‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 33 sur 95 · DIC.KOS PROCLAME LA COMMUNE · texte numérisé non relu

DIC.KOS PROCLAME LA COMMUNE

Le département de l'Aude était fort ardent. A la nouvelle de la révolution accomplie à Paris, Narbonne se souleva. Un républicain très populaire à Garcassonne et dans tout le Midi, Dig-eon, homme résolu, qui, avec son ami Marcou, maire de Garcassonne, avait fait de l'ag-itation pendant la «guerre et organisé la Lij^ue du Midi, proclama la Commune, le 24 mars, après s'ôlre emparé de l'Hùtelde-Ville. Le maire, Coural, était absent. L'adjoint résista, et, rassemblant les ijardes nationaux qu'il supposait fidèles, essajra de reprendre l'Hôlel-de-Ville. Mais ces compagnies ne cherchèrent pas à lutter. Elles furent désarmées facilemeut. Ceux de ces g-ardes, hostiles & la Commune, qui étaient disposés à résister pardèrenl leurs armes, qu'on n'osa pas leur enlever, et se réfugièrent à l'Ar.senal. De là, l'adjoint llavnal essaya de reprendre l'otfensive avec une compaifuie du 5a* de lig'ne, et tenta une nouvelle attaque sur rHôlel-de-Villc. Il tomba entre les mainsde Uia;-eon qui le ^arda avec deux officiers, comme otatres. Ces prisonniers furent encadrés dans le bataillon à la tète duquel se trouvait Ui^eon, et, ainsi exposés au feu de leurs amis, ils furent entraînés par force, à l'assaut de la préfecture, que Uiçeon occu|w bientôt. Les gardes nationaux de l'ordre, sous le prétexte i|u'il se trouvait de leurs amis dans les rangs des insurgés, ne tirèrent pas. L'Arsenal tomba de môme au pou-

voir (le l'insurrection, sans un coup de feu. Les soldats qui le gardaient livraient leurs armes avec empressement. Dig-eon fut maître de toute la ville en peu d'heures. Des républicains des villages voisins vinrent renforcer les insurgés. Dii^eon cnvova aussitôt des émissaires pour susciter des mouvements analogues, à Béziers et àCetle. Perpignan avait annoncé un soulèvement imminent. Digeon eut l'intention de se rendre dans cette ville; on ne lui en laissa pas le temps. Le 28 mars, deux compagnies de turcos arrivèrent de Marseille; leur présence intimida la population insurgée et rassura l'autre. Ce renfort contraignit Digeon et ses partisans à se concentrer, à se retrancher derrière des liai ricades. Des proclamations furent alors affichées par i autorités. On y apprenait aux habitants l'échec successii de la Commune à Lyon, à Saint-Etienne, à Toulouse, .-ni Creusot, à Limoges, et l'isolement de Paris au milieu de la France entière se soumettant à rA.s.sembIée nationale, la débandade était dans tous les esprits, la crainte dans certains cceurs. L'énergique Digeon en vain encourageait à la résistance à outrance. Par ses paroles enflammées, par son exemple, il s'efforçait d'aviver une flamme déjà à demiéleinte. Quelques hommes résolus restèrent seuls auprès de lui. Marcou, dont la popularité était toujours entière, arriva de Carcassonne, non pour renforcer l'émeute, mais pour l'apaiser. Il était porteur d'un sauf-conduit pour Digeon et d'une i)romesse d'amnistie, signée du procureur général, pour tous ccu.K qui évacueraient l'Hôtel-de-Ville. Digeon, avec une obstination fâcheuse pour lui et pour la poignée d'intrépides qui l'entourait, refusa l'amnistie pour .ses compagnons et ne voulut pas personnellement bénéficier de la permission qui lui était ofiferte de gagner la frontière d'Kspagne.

En vain son vieil ami Marcou le supplia d'accepter, d'é-

LE GOOVEnNEMENT DE l'hÔTEL-DK-VILL» 187

viler que le sang ne fill répamlu, l'intropide insurgé persista dans son entêlement à soutenir une lutte, non pas mCme inégale, mais devenue iinpossilde el folle.

Digeun alors s'enferme dans son cabinet à la mairie, el Marcou, navré, va porter la réponse négative au général Lenlz. (Jolui-ci fait avancer de l'artillerie et lanco une compagnie de lurcos à l'ussaut de la barricade do la rue du Pont. Klle est enlevée. Le général annonce que le bombardement de l'HôleWe-Ville va commencer. Digeon répond par la menace de faire fusiller le substitut et deux autres otages iiui sont entre ses mains. La conception barbare de l'exécution d'oti>gcs hantait donc, avant Paris, certains cerveau.x révolutionnaires, à Narbonue.

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