‹ Histoire de la Commune de 1871Chapitre 92 sur 95 · I.E GOUVERNBUENT DE l'hÔTEL-DE-VILLS /{oI · texte numérisé non relu

I.E GOUVERNBUENT DE l'hÔTEL-DE-VILLS /{oI

eu que des emplois iiiilitaires.il n'y a pas eu de polonais dans les conseils de la Commune. Aucun d'eu.x n'a Ksçurc ni comme membre de la Commune, ni dans ses délégations aux divers ministères. Ils sont restés complètement étrangers au gouvernement et à l'administration de la Commune, à ses décrets et i ses délibérations, et constamment dans les forts, dans les tranchées^ aux remparts.

Ce plaidoyer est éloquent, et il est l'expression même de la Vi-rito. Non seulement il est certain qu'aucun polonais connu n'a tiaj'uré dans l'insurrection avec un rôle politique, mais il ost fort probable que la plupart des polonais militaires n'étaient ni des révolutionnaires socialistes, ni môme des libres-penseurs, à la façon des démocrates français. Les polonais ont une autre mentalité que la nôtre. Ils ont été, dans leur pays, des insurg-és, mais contre le Czar, contre la domination russe. C'étfiient des patriotes autonomistes, des rebelles si l'on veut, mais ils n'entendaient nullement constituer un gouvernement populaire. Leurs chefs étaient des grands seigneurs, passionnés, batailleurs et mécontents. il y avait aussi avec eux des hommes de professions libérales et des paysans aux sentiments analogues h. ceux de nos vendéens de 93,arméspourrestaurer le royaume de Pologne, tous respectueux de la hiérarchie sociale et animés d'un esprit religieux très vif. L'insurrection victorieuse eût rétabli l'ancienne nationalité polonaise, mais n'eût pas fondé une république démocratique et surtout socialiste. Les polonais qui combattircntsous les ordres de Dombrowski ou de Wrobleski n'aspiraient nullement à contribuer à l'établissement de la République communaliste en France. Ils espéraient surtout, si la Commune l'emportait, créera leur pays opprimé un appui solide à l'Occident, et trouver dans les républicains socialistes de l'Ouest des défenseurs, des alliés aux révoltés du Nord, pour le cas où la Pologne, ensevelie m a6

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dans la défaite, essaierait encore une fois de soulever la pierre de son tombeau. Ils se disaient, avec les illusions de patriotes toujours déçus, mais toujours croyant au miracle de la résurrection, que des secours leur viendraient de cette Commune triomphante en France et redoutée en Europe. Et alors ils suivaient avec enthousiasme les clairons de Dombrowski sonnant la charge. C'était pour eux la diane de la Patrie.

Et puis, tous, depuis l'obscur Trente-sous jusqu'au superbe général, ils aimaient par-dessus tout le combat. La poudre était l'alcool qui les saoulait le plus. Ils étaient de cette race chevaleresque et intrépide qui, durant tant de siècles, avait barré les routes de l'Europe aux invasions barbares, et dont Napoléon avait tiré les plus audacieux cavaliers de la Grande Armée. L'ombre glorieuse de Poniatowski semblait les commander sous le drapeau roug-e.

La Commune confia ses armées à deux vaillants polonais : Dombrovi'ski et Wrobleski, parce qu'ils étaient non seulement des braves,mais aussi des officiers très capables. La bonne volonté, le courage et le désir de vaincre ne suffisent pas à la guerre. Il faut aussi de l'expérience, l'habitude de manier des masses d'hommes et l'art de disposer ses forces, d'opposer, comme dans un duel, le fer au fer, de parer à temps, et de foncer à propos.

On aurait pu charger du commandement des français sans doute; il n'en manquait pas à Paris qui avaient pour eux le courage, mais presque tous manquaieutde la science professionnelle, n'étaient pas des militaires. Ces hommes, braves et bien doués, comme Eudes, n'avaient pas appris à l'école spéciale l'art des combats ni pratiqué ses principes sur le champ de bataille. Novices dans un métier difficile, dont la plupart n'avaient même pas fait l'apprentissage, mais quelques-uns furent vite exercés, presque tous étaient

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capables de se faire tuer, incapables de vaincre. L'armée de la Commune ne supporta point, sans récriminations, le choix de ces généraux polonais, bien qu'ils eussent pour eux la pratique et le savoir. Elle profita de leur expérience militaire, mais elle leur témoic^na plutôt de la méfiance, et souvent de l'ing-ratitude. Dombrowski, Wrobleski et d'autres sous leurs ordres furent peut-être, comme on l'a dit, des condottières, mais ils ne se battirent pas comme les mercenaires de la Renaissance, pour de l'arg-ent. Braves par-dessus tout, en servant la Commune ils étaient persuadés qu'ils servaient la cause du Peuple et de 1 humanité, et à celte cause ils sacrifiaient leur vie. Il n'y eut pas assez de ces polonais dans l'armée de la Commune.

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