PROCLAMATION DE GALLIFFET
L'exemple d'ég'org'er les prisonniers venait de haut. Le g'énéral bonapartiste Galliftet (i), à qui l'on eut par la suite la fantaisie bizarre de confier le portefeuille de la g-uerre dans un cabinet républicain, se signala dans la guerre civile entre tous ses collègues par sa cruauté. Ce tortionnaire s'était fait la main au Mexique, en maltraitant, en
(i) Gaston-Alexandrc-Aug'ustc Porccret, marquis de Galliffet, né a Paris le ali janvier i83o. Engagé volontaire en i848, capitaine de cavalerie au Mexiiiuc, colonel, puis tj'^néral de brigade (conteste) à Sedan, i" septembre 1870, général de division, commandant de corps d'armée, etc., etc. .ministre de la guerre cabinet Waldeck-Rousseau.
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sabrant, en pendant des prisonniers, ennemis sans doute, mais qui étaient aussi des patriotes, coupables de défendre leur pays.
Charg-é le 3 avril de surveiller la rive droite de la Seine, il était descendu deSaint-Germain-en-Laye sur Chatou,avec deux escadrons de chasseurs et de l'artillerie. Ce mouvement était combiné pour le cas imprévu d'une attaque de ce côté par les fédérés, franchissant la Seine entre Rueil et Bougival, ou venus d'Asnières par Bezons. En côtoyant la Seine, sur sa rive droite, notamment à la hauteur des ponts détruits de Bouçival, les chasseurs firent le coup de feu dans la direction du quai Sg'anzin et de la rue de Versailles. Là, une avant-g'arde de fédérés avait occupé une barricade élevée par les prussiens, à la tête du pont, et qui n'avait pas été démolie. Nous avons dit qu'à Chatou, où à tort l'on a indiqué le passag'e de Flourens, quelques g-ardes nationau.x de l'armée de Bergeret, venus de la gare de Rueil, après avoir traversé la rivière dans une barque qu'ils s'étaient procurée, avaient rôdé dans la matinée. Ces hommes avaient-ils l'intention d'éviter les dangers du combat, de s'écarter de Rueil où l'on se battait, ou bien obéissaient-ils à leur humeur aventureuse, peut-être au désir de rencontrer une guinguette où vider un litre en cassant la croûte, pendant que l'affaire se dessinerait là-bas, dans la plaine de l'autre côté de l'eau, où les obus tombaient? Ils avaient passé la rivière sans ordres et de leur propre initiative. Ils payèrent cher leur vagabondage. Trois de ces isolés furent surpris, errant dans les rues de Chatou, par des éclaireurs de Galliffet. On les conduisit aussitôt devant le fringant général. Ils avaient leurs fusils, sans doute, mais ne paraissaient nullement avoir l'intention de s'en servir. Ils ne pouvaient avoir la prétention, ni môme l'idée de défendre Chatou à eux trois. C'était donc des combattants,
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certainement, puisqu'ils étaient en uniforme et armés, mais ils ne combattaient pas, et loin de leur corps, de leur compagnie, ils ne devaient môme pas être considérés comme opérant une reconnaissance. On pouvait plutôt les prendre pour des déserteurs. Ils furent sur-le-champ fusillés, sous les veux et par ordre de Gallitlet.
Cet exécuteur sans scrupules montra en cette circonstance uue certaine prudence. Il voulut motiver son acte impitoyable et inutile, et parut visiblement préoccupé de donner une apparence de lég-alité militaire à cet assassinat ordonné froidement. Il rédigea aussitôt une proclamation, qu'un historien de la Commune qualifia de « plus digne d'un officier américain traquant des Peaux-Roug-es que d'un g-énéral français combattant des Français ». (Fiaux.) La voici :
La guerre a été déclarée par les bandes de Paris.
Hier, avaat-hier, aujourd'hui, elles m'oat assassiné mes soldats.
C'est une g-uerre sans trêve ni pitié que je déclare à ces assassins. J'ai dû faire un exemple, qu'il soit salutaire : je désire ne pas cire réduit de nouveau à une pareille extrémité. N'oubliez pas que dans le pays, que la loi, que le droit par conséquent, sont à Versailles et à l'Assemblée nationale, et non pas avec la grotesque assemblée de Paris, qui s'intitule Commune.
Le géuérnl commandant de brigade.
Galliffet.
Cette proclamation fut rédigée par le général, à la mairie, en présence de la Commission municipale de Cbatou. Il voulut l'associer à ses excès de pouvoir. Fusiller sommairement des hommes qui n'étaient pas pris les armes à la main, presque des promeneurs, était peut-être un acte qu'on blâmerait à Versailles, où les pékins dominaient, et se permettaient de comjnander les généraux. Galliffet
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pensa qu'il serait prudent d'associer à son acte de vigueur les autorités civiles de la localité. Le président de la commission municipale, faisant (onctions de maire, fut averti, et, pour plaire au général, il ajouta cet avis, que le crieur public de Cliatou reçut l'ordre de publier par la ville, au son du tambour, en donnant lecture de la proclamation ;
Le président de la commission municipale de Chatou prévient les habitants, dans l'intérêt de leur sécurité, que ceux qui donneraient asile aux ennemis de l'Assemblée se rendraient passibles des lois de la guerre.
Le président de la Commission.
Laubsuf.
Si l'on n'a pas, par la suite, décore ce président de commission, appariteur de Gallifl'et, ce fut une injustice.