‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 40 sur 95 · I.K GOUVIRNEHENT DB l'h6tEL-DE-VILLE · texte numérisé non relu

I.K GOUVIRNEHENT DB l'h6tEL-DE-VILLE

ne (levait cesser que le 28 mai, sur les hauteur du Père- Lachaisc et à la dernière barricade, rue Saint-Maur.

Au début d'avril, M. Thiers et ryVssembiée Nationale triomphaient ainsi partout. La seule résistance que le iijouvernement devait rencontrer, en dehors de Paris, était toute morale, donc inel'Hcace et parlaitement uéf^^lijççeable. Des motions de conciliation, des délég-ations bénévoles, des adresses pacifiques, des appels à Versailles, des conseils à Paris, des discours et des articles de journaux, c'était tout ce que la proviuce pouvait Faire désormais pour la capitale abondonnée, sacrifiée.

Les départements, tout en montrant, surtout dans le midi, de la défiance envers l'Assemblée usurpatrice, soupçonnée avec raison do préparer une restauration monarchique, ne témoignèrent que d'une sympathie mesurée et conditionnelle envers la Commune de Paris. En réalité, la capitale ne fut pas suivie dans son mouvement, d'abord [)arce que ce mouvement était local, sans qu'on y vtt la participation des élus de la province, des anciens chefs de la çauche connus en dehors de Paris, ayant conservé crédit et popularité dans les départements, ensuite parce qu'il p;irut surtout patriotique, donc susceptible de provoquer les prussiens et de faire recommencer la guerre, qu'on était si heureu.x de voir terminée. Les communards de Paris étaient des « guerre à outrance » inquiétants. S'ils triomphaient, disait-on dans les cités pacifiées, ils ramèneraient les prussiens I Donc il fallait se garder d'aider ces rebelles contre Versailles. M. Thiers c'était la paix.

Le mouvement parisien, d'un autre côté, ne pouvait entraîner les assemblées locales, ni les habitants, parce que, dès les premiers jours, il s'était dessiné comme révolutionnaire, et la province, dans l'immense majorité de sa population, avaitaulant(|uede iaguerre. l'etlroi de la Révolution.

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Il y eut sans doute, malgré le courage et l'élan de nombreux citoyens avancés des grandes villes, des fautes, des négligences, auxquelles on peut attrilmer en parti l'échec de la Commune dans les départements. Mais ces fautes et ces négligences n'eussent-elles pas existé, que la Commune n'aurait pas pu s'établir, même dans les centres réputés révolutionnaires. Les éléments solides faisaient défaut ; I'' soulèvement n'y fut que factice et restreint. A Paris, l'étendue de la ville, la pénétration réciproque des divers quartiers, le mélange des classes , devenu presque une fusion par suite des conditions de la vie, durant le long siège, et, par-dessus tout, la passion patriotique, avaient rendu facile une concentration des esprits et des volontés.

Au matin du Dix-Huit mars, l'opinion de Paris était presque tout entière hostile à celle Assemblée, qui avait fait la paix en permettant le démembrement de la patrie, et qui cherchait à se perpétuer en préparant une restauration. La révolte contre son pouvoir tout près d'être usurpateur avait perdu l'apparence révolutionnaire des émeutes ordinaires. La révolte était, dans l'esprit de la majorité, le soulèvement de la conscience publique, la protestation du patriotisme refoulé, l'indignation contre la capitulation, avec la manifestation de l'irritation causée par les souttrances passées, par celles que faisaient prévoir pour l'avenir les lois ine.vorables des échéances et des loyers. A ces ferments de résistance s'ajoutait l'incertitude de l'existence pour la population ouvrière et commerçante, sans travail, et brusquement privée de la solde de la garde nationale. Tous ces griefs faisaient oublier aux parisiens de la classe moyenne, et à beaucoup d'ouvriers aussi, les préoccupations socialistes et les aspirations internationales d'un petit nombre de révolutionnaires militants, agitateurs des clubs, pendant les dernières années de lutte contre le régime impérial, durant

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la Kèvre et l'Isolement du siège. L'Internationale et les chefs révolutionnaires étaient loin d'avoir alors l'importance, cl surtout l'inlluenco, que la suite des événements leur attriliua. Les résultats des élections du aO mars furent à cet ÛR-ard sijjniKcatifs. Le rôle secondaire des révolutionnaires et des intoroationaux dans l'insurrection du 18 mars, uniquement provoquée par 'l'Iiiers, et qui sans lui ne se filt certainement pas produite, à cette date tout au moins, est encore démontrée par le nombre formidable des bataillons de la g^arde nationale qui acce[itèrent la Fédération, et au 19 mars se trouvèrent prêts à marcher sur Versailles, si on les y avait conduits. Un mouvement exclusivement révolutionnaire n'eût pas rassemblé, entraîné à la lutte les trois quarts de la population, comme cela se protluisit. Sans l'excitation obsidionale, sans la colère patriotique, sans la misère et le chômage en perspective, mali^ré toutes les énergies, toutes les passions que la cité renfermait, en dépit des exhortations et des écrits, des affiches et des discours, et quelle quefilt l'activité pour la révolution de l'Internationale, des associations ouvrières ou de la jeunesse blan(|uiste, Paris n'eût été capable que d'une émeute, plus ou moins sang-lante, localisée dans certains quartiers, cl bien vite réprimée, ou d'elle-même s'étei- ^nant. La Commune de Paris aurait duré ce que durèrent les Communes de Lyon, de Saint-Etienne, de Toulouse, de Narbonne. do Marseille.

Ces ç^randes et républicaines cités n'avaient pas les griefs politiques et patriotiques de Paris. Elles n'avaient pas,dans le passé, des jeilnes, des privations, ni le prolontfement de ces misères en perspective. Lyon, Marseille et les autres villes qui bouiçèrent à la suite du Dix-Huit mars, subirent sans doute l'entrainemcut de quelques militants, derrière lesquels se groupaient, pour se désatfréger bientôt, les élé-

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ments révolutionnaires elles forces populairesturbulentes, que toute aarglomération industrielle contient. Ces militants prompts à s'exalter et à s'armer, plus prompts encore à se lasser de la révolte et à déposer les armes, ne voyaient dans le mouvement parisien que l'aspect révolutionnaire et le caractère socialiste. Le reste leur échappait. Les populations de ces grandes villes n'avaient pas subi les horreurs et les ébranlements cérébraux du sièg'e, ni la honte de la capitulation ; la colère parisienne les laissait froides. Elles redoutaientune Révolulionqui ramènerait le désordre et la gône, alors qu'on commençait à considérer avec satisfaction la reprise du travail, du commerce, des affaires normales et de la vie habituelle. Les grandes villes avaient presque toutes approuvé la paix, et le choix de leurs représentants à l'Assemblée nationale n'indiquait nullement des désirs de Révolution, des aspirations vers un bouleversement fondamental. Elles jouissaient de larges franchises municipales, et se tenaient pour satisfaites de la composition de leurs corps élus, se proclamant républicains. Elles admettaient que Paris réclamât un conseil municipal libre et maître des affaires de la cité, puisqu'il en était arbitrairement privé. Mais Lyon, Marseille, les autres cités, jouissaient de conseils municipaux indépendants. Pouvaient-elles faire mieux que souhaiter le même droit pour Paris ■? Gela pouvait s'obtenir sans combats, .sans révolution. La loi municipale refusant l'élection des maires aux villes importantes n'était pas encore votée, ni même proposée, quand des délég-ués inconnus venaient de Paris leur demander de se joindre à la capitale insurg'ée et les exhortant à faire même cause avec elle. Ces émissaires ne pouvaient entraîner personne. Les idées, les aspirations, les revendications de Paris ne pouvaient être celles des départements. Il y avait séparation d'intérêts. La Commune pou-

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▼ail ôlre lug-ique, atile aussi à Paris ; la Commune, ii Lyon, à Marseille, à Toulouse, semblait déraisonnable et même nuisible. Aussi, après avoir voté en conseil des adresses, manifesté sur les places, poussé des cris de Vive la Commune 1 par sentiment révolutionnaire, par instinct frondeur, après avoir môinc pris les armes pour installer théâtralement la Commune à l'iiisUir du Paris, ces mêmes cités se hâtèrent-elles de demeurer immobiles et muettes. Si, comme on l'a vu, pendant quelques journées, souvent durant quelques heures seulement, leurs populations remueront, s'emparèrent des édifices municipaux, déloî^èrent des autorités, arrêtèrent préfets et maffistrats, dominèrent les Conseils ou leur substituèrent des Commissions municipales, bien vite, cette ardeur combative tomba comme une courte fièvre, et l'on cessa de vouloir imiter Paris. Il ne fut jamais question nulle part d'envoyer des secours effectifs à la aipitale menacée, et la grande majorité de la population départementale considéra comme uni- action dangereuse de paraître favoriser, par des séditions locales, une rébellion contre le gouvernement national. On ne pouvait, disaient alors leurs |élus écoutés, paraître pactiser avec la révolte contre le suBFrage universel d'un pouvoir, qui ne représentait que le suffrage d'une seule vilh;.

Ainsi Paris était abandonné à son sort avenlureu.x, et pas un département, pas une ville, pas un villat^o ne devaient se lever pour l'aider à combattre l'Assemblée de Vei-sailles et la réaction. On ne crut pas à un péril pour la République. M. Thiers fut considéré partout comme le protecteur du régime républicain, ainsi qu'il le déclarait, et l'on fit facilementaccroire à tous que la luttecontre cette Assemblée, en présence des allemands occupant une partie du territoire, était surtout le vrai danger pour le maintien de la pai.x et de la Hépublique. La victoire ào Paris sur Ver-

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sailles deviendrait un péril pire pour la patrie ; elle ramènerait les allemands et menacerait l'intogritc de la France, On croyait sincèrement cela hors des murs parisiens. C'est pourquoi la province demeura sourde et paralytique, quand Paris lui criait de bouger, l'appelait au secours ; elle se vanta môme de n'avoir point voulu entendre, de n'avoir point voulu marcher.

Elle eût cependant répondu à un appel, à un seul. Il eût fallu qu'on lui criât, qu'on lui prouvât plutôt, que la République était sérieusement menacée, et que, si la province n'accourait pas défendre le drapeau républicain, les monarchistes à Versailles voudraient l'arracher, l'Assemblée allait rétablir un roi. Alors cette province, devenue presque unanime, se serait dressée furieuse et terrible. Assemblée, Gouvernement, Thiers, les préfets, les fonctionnaires, tout eût été balayé en quelques jours, en quelques heures même. Si les départements républicains eussent été persuadés que la République appelait réellement au secours, et qu'elle allait inévitablement succomber si on ne courait sus aux assassins déjà la serrant à la gorge, ils se fussent lancés en masse. Mais personne ne comprit ce cri de détresse, personne ne crut à la tentative d'assassinat,et ce fut la suprême habileté de M. Thiers de nier le guet-apens et de masquer les conspirateurs. Ceux qui essayèrent d'appeler les dépar- î temcnts aux armes contre les étrançleurs soupçonnés ne i purent justifier de la vérité du péril, ni démasquer les ban- « dits déguisés. Ceux-ci surent garder leur masque. Quand t ils osèrent le délier, il était heureusement trop tard pour que l'attentat pût réussir. Grâce à la Commune de Paris, grâce au sacrifice de ses défenseurs et au .sang de ses mar tyrs, l'opinion fut avertie et les monarchistes inlimii' n'osèrent pas sortir leur roi. Quand ils se hasardèrem tenter leur coup, la France républicaine avait eu le leni|iâ

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3 croître, de prendre de la force, les républicain» occulienl les mairies et les fonrtions, en nomlire. Impuissants , divisés, les rovalisle» furent contraints de renoncer à urs prélcnlions elii leurs complots. Ils devaient, en ifriniaint, ('tre amenés à voter la République. Elle ne fut léirnsée (|u'à une voix sans doute, mais derrière celle unité il

avait des milliers et des milliers de bulletins en réserve ins le pavs, que l'avenir victorieux n'allait pas tardera lire sortir des urnes. Et derrière les urnes, la réaction ivait (|u'tl v avait aussi des fusils.

C'est la Clommunc de Paris qui a permis cette rev.inche ijfale et pacifique. Les Communes des départements, à existence éphémère, ont aussi leur part dans celle victoire inte, prog'rcssive, eldélinitive.SiParisa fourni eni87i les jmbattants, tenauten respectles monarchistes, s'il a oblig-é « républicains modérés à se .serrer, et à former un balilloncarré autourdu drapeau de la Démocratie, la province

aussi contribué à celte revanche pacifique et constituoiinelle de la Commune vaincue : elle avait refusé des )ldats, elle a fourni des électeurs, les ma.s.ses profondes de 5 suffraj^e universel que rien n'a pu entamer en 1876, en B89 et jusqu'à nos jours.

Il serait injuste de reprocher durement à la province 3n inaction. Elle est excusable de ne pas être intervenue, ui^(|ue la létfitimité et l'utilité de son intervention ne lui Laient pas démonliées. M. Thiers a été en cela un diplolate incomparable. Il a su persuader aux républicains, ar toute la l'rance, que, tant qu'il serait le maitre, la lépublique ne courrait aucun danger. Il a fait peur aux itoyens des villes et aux campag'aes, en leur montrant les svolté.s de Paris comme des ôlres insociables, aux pasions révolutionnaires indomptées, également redoutables oiir l'ordre, pour le travail, et pour les institutions repu-

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blicaines. Il les a effrayés en dépeignant ces républicains parisiens comme des ennemis dont les appétits, les désirs, ne correspondaient ni aux besoins, ni aux intérêts de la majorité du pays. 11 a opposé en même temps, siégeant avec lui à l'Assemblée, ou à l'abri dans les rangs inoffensifs de Ligues de conciliation, les députés les plus connus ceux que la démocratie des départements considérait comme les vrais, les seuls républicains, les adversaires irréconciliables de la monarchie. Il donnait à entendre qu si Gambetta, « le fou furieux », n'était pas à Versailli il ne se trouvait pas non plus à l'Hôtel-de-Ville. Doiu Gambetta aussi désavouait ces émeutiers, parvenus à former une parodie de gouvernement, ces aventuriers que la France ignorait et qu'elle eût repoussés avec effroi, si elle avait été consultée. Cette appréciation tirait des faits m;.! connus, mal interprétés surtout, une certaine vraisemblan. Thiers, en abusant et en amadouant ainsi la province, s'e--i trouvé rendro service, par la suite et sans même s'en douter, à la République; il lui a conservé tout son saug, tous ses membres. En détournant la France départementale de la lutte, il lui a épargné la formidable hémorrhagie qui devait épuiser la démocratie parisienne. Comme ce servicu fut rendu inconsciemment, sans aucune intention bienveillante,on n'a pas à en faire mérite à ce singulier bienfaiteur. Mais le résultat n'en a pas moins été obtenu. La province a heureusement évité le triste sort de Paris. A ce point de vue, tout en regrettant qu'un soulèvement général, après le Dix-Huit mars, n'eût pas établi la victoire de la Révolution, ce qui eût encore mieux maintenu la République, et eût évité les luttes, les à-coups, les tâtonnements et les anxiétés des premières années et du septennat, on peut reconnaître que les départements eurent des motifs sérieux, en mars et avril 1871, pour ne point s'associer à un mou-

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reincnt non préparé, éclatant en dehors d'eux, dont ils ne îomprenaient pas bien la portéi', dont le but les inquié- ;ait, et qu'ils étaient, dans l'ét-'it des esprits d'alors, impuissants à seconder. Mais leur inaction, leur soumission lussi laissaient la place ouverte à la monarchie; la réaction iurait donc pu tout gag'uer, tout envahir et ramener triomphalemenlson roi sur le trône rétabli. La province lui avait donné champ libre. La Commune de Paris heureusement veillait. En charg'eant ses fusils, en braquant ses canons, en offrant ses poitrines, elle a crié, aux royalistes, à toute la réaction conjurée : On ne passe pas! Et l'on n'a point passé, comme l'a dit M. Clemenceau, à propos du boulane^isme.

Les forces républicaines dont disposait la province, et qu'elle n'a pas employées.'! secourir Paris, n'ayant point été affaiblies, ni intimidées, sont restées heureusement de soutien. On n'allait pas tardera avoir besoin de ces réserves. Elles se reformèrent autour des urnes paisibles, au centre des comités lég;au.>;. Des hommes compromis, mais non atteints, dans la bataille de 187 1, les réorg'anisèrent et les armèrent pour les luttes électorales à venir. La Commune abattue, un nouveau combat recommença, protégé par son souvenir, et Paris se redres.sa lentement, parmi les cadavres et les ruines. Son drapeau, le glorieux haillon de puerre civile, comme l'a désia;né trop dédaigneusement Gambetta, était renversé, caché, mais non oublié. Tout troué de projectiles, tout ençlué de sanç, il se dressait devant la mémoire (les hommes, épouvanlail pour la réaction, exemple et stimulant pour les républicains. Il devait demeurer le fanion des avant-gardes. Assurément lors de l'élection de Barodel, première reprise de l'avantage, comme aux diverses consultations qui suivirent, aux élections générales de 187G, aux élections sénatoriales, nul ne se

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vanta de voter pour la Communo. On ne pensa peut-^-tr» même pas qu'on continuait la lutte qu'elle avait comineU' cée. Les étapes successives de la France républicaine, mar quées par des escarmouches et de grandes batailles. ave( des retours oO'ensifs de la réaction, comme lors de l'élection de Mac-Mahon, comme au iG Mai,etpardes victoires décisives, comme en octobre 1877 avec la démission du maréchal, qui avait ensang'lanté Paris, toutes ces triomiihalej journées républicaines, furent les conséquences et lei revanches successives de la Commune. Paris et toute Ig France étaient reconquis en détail sur la réaction, et let vainqueurs du Père-Lachaise étaient à leur tour refoulés el vaincus.

Pour vaincre la Commune, pour isoler Paris, pouremp^ cher la province de se soulever, c'est-à-dire pour conteni la France républicaine, M. Thiers avait été oblig-é de con tenir d'abord la France monarchiste. Il lui avait fallu tenî en respect les conspirateurs de Versailles et par conséqueo affirmer la République. Les simples citoyens, les fonction naires, l'armée, les natiocs étrangères aussi, à force d'ei tendre proclamer par le chef du gouvernement versail lais qu'il ne combattait que pour la République, qu' maintiendrait la République, prirent ces déclarations pou: l'expression de la vérité. Elles devinrent par la suite la vérité. Pour tuer la Commune, M, Thiers, le niarécii.' l'Assemblée furent obligés de laisser vivre la Ropuli Voilà l'immense, l'inoubliable service que la Comm; rendu à la France. C'est ce bienfait qu'il convient an d'hui d'enseigner aux enfants de nos écoles, au.x hoiniins faits aussi, qui profitent du bienfait, tout en paraissant méconnaître les bienfaiteurs.

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l COMMI'XE VMNCUI-: PAftTOIT

Ainsi partout, sauf i Paris, U'oi'i pas un coup do fusil ïtait parti depuis le i8 mars, la Commune était comprime ou vaincue. M.Tliiers annonça ofticiellement ce rùsul- L par la dé|)ôche suivante, adressée à tous les préfets et iérée à l'Officiel :

Versailles, le i" avril 1871.

L.C protfios de l'ordre a tir conslaDt depuis trois jours. Le calme s'est maintenu constamment à Lyon, rétabli sans coup ir A Sainl-Lticnne et an Creuzol.

\ Toulouse, la soumission a été instantanée et ne s'est pas nientiu depuis que le préfet, M. de Kératry, y est rentré. Des poursuites sont intentées contre les auteurs des désordres Toulouse.

Les ridicules auteurs de l'insurrection de Narbonnc avaient la ileotion de proloni;er la résistance. Abordés par le ifénéral ntzà la télé de 900 hommes, ils ont déposé les armes ; leur chef , sous la main de la justice.

K Perpignan, l'autorité est parfaitement obéie. A Marseille, la rde nationale et la municipalité, ne voulant pas assumer la iponsnliilité d'une crucrre civile funeste à la République autant 'à la France, ont fait une déclaration qui implique la reconissanoc du gouvernement élu et reconnu par toute la France. Le tcénéral Ollivier, un moment prisonnier de l'émeute, a été idu.

L'armée va rentrer en force à Marseille et tout terminer. Ainsi la F'rance entière, sauf Paris, est paciKéc. A Paris, la Commune, dijà divisée, essayant de semer partout fausses ntiuvelles et pillant les caisses publiques, s'ai^ite puissante, et elle est eu borrcur aux Parisiens qui attendent ce impatience le moment d'en être délivrés. L'Assemblée nationale, serrée autour du gouvernement, siège isiblement à Versailles,»») achève de l'organiser une des plu* Ues armées que la France ail possédées . Les bons citoyens peuvent donc se rassurer et espérer la fin }chaiiic d'une crise, qui aura été douloureuse, mais courte. Ils uveni iMre certains qu'on ne leur laissera rien ignorer, et que,

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lorsque le gouvernemont se taira, c'est qu'il n'aura aucun fait grave ou intéressant à leur faire connaitre.

TuiEKS.

Pour copie conforme :

Le vice-président du conseil de préfecture. Préfet par délégation.

De Rouvkac.

Les nouvelles transmises par ce télégramme du gouvernement étaient dans leur ensemble exactes, réserve faite pour l'appréciation portant sur la Commune de Paris « en horreur aux Parisiens «.C'était là une affirmation raensong'ère,s'ajoutant à une fanfaronnade sur la prétendue impatience de la délivrance. L'élan de la sortie, malheureuse mais hardie, du 3 avril n'allait pas tarder à démentir cette allégation.

Aucun patriote ne peut, même aujourd'hui, sans un étonnement douloureux, indigné aussi, relire cette phrase extraordinaire, que M. Thiers, avec une cruauté qui n'avait d'égale que son inconscience, a laissé tomber de sa plume belliqueuse en désignant les forces de la guerre civile qu'il venait de rassembler, avec la permission, avec la complicité des Allemands :

« A Versailles, achève de s'organiser une des plus belles armées que la France ait possédées. »

Se vanter de posséder une belle armée, deux mois après la capitulation, et pendant la rédaction des clauses désastreuses du traité de Francfort, quand les troupes de Guillaume occupaient encore la moitié de la France et devaient garder l'Alsace et la Lorraine, quel cynisme ! Avoir une si belle armée française et ne s'en servir que contre des Français! C'est à pleurer, quand on relit cette pag'e abominable de notre histoire, malgré les quarante années écoulées et les événements survenus.

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