homme m 9

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tombe dans la foule, un ouvrier tisseur nommé Lyonnet. Une «.-lameur s'élève delà place. On se bouscule, on menace, on crie : « Aux armes! » Tambours et clairons font entendre la chargée. Des (S^anles nationaux enfiévrés, sans ordres, décharg'ent leurs fusils. C'est une confusion terrible. Le torrent humain a roulé jusqu'au pied de l'Hùtel-de-Ville. Les escaliers sont escaladés, les couloirs envahis, des cris de : « Vengeance! On assassine nos frères! » s'entendent de toutes parts. Le préfet, de la .salle oii il confère avec les conseillers municipaux, les ilélégués des clubs et les autorités, entend ces cris, qui le troublent; les coups de feu l'affolent. Il perd la I6te, lève précipitamment la séance. Voyant une petite porte derrière lui, il l'ouvre, s'élance dans un corridor .sombre, cherchant à fuir. Mais, arrivé de la veille, il ne connaissait ]ias les couloirs de l'Hôtel-de- Ville. 11 se trouve sur un palier où déjà se précipitaient des assaillants, cherchant à jsragner la salle du conseil. Reconnu, entouré, saisi, il est ramené dans la salle d'où il avait tenté de s'échapper. Il fut alors gfardé à vue avec le substitut et deux ou trois autres personnages suspects aux insurgés.

On promenait au dehors, étendu sur une civière, le cadavre du malheureux Lyonnet. Ce spectacle lujfubre surexcitait les nerfs de la foule. Des appels à la vengeance, des menaces, des clameurs de représailles montaient jusque dans la salle, où le préfet semblait déjà être un otage voué au talion populaire. On le reg'ardait avec des yeux farouche.^, des poings se hérissaient, des gardes nationaux se groupaient, le fusil chargé et l'aspect terrible. Des bouches grimaçantes proféraient des accusations confuses, bientôt suivies d'exclamations plus précises, annonçant, réclamant un châtiment immédiat. Plusieurs ouvriers, le vi.sage contracté de fureur, reprochaient à M. de l'Espée, très pâle, d'avoir

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fnil tirer sur leurs camarades, quand il dirijs^eail les mines d'Aubin. Dans ce bassin liouiller, aux dernières années de l'empire, à la suite d'une ^•rève, avait éclaté une i'usdi.-ide dcmiMirée odieuse et légendaire. Aubin, la lliccamarie, ces noms sinistres, cités [)ar un or.iteur ouvrier, soulèvent ;iiijourd'hui encore, avec l'évocation de la plus rù-ceule (usillade do Fourmios, des exaltations vindicatives dans les milieux (grévistes. Lo. malheureux de l'Espée balbutia pour sa défense qu'il n'avait jamaisétéinçénieur à .Aubin. Il indiqua une autre mine, où il avait été directeur et où rien de fflcheiix ne s'était produit. Il y avait erreur manifeste. Des ouvriers d'.Vubin, qui se trouvaient dans la sulle, certifièrr-nt sondire. Une certaine détente s'ensuivit. El [luis, l'heure s'avançait et les estomacs réclamaient une trêve. Lasallo peu à peu se vidait. Il ne restait plus que quelques grirdes nationaux, et comme <les camarades étaient venus leur apporter leur repas, ils se mirent en mesure de se restaurer et ofTrirenl aux prisonniers de prendre des aliments avec eux. Cette olïrc fut aussitôt, et avec satisfaction, acceptée. Le préfet se crut sauvé. Ses compai^nons d'arrestation lui assurèrent que cette population n'était pas aussi féroce qu'il pouvait le croire. Il y aurait peut-être eu danger pour lui, ajoutèrent-ils, si les ouvriers avaient été persuadés qu'il était responsable du sanç: versé à Aubin, mais il s'était complèlemont disculpé, et on ne reviendrait plus là-dessus. Ou'avait-il à redouter? La lassitude avait du reste s^g^ié les énieutiers. Ils étaient partis et probablement ne reparaîtraient plus, de la soirée au moins. Le lendemain, s'ils revenaient, ils trouveraient sans doute, pour leur répondre, les trou[)es que le général Lavoye attendait de .Montbrison. Le préfet, rassuré par ces paroles optimistes que lui adressaient de bonne foi le procureur de la République et tm autre compaq-non d'arrestatiou, reprenait confiance, faisait

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honneur aux modestes victuailles apportées de la cantine. II répondit entre deux houchces, presque paiement, pour se persuader qu'il c'tait entièrement hors de dang'er ; k Sûrement, ils ne reviendront pas! » Ils revinrent.

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