‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 70 sur 95 · LE GOUVERNEMENT DE L HÔTEL-DE-VILLE ÏQQ · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT DE L HÔTEL-DE-VILLE ÏQQ

valeur rarement impartial, mais souvent exact dans ses notes pittoresques, prises au jour le jour, confirme cette mentalité parisienne, nullement accablée par le découragement ni frissonnante dans l'inquiétude, au lendemain des journées d'avril :

Ce qu'il y a de véritablement stupéfiant au milieu de tout cela, dil-il, c'est l'aspect souriant des rues, des boulevards, des promenades; l'émitifralion toujours croissante ne se fait remarquer que par un moins s^rand nombre de filles et de ^randins : il en reste assez pour remplir les cafés et réjouir les boulevards. On dirait que i'aris est dans son état normal. Chaque matin, des Cliamps-Elysées, des Ternes, de Vaugirard, se répandent çà et là dans la ville des familles <|ui se dérobent au bombardement, comme à l'époque où M. Jules Favre analhématisail la barbarie des prussiens ; les unes sont en voilure, d'autres marchent à pied, précédant tristement une carriole chargée de matelas et d'objets de ménage ; toutes, quand on les interroge, vous racontent les obus versaillais effondrant les maisons, tuant des femmes et des enfants. N'importe 1 on va comme de coutume à .ses afiaires ou à ses plaisirs...

Kien n'a l'air d'être interrompu, ni d'être change, f^a proclamation même du redoutable Cluseret, qui nous menace tous du service actif dans les compagnies de marche, n'a pas réussi à troubler la quiétude indifférente du plus grand nombre des parisiens. Ils assistent à ce qui se passe, comme ù un spectacle auquel on ne prend intérêt que juste assez pour se divertir. Le soir, la canonnade redouble, et, en prêtant l'oreille avec quelque persistance, on peut distinctement entendre les feux de peloton. Paris prend son bock au café de Madrid ou au café Riche. Quelquefois, vers minuit, lorsque le ciel est clair, il va au.x Champs-Elysées, pour voir les choses de plus près. Il se promène sous les arbres, il fume un cigare, il dit : « Ah I voilà 1rs mitrailleuses ! » Il compare le bruit de la bataille d'aujourd'hui au bruit de la bataille d'hier. En se promenant ainsi non loin des obus, Paris s'expose volonlnircment à de graves dangers, mais s'il est indifférent, Paris n'est pas lâche. Puis il va se coucher. Il lit les journaux du soir. Il se demamle, en bi\illant : « Comment diable cela va-t-il finir? Par la conciliation? Par les prussiens peut-être? »

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et il s'endort ; et le lendemain il se lèvera frais et gaillard et s'en ira à ses affaires ou à ses plaisirs, absolument comme si Napoléon III était encore empereur des Français par la grâce de Dieu et par la volonté nationale...

(i:.viuLLE ME^DÈs. — Les yJ Journées de la Commune, pages 145-

NOTIFICA r ION AUX PUISSANCES

Le délég-ué aux affaires extérieures, Paschal Grousset, adressa aux représentants à Paris des Puissances étrangères la note officielle suivante, à la date du 5 avril :

Le soussigné, membre de la Commune, délégué aux Relations Extérieures, a l'honneur de vous notifier officiellement la constitution du gouvernement communal de Paris.

Il vous prie d'en porter la connaissance à votre gouvernement et saisit cette occasion de vous exprimer le désir de la Commune de resserrer les liens fraternels qui unissent le peuple de Paris au peuple de X...

Paschal Grousset.

On s'est égayé dans les milieux réactionnaires, à l'occasion de cette circulaire. Les journalistes furent impitoyables.Ils ne pardonnaient pas à Paschal Grousset d'être leur confrère et d'être ministre. Parmi ces railleurs on n'est pas surpris de trouver Henri Rochefort. Ce grand moqueur eût depuis longtemps assassiné la République si un calembour était capable de la tuer, et cela pour rien, pour le plaisir de faire un mot, et de donner à rire aux réactionnaires. Il plaisanta donc le nouveau ministre des affaires étrangères, avec lequel il devait par la suite s'évader de Calédonie, sur l'insuffisance de son action diplomatique. 11 lui reprocha d'avoir, comme délégué aux relations extérieures, « plus d'extérieur que de relations». Paschal Grous-

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set était, comme on le sait, clcj^ant, soigné de sa personne, toujours correctement habillé et «'exprimant avec distinction. Et.iit-ce la faute du délég'ué si la France avait alors SOS frontières aux fortifications, si la poi'te de Pantin était le commencement du territoire allemand, et si M. Thiers, interceptant les lig-nes télég-raphiques, empochait Paris d'avoir des relations avec Lyon ou Lille, même avec Bourg-la-Reine ou Argenteuil? C'était reprocher à un prisonnier garrotté de ne pouvoir aller se promener à la campagne.

La Commune était un gouvernement de fait. »M. Thiers reconnaissait son existence, s'il déniait à ses partisans le caractèrede belligérants, puisqu'il s'efforçait de rassembler contre elle une armée de i3o.oûo hommes et qu'il se préparait à lui envoyer des obus du haut de Saint-Cloud. On ne tire pas sur des combattants n'existant pas, et on n'arme pas contre des gouvernements imaginaires. Tous les pouvoirs issus d'une insurrection, et la République de Jules Favre et de Troehu fut dans ce cas, après le 4 septembre, traversent une période transitoire, préparatoire, où, vis-àvis des puissances étrangères, ils ne peuvent avoir qu'une existence précaire et conditionnelle. Leur reconnaissance, leur admission au protocole diplomatique sont subordonnées à leur durée, à leur succès. Napoléon III, après son coup de décembre, ne fut pas reconnu immédiatement comme empereur des français. L'Europe attendit que son maintien au pouvoir filt avéré, se montrât acceptable ; de nos jours, la jeune république portugaise a eu, à ses débuts, des relations extérieures aussi peu étendues que celles que pouvait avoir, en avril 1871, le ministre delà Commune. La tradition internationale, l'usage entre Etats et le protocole diplomatique exigent que tout pouvoir neuf fasse connaître son avènement, d'une façon officielle, le notifie aux représentants des autres nations se trouvant,

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sinon accrcdilés du moins présents de fait, dans le pars établissant un gouvernement nouveau où ils bénéficient de privilèges provisoires, mais réels. Cette déclaration, pure formalité traditionnelle, n'engage en rien les Etats auxquels elle est adressée. Comme il y a forcément des rapports au sujet des nationaux se trouvant dans le pays qui a changé son gouvernement ou combat pour le changer, comme il faut dans celte période intermédiaire accomplir et surveiller certaines formalités réciproques, qu'il y a des cachets à mettre sur des autorisations, des passeports à délivrer, des transactions commerciales et douanières à contrôler des deux côtés, il est indispensable pour ceux qui ont pris le pouvoir et disposent des signatures, des cachets, des imprimés officiels, qu'ils fassent connaître leurs qualités et leur fonction aux voisins avec lesquels ils ont quotidiennement des échanges à faire de lettres, de communications, d'explications. La situation particulière de Paris vis-à-vis de l'Allemagne ayant à la moitié de ses portes des troupes et des agents, imposait l'obligation stricte au fonctionnaire, si révolutionnaire fùt-il, qui occupait, au nom de la Commune, le poste de ministre des Affaires Etrangères, de notifier son entrée en fonctions et l'existence de son gouvernement à tous les Etats, mais principalement et premièrement à l'empire d'Allemagne. Il ne pouvait faire cette notification aux seuls allemands. Il n'y avait donc ni outrecuidance ni ridicule dans l'envoi d'une circulaire annonçant l'existence de la Commune, gouvernement nommé parle suffrage universel. PaschalGrousseteût été blâmable s'il ne l'avait point rédigée. Après l'émeute du 24 février i848, le premier acte de Lamartine, nommé ministre des Affaires étrangères, avait été d'adresser une circulaire à tous les Etats avec lesquels le gouvernement tombé avait entretenu des relations diplomatiques, et ce mémorandum protocolaire, beaucoup

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plus élendu, plus emphatique surtout, que celui de Paschal Grousset, a été généralement loué, admiré même, sans qu'il ail reçu d'ailleurs, dans le premier moment, un accueil plus enthousiaste de la part des souverains d'Europe que celui du délégué de la Commune.

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