‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 42 sur 95 · LE PREMIER COMBAT · texte numérisé non relu

LE PREMIER COMBAT

Deux coups de canon avaient donné le signal de l'attaque versaillaise. L'infanterie de marine s'était dirigée sur Puteaux, pendant que le 74" de ligne attaquait la barricade du rond-point. Le 1 13« tournait par la gauche vers la Seine. Une batterie de trois pièces était placée à mi-chemin, entre le rond-point de Courbevoie elle rond-point des Bergères, à la hauteur de la voie ferrée, ligne de Saint-Germain, qui passe sous la route n' i3. Le tir, mal dirigé, ne débusqua point les défenseurs de la barricade.

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Le 74° alors, croyant les fédérés dispersés, s'élance sur la barricade, mais un feu vif le reçoit et l'oblig-e à battre en retraite sur la roule n" i3, en arrière des trois pièces en batterie qui, ainsi abandonnées, auraient pu être enlevées. Le ii3«, qui cheminait dans Gourbevoie, se hâte au bruit de la fusillade, il s'empare de la caserne de Gourbevoie, emporte des barricades peu sérieuses, avec l'aide des fusiliers marins. Il permet ainsi au 74* de se rallier, de dog-ager les trois pièces abandonnées et de réoccuper le rondpoint aujourd'hui dit de la Défense. Les pièces d'artillerie reprises sont amenées jusqu'à ce rond-point, et, dominant la route qui descend vers le pont, la balayent. Les versaillais tiennent alors Gourbevoie. Ils sont de plus maîtres de la route du pont et menacent Neuilly. Les fédérés se débandent, traversent le pont en désordre et se répandent sur l'avenue de Neuilly, où les marins et les chasseurs les poursuivent jusqu'auprès des fortifications. Mais des remparts et de leurs avancées une fusillade nourrie les accueille, les oblig'e à se replier vers Gourbevoie et la route de Saint- Germain.

Les bataillons fédérés, le 73*, le 1 18' et le 1 ig«, du quartier du Panthéon, furent surtout éprouvés dans cette déroute. Le commandant du 118° fut tué, son bataillon perdit plusieurs hommes. Il y eut aussi quelques civils tués ou blessés dans l'avenue de Neuilly, des habitants de cette localité supris, vaquant à leurs occupations journalières ou sortis en curieu-x. Un pensionnat, dont les jeunes filles venaient de la messe des Rameaux, passait au travers de la fusillade aux abords de l'église; une des jeunes pensionnaires fut tuée. Des obus tombèrent dans une maison située près de la gare du chemin de fer de ceinture Porte- Maillot, dans Paris même. A deux heures, l'action était finie. Les fédérés regagnant cette porte ne furent pas

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poursuivis, les remparts s'étant garnis rapidement de défenseurs. Les versaillais se retirèrent au delà du rond-point, puis reçurent l'ordre de rejoindre leurs cantonnements. La route de Saint-Germain était devenue libre. Le général Bergeret parcourut toute l'avenue de Neuillj, et s'avança jusqu'au pont, en voiture, l'état de sa santé ne lui permettant pas de monter à cheval. Une dépêche, dont la naïveté était due à l'improvisation, fut alors envoyée par le colonel d'élat-major Henry. C'est celle à laquelle nous avons fait allusion à propos de la mort du chirurgien-major Pasquier, pris pour un chef de gendarmes. En voici le texte complet :

Place à Executive.

Bcrgeret lui-même est à Neuilly. D'après rapport, le feu de l'enDemi a cessé. Esprit des troupes excellent. Lignards arrivaient tous et déclaraient que, sauf officiers supérieurs, personne ne veut se battre. Colonel de gendarmerie qui attaquait, tué. Le colonel chef d'état-major.

Henry.

La formule « Bergeret lui-même » est demeurée légendaire. Il faut reconnaître que Bergeret, qui en a porté la responsabilité et subi la moquerie, n'en était pas vraisemblablement l'auteur, que c'est le chef d'état-major Henry qui a commis la gaffe. Sauf l'annonce de la cessation du feu, cette dépêche ne contenait que des inexactitudes. C'était un chirurgien, et non un colonel de gendarmerie qui avait été tué, quant aux lignards qui se rendaient à la Commune et quant à l'allégation que l'armée versaillaise ne voulait pas se battre, c'étaient là de ces assertions fantaisistes comme il devait s'en produire, et des deux côtés, tant que dura la lutte.

Ce qui est plus exact, c'est l'exécution sommaire des gardes nationaux qui furent faits prisonniers dans Cour-

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bevoie, ou qui se rendirent, lorsqu'ils furent cernés sur la route après la prise de la barricade. Ils furent entraînés au rond-point des Bergères, territoire de Puteaux, et fusillés sur-le-champ, sans interrog'atoire.

EXÉCUTION SOMMAIRE DES PlilSONNIERS

Ces exécutions sans jugement de belligérants faits prisonniers, ou qui avaient jeté leurs armes, sont des faits malheureusement certains. On a pu essayer de les expliquer par la fureur du combat, par l'exaspération des soldats, à qui l'on avait dit que les g-ardes nationaux n'étaient que des bandits, ne respectant ni les lois de l'humanité, ni les règles de la guerre, ne craignant pas de tirer sur les parlementaires et sur les médecins, mais il est impossible de contester ce.s meurtres comme de les justifier. La guerre civile débutait, du côté des Versaillais, par un acte de sauvagerie.

Deux écrivains contemporains, républicains modérés, généralement impartiaux, sinon hostiles à la Commune, liés du moins avec les hommes du gouvernement, ont constaté ces faits atroces, qui devaient par la suite constituer pour les généraux versaillais comme une jurisprudence scélérate. On lit dans leurs notes, écrites au jour le jour, et publiées en 1871 aussitôt après les événements, et qui ont une autre valeur testimoniale que les pamphlets furibonds et sans autorité historique do la réaction affolée :

Dans celte triste journée, les gendarmes fusillèreutà Puteaux, sans qu'il ait été procédé à un jugement, même sommaire, des gardes nationaux prisonniers.

l'ius lard, le gouvernement niera qu'il ait été procédé à de semblables exécutions. Nous opposons d'avance à cette assertion la plus catégjorique dénégation. Le fait est malheureusement trop

authentique. La véracité nous en a été attestée par le lémoignafe d'habitants des environs.

(Lan jallcy et Corriez. — Hist. de la Hévolntion du 18 mars. Paris 1871. Librairie inlernationale Lacroix et Verbœckhoven.)

M. Thiers, dans une dépêche adressée à tous les préfets, porta à leur connaissance les événements du a avril, exposés à sa façon :

Depuis deux jours des mouvements s'étant produits du côté de Hueil, Courbevoie, Puleaux, et le pont de Neuilly ayant été barricadé par les insurges, le gouvernement n'a pas laissé ces tentatives impunies, et il a ordonné de les réprimer sur-le-champ.

Le général Vinoy, après s'être assure qu'une démonstration qui était faite par les insurgés du côté de Chàtillon n'avait rien de sérieux, est parti à quatre heures du matin, avec la brigade Daudel, de la division Faron, la brigade Bernard de la division Bruat, éclairé à gauche par la brigade de chasseurs du général GallifFet, à droite par deux escadrons de la garde républicaine.

Les troupes se sont avancées sur deux colonnes : l'une par Rueil, l'autre par Vaucresson et Montretout. Elles ont opéré leur jonction au rond-point des Bergères.

Quatre bataillons des insurgés occupaient les positions de Courbevoie, telles que la caserne et le grand rond-point de la statue. Les troupes ont enlevé ces positions barricadées avec un élan remarquable. La caserne a été prise par les troupes de marine, et la grande barricade de Courbevoie par le Il3e. Les troupes se sont ensuite jetées sur la descente qui aboutit au pont de Neuilly et elles ont enlevé la barricade qui fermait le pont. Les insurgés se sont enfuis précipitamment, laissant un certain nombre de morts, de blessés et de prisonniers. L'entrain des troupes hâtant le résultat, nos pertes ont été nulles. L'exaspération des soldats était extrême, et s'est surtout manifestée contre les déserteurs qui ont été reconnus.

A quatre heures, les troupes rentraient dans leurs cantonnements, après avoir rendu à la cause de l'ordre un service dont la France leur tiendra un grand compte. Le général Vinoy n'a pas quitté le commandement.

Les misérables, que la France est réduite à combattre, ont

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commis iiD nouveau crime. Le chirurçien en chef de l'armée, M. Pasquier, s'étant avancé seul et sans armes, trop près des posles ennemis, a été indignement assassiné.

TllIERS.

Nous avons expliqué plus haut comment le chirurg'ien Pasquier avait été tué, par suite de son imprudence ou de son erreur, ayant été pris pour le chef d'une colonne d'attaque. La méprise était facile. Quant à « l'exaspération des soldats » fusillant sommairement des « déserteurs reconnus », non seulement la justification n'est pas plausible, mais l'crreurétaitimpossible. D'abord, comment dans le combat les soldats de Vinov eussent-ils reconnu des « déserteurs» ? Il aurait donc fallu qu'ils setrouvassenten présence de soldats de leurs rég-iments, passés de la veille à l'ennemi, et d'eux personnellement connus? C'est plus qu'invraisemblable. Cesprétendus déserteurs, combattantsdepremièrelig'ne, étaient-ils des soldats d'infanterie adhérents à la Commune, et faisant le coup de feu en uniforme de l'armée? Ceci est peu supposable. D'abord, les soldats restés à Paris ou qui étaient venus s'enrôler dans lesrang'sde la garde nationale, en petit nombre, avaient été revêtus de l'uniforme des gardes nationauxou des costumes que portaient les corps francs, s'ils s'étaient engagés dans ces compagnies spéciales. On ne les eût pas envoyés à la première sortie aux avant-postes, vêtus de leur uniforme de lignards qui les eût infailliblement exposés, en cas de surprise ou de défaite, à la vengeance des vainqueurs. Aux postes de l'intérieur, il pouvait sans doute se trouver des soldats restés à Paris au Dix-Huit mars, ou n'ayant pas rejoint leurs corps pour des raisons diverses, et ayant conservé leur uniforme de l'armée, mais ceci est plus que douteux. Ce sont donc des gardes nationaux et non des déserteurs de l'armée qui, envoyés pour garder le rond-point et défendre Courbevoie, ont été surpris, assaillis

par une force supérieure ; tournés, ils se sont rendus, croyant avoir la vie sauve. Sans même qu'on prît la peine de vérifier leuridentilé, ilsont été passés par les armes Après coup, pour atténuer l'horreur de cette exécution, ils ont été qualifiés de déserteurs. L'exaspération des soldats,à la première rencontre, n'était pas poussée à un tel point qu'ils aient pris sur leur propre initiative une décision aussi sauvag'e. Pourquoi leurs chefs ne sont-ils pas intervenus? Ces chefs ont donc ordonné ce massacre de combattants jetant les armes? On peut en rendre Vinoy ou Gallifl'et responsables. M. Thiers n'avait certainement pas donné d'ordres formels à cet égard. Gela non point par humanité, ou par respect des usages de la guerre chez les peuples civilisés qui ne permettent point qu'on fusille les troupes vaincues, déposant les armes et se rendant. Mais par calcul et par politique, M. Thiers n'eût pointdonné une consigne aussi atroce. Impitoyable, mais comprenant la portée de ses excès, M. Thiers eût craint, en faisant massacrer les premiers prisonniers parisiens, d'attirer les mêmes fureurs sur les prisonniers versaillais qui pourraient être faits. Il devait songer aux représailles futures. C'est pourquoi, dans sa dépêche, sans nier ces tueries inexcusables, il a essayé de tromper l'opinion, et de les mettre sur le compte de l'exaspération des soldats retrouvant en face d'eux des déserteurs, leurs camarades de la veille, disposés a user contre eux de leurs armes. L'explication des déserteurs est absurde. Il ne reste que le fait exact et vrai : sur l'ordre de leurs chefs, dans ce premier contact, les Versaillais ont fusillé des prisonniers devenus inofTensifsetsacrés, des combaltantsqui remettaient leurs armes et se rendaient. La répercussion de ce massacre initial devait être grande et terrible. En apprenant que l'on exécutait les prisonniers du côté de Versailles, on songea, du côté de la Commune, qu'on pourrait aussi avoir des

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prisonniers, qu'on en avait même sous la main. La barbare proposition du décret dit des « Otages » est issue de ces reflexions, et ce sont les généraux versaillais qui ont les premiers suggéré celte idée de représailles.

On pourrait multiplier les citations analogues à celle de Lanjalley et Corriez,pour bien établir que, si les Versaillais n'ont pas absolument « attaqué », comme le dit par la suite une proclamation parisienne, car il est indiscutable que le premier coup de feu est parti du poste des gardes nationaux vers lesquels se dirigeait par méprise, peut-être par fanfaronnade, le chirurgien-major Pasquier, ce sont bien les troupes de Versailles, sur l'ordre ou avec l'encouragement de leurs chefs, qui ont donné le sauvage exemple de fusiller des prisonniers, des otages.

Voici pour corroborer l'assertion de MM. Lanjalley et Corriez, déjà certifiée par M. Thiers lui-même, la vision hideuse que, quelques heures après lecombat,eut M.Léonce Dupont, observateur intrépidequi, monté dans un méchant cabriolet, s'était aventuré jusque sur la route de Saint-Germain. Il faut noter que ^LLéonce Dupont fut un « Versaillais )) ardent, et que son livre est entièrement hostile aux hommes de la Commune :

Je n'oublierai de ma vie rémotion que me causa la vue de ce rond-point des Bergères. Jamais antithèse ne me sembla plus cruelle, que ranlithésc de ce nom champêtre éveillant des souvenirs bucoliques, et du spectacle qui s'otVrail à mes regards. Des deux cùlés de la roule, dans les deux fragmcnls d'une vaste demilune, les fédérés allaient de leur pied léger, s'emparer du Mont- V.Tlérien. On leur a dit qu'ils n'avaient qu'à se présenter Chemin faisant ils rencontrent des régiments (]ui leur barrent le passage elles mettent dans une allreuse déroute . Les fédérés tiennent bon; on les fusille en masse et en détaiL Ceux qui restent, après la bagarre, on les adosse au mur d'une masure placée sur la droite et on les passe par les armes.

Cette sanglante mêlée avait laissé le terrain jonché de cadavres

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Au moment où j'arrivais, on en remplissait des voitures d'ambulance ; elles ne suffisaient pas à ramasser tous ces héros Jevovais des médecins militaires, au service de la Commune, les entasser les uns sur les autres, la tète au fond de la voiture et ne montrant que les pieds. Tous ces hommes sont morts'? demandai-je à un médecin. — Vous le voyez bien, me répondit-il en mauirréant : ils ont la pointe du pied en dehors ! C'est ainsi que je connus ce caractère particulier de la mort, qui, jusqu'alors m'avait échappé. Six voitures étaient la, contenant au moins chacune plusde deux cents pieds en dehors. Il en était déjà parti plus de vingt charscces de la même manière. Autour de ces lugubres convois, un ramassis d'hommes et de femmes devisaient avecdes mines farouches, se racontant à leur manière les incidents de la journée, se montrant le mur où les exécutions avaient été faites.

(LÉo^•CE Duro-Ti. — Souvenir de Versailles, p. 48-)

Donc Versailles a inaug-uré la g'uerre civile en fusillant des prisonniers, en laissant, après le combat, égorger les vaincus qui se rendaient, qui n'étaient plus des combattanls. Il était permis de les traiter comme des adversaires dangereux, à qui l'on devait ôter les armes, mais à qui on pouvait laisser la vie. Ces rebelles n'étaient point reconnus comme « belligérants », diront les casuisles du massacre. Les forces rassemblées à Paris, sous le drapeau de la Commune, malgré l'origine insurrectionnelle, avaient certes droit à la qualification de « belligérants », étant non pas une bande d'émeutiers racolés au hasard et prêts à faire le coup de feu en aventuriers, mais une troupe depuis longtemps organisée, encadrée, soldée, portant uniforme, et dont chaque unité avait son numéro matricule; de plus, obéissant à des chefs nommés par un gouvernement i.ssu du suffrage universel, un gouvernement plus régulier, plus légal que celui du 4 septembre, qui s'était nommé lui même à la suite d'une émeute. A ces mêmes gardes nationaux, les autorités prussiennes, durant le siège, avaient reconnu

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la qualité de belligérants, c'est-à-dire de combattants qu'il est interdit de fusiller quand ils se rendent.

Rien de ce qui, dans le protocole des chancelleries et des états-majors, est considéré comme constituant une armée et donne le caractère de « belligérants «.Défaisait défaut aux troupes mises en ligne parle g-ouvernement de la Commune. L'armée fédérée comprenait, comme celle de Versailles, des officiers hiérarchisés, des fanions, des drapeau.v;; elle était, comme tous les corps de troupes, fractionnée en escouades, compagnies, escailrons, batteries, bataillons, rég-iments, brigades et divisions ; elle comprenait infanterie, cavalerie, artillerie, était pourvue des services auxiliaires, pontonniers, télégraphistes, ambulances. Elle avait une intendance, des services administratifs, une comptabilité, un contrôle. Les officiers portaient les galons réglementaires, les soldats avaient tous un uniforme et la solde leur était versée régulièrement, comme leur était faite la distribution de vivres. Ces forces organisées, disciplinées, pouvaient-elles être assimilées à des insurgés, combattants hasardeux, rencontrés sur la barricade, et que les troupes dites régulières s'arrogent le droit de fusiller sur place, sans examen ni interrogatoires, dans la confusion féroce de la guerre des rues ?

L'organisation et la formation de cette armée parisienne n'étaient même pas dues à l'insurrection, elles étaient l'oeuvre de la Défense nationale, et même remontaient à l'approche des prussiens. C'est en vertu de décrets impériaux qu'elle avait été constituée. Les officiers et soldats, tombant après le combat, entre les mains dft l'armée de Versailles, devaient être traités comme l'avaient été les vaincus de Metz ou de Sedan que le sort de la guerre avait remis aux prussiens vainqueurs. Il y avait à l'Assemblée nationale des hommes éloquents qui avaient déjà protesté contre les

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exécutions par les prussiens, dans leur marche victorieuse, de volontaires des corps francs, de mobilisés pas encore incorporés ou habillés, d'instituteurs, de patriotes défendant, derrière la haie ou la barricade, leur village et leur champ. Ces indig'nations devaient par la suite se renouveler, déplus en plus éloquentes : ce juste blâme est demeuré la flétrissure des Allemands fusilleurs. Certes, ces députés de la gauche eurent raison de dénoncer, par la suite, aux électeurs patriotes, lors des inaugurations de monuments commémoratifs, les odieux assassinats commis par les Allemands sur de malheureux francs-tireurs, sous le prétexte que leur uniforme n'était pas régulier, et qu'ils ne pouvaient être ainsi considérés comme belligérants. Aucune de ces bouches parlementaires sonores ne laissa tomber à l'Assemblée, ou ailleurs, la flétrissure que méritaient ceu.x qui, dès le premier choc de guerre civile, fusillèrent, comme des partisans, hors les lois militaires, hors les usages des peuples civilisés, des prisonniers de guerre, des combattants régulièrement incorporés, pris en service commandé. Quand on aura à constater, dans les pages qui suivent, d'autres excès, et de sanglantes représailles, il sera juste de se souvenir que du côté de Versailles futmaintenue l'affreuse jurisprudence, inaugurée par les prussiens, de l'assassinat des prisonniers de guerre.

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