‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 54 sur 95 · PANIQUE A RUËIL ET A VERSAILLES · texte numérisé non relu

PANIQUE A RUËIL ET A VERSAILLES

Une partie de la colonne de Bergeret avait résisté à la déroute, s'était défilée à l'abri des maisons et des replis de terrain protégeant la route de Nanterre à Rueil, et avait continué sa marche en avant. Flourens, à qui Bergeret avait expédié un ordre pressant de le secourir, arrivait d'Asnières avec ses troupes, peu nombreuses, trois ou quatre mille hommes environ, et les deux corps faisaient leur jonction à Rueil. La marche sur Versailles par la route de Saint-Germain fut poursuivie. Des chasseurs de Galliffet, attendant au parc de la Malmaison, furent débusques, et les fédérés s'avancèrent jusqu'à la Jonchère, quelques-uns

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même s'enscaçèrent jusqu'au pont, montèrent dans Bouçival.et le drapeau roug-e fut un instant arboré sur le clocher de ce village. On n'était plus qu'à six kilomètres de Versailles, et aucune redoute ne pouvait gêner le passage, aucun retranchement ne barrait la route. Si toute l'armée avait pu suivre l'avant-garde, Versailles, par le Chesnay, se trouvait sérieusement menacé.

La nouvelle s'était répandue à Versailles de l'approche des fédérés et l'alarme était vive.

Plusieurs députés, n dit M. Léonce Dupont, autant de gauche que de droite, se tenaient prêts à tirer leurs grègues devant l'invasion. Ils avalent t'ait leur.s malles et s'étaient pourvus de moyens de transport- Le danger passé, on les voyait arriver un à un dans la galerie des Tombeaux, un peu rassurés, mais blêmes encore de la peur qu'ils avaient eue.

(LÉONCE Dupont. — Souvenirs de Versailles, p. 5o. — Paris, 1887, Dentu, éd.)

A Versailles on avait donc été surpris. Les généraux, satisfaits par l'escarmouche du dimanche, et la réussite de l'attaque du rond-point de Courbevoie, qu'ils avaient préparées depuis deux jours, ne croyaient pas que les parisiens pussent recommencer si tôt une démonstration. Ils n'avaient pas songé à mettre Versailles à l'abri d'un coup de main. Aussi leur victoire, du coté nord-ouest, fut-elle due uniquement à quelques obus tirés au petit bonheur par le Mont- Valérien, et à la panique qui se produisit parmi les combattants peu aguerris, mal disposés à la discipline, incapables de tenir solidement en rase campagne.

Ces hommes, — nous avons dépeint le caractère de cohue et non pas d'armée du corps de Bergeret, — s'étaient concentrés au hasard, avaient couru au combat avec élan, mais avec irréQexion, et sans paraître préparés à rencontrer une

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résistance. Mis en déroule, aux premières décharg:cs d'une artillerie pourtant insuffisante, très probablement di-risoire, faute de munitions et de pointeurs, cet échec initial leur fit admettre l'impossibilité de continuer la marche sur Versailles.

L'élan fut coupé net. Les braves continuèrent à aller de l'avant, en désordre toujours. Le gros de la cohue lâcha pied, reflua vers le pont de Neuilly et Paris.

Ce ne fut que vers dix heures que les renforts versaillais arrivèrent sur le lieu de l'action, et encore le principal de l'effectif dont Vinoy disposait, fut-il envoyé vers le sud, à Meudon, à Clamart, à Issy, où la résistance s'annonçait beaucoup plusferme, où la bataille s'eng-ag'eait plus sérieuse, plus inquiétante.

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