‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 55 sur 95 · RENFORTS AUX VERSAILLAIS · texte numérisé non relu

RENFORTS AUX VERSAILLAIS

Vers Bougival et Rueil, Vinoy envoya la brig'ade Paturel, comprenant le 46° de marche, puis labrig-ade Grenier, composée du go* et du 91" de ligne, avec la division de cavalerie de Preuil, formée par le 3' cuirassiers, le 4° dragons et une partie du !«'' et du 2= régiment de gendarmerie. En tout une dizaine de mille hommes. Les fédt^rés disloqués, dont une partie avaitregagné Paris, de quinzemille combattants réunis le matin sous le commandement de Bergeret, ne comptaient plus guère que cinq à six milliers d'hommes, la plupart démoralisés. Gustave Flourens, dont les troupes ayant évité la panique delà matinée paraissaient plus résolues, ne pouvait renforcer que de trois mille combattants environ l'effectif effondré de Bergeret. Aussi, quand les généraux Paturel et Grenier débouchèrent des hauteurs de Vaucresson, de la Celle-Saint-Cloud et de Bougival, facilement repoussèrent-ils les fédérés qui s'étnient avancés jusqu'au delà de la Jonchère.

LE aOUVERNRHKNT DE l'hÔTEL-DK- V1U,E 24 I

D'heure en heure arrivaient des renforts nouveaux : comme une rivière qui récolte les ruisseaux épars et tout à coup apparaît grossie, et subitement se répand dans la ])laine en sortant d'un endroit encaissé, l'armée de Versriilles brusquement s'étalait. Elle avait cheminé sous bois et passé par les roules vicinales, par les sentiers et les voies rurales, qui depuis les bois de la Celle et des Hubies, par Bouçival, les (îallicourts, Long-boyau et Buzenval, descendent vers la route de Paris à Saint-Germain. Les soldats de Paturel, qui avaient reculé jusque vers Port-Marljdevant les bataillons de Bergoret, en recevant des renforts reprennent courage, repoussent les fédérés au pied des coteaux de la Jouchère. A cet endroit la route resserrée s'élarg-it. Une vaste plaine, dite plaine de Rueil, commence entre la Seine et la route s'étendant jusqu'à Nanterre. C'est l'extrémité de la presqu'île de Gennevilliers. La brigade Grenier, sur l'ordre de Vinoy, avait opéré un mouvement tournant. Par le chemin montant de Long-boyau, elle avait atteint la Briqueterie, la Pouilleuse. Elle occupait alors la crête des terrains environnant le Mont-Valérien au sud, et au sudest Rueil. Elle menaçait le rond-point des Bergères, et par là pouvait déboucher sur la route de Paris n" i3, coupant la i-etraite aux fédérés. Bergeret, voyant le danger pressant, envoya cette dépêche à Flourens : « Mon cher Flourens, arrive-nous vite avec tes hommes. Nous ne sommes plus en nonii)re suffisant pour aller en avant. Il faut battre en retraite fièrement, mais vite, car nous sommes menacés d'être enveloppés. »

Flourens arriva aussi vite qu'il lui fut possible et soutint la retraite de Bergeret. On a vu, par le récit de Maxime Lisbonne, que Bergeret s'était dirigé sur Asnières. Il n'était plus possible de continuer à s'avancer sur Rueil, le général Galliffet marchant avec ses chasseurs et de l'infantc- III i6

a^'^ HISTOIRE DK LA COMMUNE

rie dans la direction de Chatou. Berp-eret, pour ramener ses hommes, fila le long' du chemin de ier de l'ouest. La voie entre Chatou et Asnières est surélevée : à l'abri du haut remblai les bataillons purentopérer leur retraite, en laissantderrière eux beaucoup de traînards. La plupart furent sabrés par les hussards qui étaient venus renforcer les cavaliers de la division de Preuil. Ce fut la déroute complète. Quelques obus lancés par les mauvaises pièces du Mont-Valérien achevèrent la confusion et le désordre des hommes, fuyant devant la cavalerie qui balayai la plaine. Beaucoup de fédérés regagfnèrent Paris par petits groupes, essayant, çràce au.x: replis du terrain, d'échapper aux obus et aux cavaliers. Les deux pièces de canons que Lisbonne avait tenté de mettre en batterie devant le fort étaient restées abandonnées, les chevaux s'étant enfuis : elles furent cependant ramenées vers le soir, par des gamins qui se firent un jeu de s'atteler et de les traîner jusqu'à Puteaux,où des gardes nationaux purent en reprendre possession.

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