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Histoire det elassei dangereuset de la société

voilà redevenus citoyens: vous (^los purifié*?/ mêlez-vous maintenant à ceux qui défendent la Commuue aux remparts. »

Au contingent déjà connu, il convient d'ajouter l'écume de l'Europe. En 1871, la fumée de la guerre avec l'Allemagne, excitant le besoin d'aventures, avait amené tout à coup dans la grande et malheureuse capitale, des représentants de toutes les races européennes. Tant que cela était de mode, ces volontaires s'étaient fort animés contre la Prusse. Après que la guerre civile eut succédé à la guerre étrangère, les souffrances de la patrie ne pouvaient les toucher comme nous-mêmes. Les utopies les intéressent bien plus que nos destinées. Aussi, dans la crise qu'a développée le 18 mars, leur adhésion fut-elle soudaine. Il y eut dans le Comité central des dthantillons d'Allemands, de Russes, d'Italiens; et, pendant la résistance militaire, l'armée de Versailles avait surtout en face d'elle des Polonais, des Russes, des Yalaques, des Piémontais, des Grecs, en un mot des aventuriers venus de tous les points du continent, formant un total de quinze à vingt mille hommes.

Pendant le siège prussien, Paris avait eu ses corps francs ; sous la Commune, il y eut aussi quelques corps spéciaux : celui qui s'intitula les Vengeurs de Flourens montra seul quelque fermeté au feu. Parmi les autres, il faut citer les Enfants du père Dtichesne^ les Zouaves de la Commune ^ et enfin les Pupilles de la République. Ces derniers étaient des enfants de quatorze à seize ans, la plupart sans famille, et que le besoin avait jetés dans la révolution.

11 fut également question de former des bataillons de femmes, bizarre souvenir des Vésuviennes de 1848. Les journaux de la Commune, surtout le Cri du Peuple, le Fengeur et le Père Duchesne^ excitaient Tardeur guerrière parmi le sexe faible. Une légion de citoyennes fut môme organisée, et Gambon, membre de la Commune, la mena à l'Hôtel de ville : nous nous rappellerons toujours avoir vu arriver ces amazones, drapeau rouge en tête I

Les bataillons des fédérés avaient tous, du reste, des cantinières portant en bandoulière d'un côté, le petit bidon

plein d'eau-de-vie, et de l'autre, le chassepoty dont quelquesunes se servaient volontiers au moment de l'action.

Composées de tels éléments, les troupes communales ne pouvaient être très-solides, mais elles faisaient illusion par le nombre. Il y avait lieu d'ailleurs de compter sur deux grandes causes de succès : Lyon, Marseille, Toulouse se soulevaient, la fièvre était partout; d'autre part l'armée de Versailles était à l'état embryonnaire, et quelques rassurantes que fussent les proclamations du pouvoir exécutif, elle renfermait tout au plus douze mille hommes dans lesquels on pût avoir confiance.

- La Commune, pleine de confiance, résolut donc de prendre l'offensive.

Le 30 mars, elle mit en marche soixante-dix mille gardes nationaux pourvus de huit jours de vivres.

Le 31, le mouvement de ses troupes se dessina et, pendant la journée du premier avril, diverses concentrations se manifestaient au nord-ouest et au sud de Paris.

Après s'être assuré qu'il n'y avait rien de sérieux dans une démonstration opérée par les insurgés vers GhÂtillon, le général Vinoy dirigea tous ses efforts sur la presqu'île de Genevilliers. On y signalait, en effet, la présence de bon nombre de fédérés qui, après avoir pris et barricadé le pont de Neuilly, s'étaient répandus dans Courbevoie et Puteaux et poussaient jusqu'à Nanterre et Rueil.

Le corps expéditionnaire de Versailles était formé de deux brigades d'infanterie : l'une, la brigade Daudel, de la division Faron ; l'autre, celle de Bernard de Seigneurens, de la division Bruat. Éclairé sur la gauche par la brigade de caviilerie de Galiflfet, de la division du Barrail , sur sa droite par deux escadrons de la garde républicaine, il se mit en marche le 2 avril, à six heures du matin.

Ce fut le Dimanche des Rameaux, le premier jour de la semaine où le Christ institua le grand mystère d'amour, que s'ouvrit entre Versailles et Paris la lutte fratricide !

Une colonne s'avançait par Ruell et Nanterre, l'autre par Vaucresson et Montretout. La jonction de ces deux détachements s'opéra sans encombre au rond-point des Bergères. C'est de là que les troupes partirent pour attaquer et enlever les positions barricadées de Courbevoie, défendues par quatre bataillons d'insurgés. En tête de la colonne marchaient les gendarmes. Leur conduite, pleine d'élan et de résolution, fit disparaître l'hésitation qui d'abord se manifestait parmi les soldats de la ligne. Aussi la caserne fut-elle bientôt prise par les régiments de marine, et la grande barricade céda-t-elle aux efforts du 113« de ligne. Le pont ne tarda pas à être dégagé, et les abords de Courbevoie furent entièrement abandonnés par lés fédérés. Le général Yinoy fit cesser le feu, et les troupes de Versailles regagnèrent leurs cantonnements, vers quatre heures de l'aprèsmidi.

Les bataillons de la Commune, qui avaient eu à soutenir le choc, étaient le 93* du faubourg Saint-Antoine, le 113« de Belleville et le 119« du Val-de-Grâce. Le 93«, qui occupait le pont de Neuilly, et dont les hommes pour la plupart n'étaient armés que du fusil à piston, eut beaucoup à souffrir de cette attaque, qui occasionna d'abord une véritable déroute. La retraite cependant put être couverte grâce à l'appui des 218*, 152" et 170* bataillons, qui occupaient diverses positions en dehors des remparts.

La première victime de cette horrible lutte avait été le docteur Pasquier, chirurgien en chef de la gendarmerie, qui s'était avancé en parlementaire et qui fut tué d'un coup de revolver par un garde national. Le premier sang est un appât terrible I Après celui-là des torrents allaient couler.

Cet échec, au début des opérations, irrita vivement la Commune. On dissimula cependant avec effronterie les intentions des généraux et leur déroute complète. Les journées du 2 et du 3 avril devinrent des faits d'armes où l'héroïque garde nationale avait repoussé les Yersaillais. — La modération de l'armée française dans sa poursuite des fédérés devint la preuve de sa défaite. Voici du reste la proclamation du Journal officiel de la Commune :

«Les conspirateurs royalistes ont attaqué. Malgré la modération de notre attitude, ils ont attaqué; ne pouvant plus compter sur l'armée française, ils ont attaqué avec les zouaves pontiGcaux et la police impériale....

« La commission executive^ « Signé : Bergeret, Eudes, Duval. »

Dans la soirée, on aflicha, pour rassurer les esprits, que tout allait bien et que « Bergeret lui-même était à Neuilly, » phrase bouffonne dont le public parisien s'est amusé longtemps, et qui jeta un peu de gaîté sur ces tristes jours.

La Commune ne fut pas dupe de cette comédie, elle sut ce qui s'était passé. Dans le conseil de guerre qui suivit réchauffourée, il fut décidé que, sans plus attendre, l'attaque décisive sur Versailles serait exécutée le lendemain au point du jour.

Les fédérés devaient être divisés en trois colonnes. La première, commandée par Bergeret, ferait sur la route de Rueil une importante démonstration. La seconde, sous les ordres de Duval, prendrait par le Bas-Meudon, Chaville et Viroflay. Le fort d'Ivry et la redoute des Moulineaux devaient la protéger de leurs feux. La troisième, conduite par Eudes, opérerait par la route de Clamart en traversant Vil lacoublay et Velizy. Ce corps s'appuierait sur le fortde Vanves. Donc l'objectif étant Versailles, le plan se résumait ainsi : diversion sur le mont Valérien ; attaque de front par Clamart; mouvement tournant par le Bas-Meudon.

Ce plan, on le voit, ne manquait pas d'audace; il pouvait avoir quelque chance de réussir s'il avait été mis à exécution par des chefs expérimentés, mais il fut suivi sans esprit d'ensenible, sans lien entre les diverses troupes, sans commandement sérieux, surtout sans discipline.

Les ordres une fois transmis, on vit de tous les quartiers de Paris les bataillons des gardes nationaux se diriger, en quelque sorte fiévreusement, vers les divers points qui leur avaient été assignés, les uns du côté des portes du sud, les autres sur le champ de Mars où 30,000 hommes se groupe-

reiit. Toutes ces troupes étaient accompagnées d'une artillerie assez nombreuse, présentant des pièces de tous les calibres et de toutes les provenances. Les pièces étaient traînées par des cheyauxd'œnnibus et conduites. par de très-jeunes gens, presque des enfants, souvent en blouse et en sabots. Quelques artilleurs suivaient, mais ils étaient en petit nombre. Rien de plus étrange d'ailleurs que l'aspect de ces bataillons où Tadolescent coudoyait le vieillard, tous dans des costumes et avec des armes d'une pittoresque variété. Le crayon de Callot bien mieux que celui de Charlet eût pu convenablement reproduire l'aspect de ces cohortes de la Commune, que suivaient de nombreuses tapissières et voitures de déménagement remplies de munitions et de vivres.

A minuit, la concentration du corps de Bergeret est terminée dans l'avenue de Neuilly et les rues adjacentes. A une heure du matfn, le lundi, un détachement envové en éclaireur vient annoncer que le rond-point de Courbevoie a été évacué, la veille, par les troupes de Versailles. Sept à huit bataillons, formant une colonne de 4000 hommes à peine, passent alors la Seine et vont se porter sur la position où, le 2 avril, les artilleurs marins avaient amené leur batterie. Déjà fatigués, accablés de sommeil, les fédérés se roulent tant bien que mal dans leurs couvertures et s'établissent sur le pavé de la place. Le reste du corps de Bergeret, constituant la réserve de l'aile droite, se range en bataille sur la rive opposée du fleuve, A quatre heures, le général^ assis dans une voiture décou verte, attelée de deux chevaux, traverse l'avenue de Neuilly, entouré de son état-major et précédé d'un turco lui servant d'ordonnance. En arrivant, il donne le signal de l'action. Les tambours battent, les clairons sonnent, les faisceaux sont rompus sur toute la ligne. Les 4000 hommes, désignés pour marcher les premiers, forment leurs rangs. La voiture de Bergeret vient se placer au centre. Douze canons sont rangés autour d'elle. Enfin l'ordre est donné, et lacolonne s'ébranle. Elle avance sur la route de Rueil en criant : « A Versailles! à Versailles !» A la sortie de Courbevoie, le mont Valérîen se dresse morne et sombre, et fait courir au sein des insurgés un frisson involontaire. On hésite, le pas se ralentit. Mais Ber-

fferel encourage ses liommeSy el dans les rangs, les chefs de bataillon, les officiers répètent ses exhortations.

a Rien à craindre mes amis ! crie le général. Le fort est occupé par les marins ; les marins sont pour le peuple. Le fort est donc à nous ! En avant et vive la Commune! »

Les fédérés, pleins de confiance, continuent à avancer, et la tète de la colonne arrive au-dessous de la forteresse, dont la route de Rueil n'est qu'à huit cents mètres environ. Il parait que l'armée de Versailles avait reçu ordre de prendre la fuite afin d'attirer les agresseurs. Durant toute la matinée, il n'y a eu que d'insignifiants engagements. A la nuit tombante l'action devient tout à coup plus chaude; à six heures et demie, quelques feux de peleton sont échangés entre l'avant^garde et les tirailleurs échelonnés sur la crête. Puis, on entend cinq ou six détonations lourdes et vibrantes. C'esi la redoute des Gibets, et, presque simulfanément, les bastions supérieurs du fort qui viennent de lâcher une première bordée de leurs grosses pièces. La terreur, une terreur inconsciente, irrésistible s'empare des fédérés. Quelquesuns, atteints par les obus, sont tués ou blessés grièvement. D'autres se jettent immédiatement à plat ventre. Le plus grand nombre stupéfait, affolé, est mis dans un complet désarroi.

Bientôt après, la masse des bataillons est disloquée par l'entrée en ligne des brigades Garnier, Dumont et Daudel, tandis que deux batteries de 12, de réserve, les canonnent vigoureusement. Devant ces trois attaques inopinées, l'armée de la Commune se débande. La retraite se change en déroute lorsque la division de cavalerie de Preuil menace de couper la route par laquelle il est possible de rentrer dans Paris. La plaine est jonchée de morts; un grand nombre de prisonniers tombent aux mains de la ligne.

Ce n'est pas sans nous sentir le cœur serré que nous racontons ces luttes fratricides rendues plus atroces encore par le degré d'acharnement et le caractère implacable qu'elles revêtaient.

Nous avons à rapporter ici un de ces épisodes * horribles qui ne se produisent qu'aux époques néfastes des guerres

civiles. Nous donnons le récit de Versailles qui n'enlève à cet événement rien de ce qu'il a de douloureux:

« Vers huit heures du matin, les fédérés qui occupaient la gare de Rueil se dirigèrent sur Chatou; mais le pont ayant été coupé, leur mouvement dut nécessairement s'interrompre. Quelques hommes seulement passèrent la Seine en bateau, annonçant que la troupe allait suivre. On ne sait pas au juste le but qu'ils poursuivaient; car, surpris parles escadrons de chasseurs qui descendaient de Saint-Germain, ils furent sur-le-champ passés par les armes% »

Nous allons flétrir bientôt les représailles exercées par la Commune, nous ne pouvons que déplorer l'exécution sommaire des prisonniers fédérés. Mais ce ne fut là qu'un fait isolé, depuis on ne fusilla plus que les soldais qui avaient déserté l'armée pour servir le gouvernement insurrectionnel.

Pendant que se passait ce sombre* drame, les autres gardes nationaux attendaient sur la rive opposée, irrésolus, sans vdirection. Tout à coup ils sont enveloppés et chargés par la gendarmerie à cheval. Une dispersion presque générale en résulte. L'un des chefs du mouvement, Flourens, abandonné par les siens, se réfugie avec son aide de camp Cypriani, dans la gare du chemin de fer. Il y est poursuivi par un gendarme. Flourens saisit son revolver et s'apprête à faire feu, lorsque le capitaine de gendarmerie, Dcsmarest, accouru au secours du soldat mfis en joue, fend d'un coup de sabre la tète du célèbre agitateur.

Ainsi finit cet homme étrange, dont il est difflcile de définir la personnalité, mais qu'on aime mieux croire égaré que pervers. « On est tenté, dit avec raison M. Jules Favre, d'être reconnaissant envers le sort qui lui a procuré la faveur d'un trépas militaire, et qui a fermé ses yeux au moment où ils se seraient ouverts sur tant de turpitudes et de crimes *. »

Pendant que le mouvement des fédérés échoue sur la route de Rueil, ils essayent un mouvement parallèle par Clamart et Meudon, sous la protection des forts du Sud. De ce côté le combat dure jusqu'au soir. Il provoque surtout

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