LA SOLDE
Le service de la solde était fait par le délégué aux finances, Jourde, assisté de Varlin, tous deux membres de la Commune.
Les officiers-paveurs élus dans chaque bataillon produisaient à la déléifalion des finances des états dressés par les serg-ents-majors de chaque compagj'nie, visés par le capitaine et le délégué de la compagnie. Les tambours et clairons, qui au début étaient payés au mois, comme dans l'ancienne garde nationale, touchèrent à partir du 2 avril a fr. 5o par jour, plus une allocation de o fr. 76 c. pour leurs femmes.
Les payeurs touchaient : les officiers-payeurs de bataillon 5 fr. par jour, les sergents-majors 3 fr.; les trais de bureau
Li Qoavsi\:<iuiNT D> l'b6trl-dk-villi: i^i
allouée ('-laitml de loo t'rnncs par mois pour le halaillon, 10 tViincs pour chaque compagnie.
La solde de hi j^nrde ualioiialc était de deux sortes : i» — La solde intc-riouro ou de la c«rde sii<lontaire : i,5o par homme el par jour, les fameux Trente sous, et UQ suliside de 0,70 pour les Femmes dont le tjcnrde déciarail la présence ; a,5o par jour pour les sous-lieutenants, liputenants et capitaines. 5 fr. pour les coramandaiiLs el adjudants majors.
j" — La solde de camp;«!»-nH, .service actif au dehors de l'enceinte fortifiée : (général en chef, ôoo francs par mois (iG fr.65 par jour); général en second, i5 fr. par jour ; colonel, la fr.; commandant 10 fr.; capitaines, adjudantsmajors, chirurifiens majors, 7,50; lieutenants, aides-majors, 5,ôo;sous-lieutenanLs, 5 fr. Les traitemcntâcivils ne dépassaient pas celle proportion.
LLS BA Rfi/CA DES
Los barricader devaient faire pnrtie du svstèmc défensif de Paris. Elles devaient suppléer au silence des forts évacues ou pris d'assaut. C'était la hase m^Mne de la guerre de rues, qu'on devait non seulement prévoir, mais préparer, orf^aniser à l'avance, l^cs p.irisiens. hommes, femmes, enfants, .sont de mervedieux combattants de barricades. Les exemples célèbres ne m.mquaient pas. C'étail une ressource suprême, sans être le salut certain, caries défenseurs des barricades di.sparais.sent ou sont tués, si la lutte se proloa^ jwr trop, el ne sont pas remplacés ; l'artillerie peut avoir raison des plus fortes défenses urbaines ; la privation des vivres, la rareté des munitions amenant la reildition ou l'abandon de certains points stratégiques permettent à une armée d'isoler, de cerner les aulres positions. Ou s'en est
376 IllSTOlnE Dl LA COMMUNE
rendu compte en juin 48. Mais la lutte dans Paris en mai 71 pouvait être si terrible, devait entraîner tant de pertes, tant de ruines, qu'un armistice suivi d'une pacification était une suppositionadmissible,àla condition qu'on fût à même de tenir derrière les barricades et de prolonger la guerre de rues.
Il fallait donc barricader Paris. On le laissa ouvert. Cluseret et son successeur Rossel, qui, avec son tempérament d'officier, n'avait que du mépris pour cette guerre plébéienne, prirent bien des arrêtés pour la construction de barricades, mais ils ne tinrent nullement la main à leur exécution.
Une commission de construction des barricades fut cependant nommée, elle fonctionna même. Son président fut Napoléon Gaillard ( i ), un brave homme, de son état cordonnier, orateur méridional vulgaire, mais applaudi dans les clubs de la fin de l'empire. En son œuvre d'ingénieur improvisé il se montra plein de bonne volonté, mais il fut peu secondé. Il ne bâtit qu'une barricade, superbe il est vrai, mais elle demeura inachevée. Elle s'élevait, comme nous l'avons indiqué plus haut, à l'angle des rues Saint- Florentin et de Rivoli barrant le passage jusqu'à la terrasse du jardin des Tuileries. Elle atteignait la hauteur d'un deuxième étage, et était divisée en deux parties, avec retrait, permettant de passer à couvert de la première barricade à
(i) Napoléon Gaillard, né à Nîmes en li-il. cordonnier. Se siçiiaJe sous l'Empire au moment de l'affaire du cimclicre .Montmartre, la tombe de Baudin; est condamné pour e-xcitalion à la haine et au mépris du gouvernement. Nombreux discours dans les réunions publiques. Âlembre ae l'Internationale, fait partie du Comité du a* arrondissement. Nommé directeur j;(-néral des barricades, construit les barricades de la place Vendôme et de la rue de Hivoli. Réfugié à Genève, revient à l'amnistie, reprend son métier de cordonnier où il était fort h.iblle, et meuri, en igoy, très épuisé, pres(]uc aveugle. Son tils a été éi^alement mêlé aux événements II était dessinateur et a laisfé des croquis amuiants sur les orateurs et les personnalités des réunions publiques.
LE OOUVERNElIlnT DB L'adTBL-DK-VILLB SfJ
la seconde : une petite forteresse urbaine avec bastiun en miniature, redan, courtine, tout en réduction. Entièrement construites avec des sacs à terre flanqués de piles de moellons, luette double barricade, armée et défendue, aurait dû tenir huit jours, arrêter une colonne, le canon ne pouvant de la place de la Concorde la battre ilireclement, h raison de l'ang'le et du retrait formés par le solide palais de la Marine. .Napoléon (îaillard l'avait édifiée avec lenteur, avec précision. Juché au faîte de sa construction, dirigeant, stimulant les travailleurs, il montrait avec orçueil aux passants la barricade, sa barricade, et souriait. Il accueillait avec des ç-estes prolecteurs les amis qui venaient l'admirer sur son chantier. La forteresse de la rue de Rivoli, que l'on appelait plaisamment Château-Gaillard, n'était pas terminée quand les Versaillais entrèrent. Tournée par les troupes, elle ne fut d'aucune utilité. Le service des barricades, bien que reconnu de première importance, n'exista donc qu'en projet. La barricade de la rue de Rivoli et celle de la place Vendôme ne furent que des démonstrations décoratives, et Paris ne fut barricadé q\i"à l'improviste, au hasard, sans méthode, dans la fièvre et le désarroi des derniers jours de combat dans les faubourgs, comme au début d'une émeute. Cluseret et Rossel ont commis une faute inexplicable en ne veillant pas à la construction de ces barricades, qui auraient di\ former une seconde enceinte fortifiée et transformer chaque quartier en redoutes à peu près imprenables. On a sans doute évoqué le souvenir de Moscou, h la lueur des incendies; c'est à Sarragosse que l'on aurait dil songer.
ÉrAr-.\fAJOR
Les états-majors étaient nombreux : il j avait d'abord
l'état-major g-énéral, celui de la délég-ation à la g-uerre, puis celui de la Place et ceux de chaque lég-ion ; en outre les principaux généraux avaitun état-major à eux afférent. Il y eut un certain abus dans l'entrain avec lequel des jeunes g-ens, désireux de briller, de parader, de porter un élégant costume avec retroussis roucres et aiguillettes d'or se jetèrent sur ces emplois marquants. Ils affichèrent une telle préoccupation du costume, des passementeries et des ornements, que cette coquetterie leur attira la circulaire sévère de Cluseret dont nous avons parlé. La tenue peu conf')rme à l'ordonnance de ces officiers trop coquets leur valut, outre le blâme de Cluseret, affectant par puritanisme vaniteux de porter un veston et de se coitl'er d'un chapeau mou, des regards envieux et des quolibets méprisants de la part des combattants aux vareuses en loques, aux galons ternis, sous l'effet combiné de la pluie, du vent, de la boue et de la poudre. Il faut se souvenir cependant que ces brillants officiers d'état-major ne caracolaient pas seulement dans les rues de Paris, ne promenaient pas toujours leurs élégants uniformes dans les bureaux du ministère de la Guerre. Beaucoup, et à tout instant, lejour et la nuit, étaient envoyés aux avants-postes, en inspection, ou chargés de remettre des ordres aux commandants des forts de Vanves ou d'Issy, par des routes intenables .sous les obus. Plusieurs revinrent blessés, ou furent tués, dans ces services périlleux et sans gloire.
Le chef d'état-major général, sous Cluseret, était le colonel Rossel, qui devait lui succéder. Il ne prit la direction de la guerre qu'à la fin d'avril. L'aide de camp de Cluseret. capitaine d'état-major, était le comte Charles de Beaufort, neveu d'un membre important du Comité Central, Edouard Moreau. Il fut traité de traître, comme nous l'avons dit plus haut, accusé d'avoir fait massacrer inten-
LE GOUVERNEMENT DE l'hÔTBL-DB-VILL« 870
tionnellement des hommes de son bataillon, à la barricade de la rue Gaumarlin et fusillé par les fédérés près de la mairie du boulevard Voltaire, dans l'affolement des derniers jours.
Lesous-chefdetat-majorotaitle commandant Ség-uin(i). Sou coUèg'ue dans les bureaux de l'Etat-major, Louis Barrou, l'a ainsi dépeint :
Le sous-chef d'état-major est un tout petit homme de vinçtquatrc ans, dout le corps mince el ijrèle s'agile dans un cfros costume de moblot orno aux poignets .le quatre calons d'or, tj'ne ceinture rouge serre à la taille sa vareuse bleu marine, enfoncée dans un ])antaIoD de même drap. Il est chaussé de godillots éperonnés, d'où montent jusqu'à mi-jambes de hautes guêtres de campagne. Il porte cette tenue, plus bizarre que puritaine, avec une crânerie empêtrée d'une drôlerie irrésistible.
La malicieuse nature adonné au commandant Séguin la physionomie la plus contraire à son rôle belliqueux, celle d'un rat de bibliothèque. Le teint est jaune, tous les traits accusés, les pommettes saillantes, le nez proéminent el de travers, la bouche trop fendue, le menton trop pointu, les yeux petits, louches et myopes, disparaissent sous d'immenses besicles, mais, surmontant tout cela, s'élève un front magnifique d'inlelliïcnce et de fermeté. Car l'ironique nature, non contente encore de son œuvre, a logé, dans ce corps mal bâti un esprit amoureu.x d'art militaire, érudit des choses de la guerre, une àme de héros et de poète, éperdùmcnl éprise de stratégie et de tactique, de batailles et de sièges.
Séguin, soldat par vocation, ne l'est pas par éducation, c'est un universitaire, licencié es lettres, candidat à l'école normale, pro-
(i) Sé^in, rentré en France à l'amnistie, donna des articles fort appréciés sur les questions militaires k divers journaux républicains. Il écrivait au Mot d'Ordre lorsque coinmeni^ la campagne de Tunisie. II demanda à suivre le corps expéditionnaire comme correspondant. Un jour ses correspondances très reman|uécs, n'arrivèrent pas. On ne tarda point ;\ apprendre que le malheureux journaliste avait été assassiné par un t'an.-iliqiic musulman, n quelipic^ mètres de la porte de Sfax, hors de laquelle il s'était aventuré pour aller au-devant d'une colonne franç,iise revenant d'expédition. L'e.x-sous-cbef de l'élal-major de la Commune a eu la mort d'un soldat, sous le drapeau tricolore.
fesseur libre, journaliste, rimeur. La Révolution, simplement parce qu'il s'est offert, en a fait un chef'irétat-major.
Ce singulier petit homme est nerveux en diable, et impérieux.
(Louis Barron. — Sous le drapeau roaçe, p. 19, éd. Savine.)
Ség'uin resta en fonctions quand Rossel remplaça Cluseret. Il Fendilles plus grands services à la défense.
L'Etat-Majorg-énéral comptait encore dans son effectif: Roselli-Mollet, directeur du génie, chargé de suivre le classement du matériel de l'artillerie ; le commandant Larue, détaché aux arsenaux et fonderies ; le colonel Meyer, organisateur des régiments de marche ; le colonel Gois, chargé de la justice militaire, puis président de la cour martiale.