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ATTENTATS CONTRE J.A PROPRIETE, LA PATRIE, LA FAMILLL

Marche de la révolution. — Elle confisque la propriété au profit du prolétariat. *— Commencement de Torganisation du travail. — Le temps ne permet pas à la Commune d'appliquer sa doctrine. — Elle s'en dédommage par des spoliations et des réquisitions. — Le citoyen Fontaine nommé séquestre des biens meubles et immeubles des communautés religieuses. — Iniquité flagrante de cette mesure. — La patrie remplacée par la république universelle. — La famille considérée comme un antique préjugé.

En même temps que, par sa loi dite des otages etTindignc Iraitemeot qu'elle fait subir à ces innocentes victimes, la Commune de Paris essaye d'inaugurer la terreur, le Comité central fait appel aux passions les plus dangereuses : c'est la guerre sociale qu'il souffle. Le crime de complicité avec le Gouvernement de Versailles ;ie sera pas seulement imputé aux amis de la religion qui reconnaissent le pape comme le chef du catholicisme et Rome, la Ville éternelle, comme son centre; on accusera aussi de trahison tous ceux qui possèdent quelque chose, et que le Comité central désigne collectivement à la fureur des masses sous le nom « d'aristocratie d'argent «.

Il n'y a pas en effet de moyen plus sûr pour recruter des adhérents que d'opposer la pénurie des uns à la richesse des autres et de subordonner le bien-être général au nivellement des fortunes. On lève ainsi ces armées de misérables que les chefs des révolutions ont toujours trouvées prêtes pour le combat.

La Commune le savait bien; aussi telle a été sa marche :

par un premier décret elle a séparé TÉglise de l'État. Bientôt elle a biffé Dieu; et si l'Hôtel de ville avait eu de la logique et du courage, il aurait fait aux premiers jours ce qu'il a fait aux 24, 25, 26 et 27 mai, brûlé les églises et égorgé les prêtres.

Le second décret a proclamé la déchéance du pouvoir de Versailles et condamné à mort tout citoyen convaincu d'entretenir des relations avec lui. Pendant les deux mois qu'a duré la Commune, il ne s'est pas tenu de réunion publique où l'on n'ait autorisé l'assassinat par le poignard de M. Thiers ou de ses ministres.

Le troisième décret confisque la propriété au profil dii prolétariat sous trois formes diverses. — Une première décision libère les locataires de tous les termes dus, quels qu'en soient le nombre et l'importance. Les propriétaires doivent délivrer des quittances aux locataires, sans être autorisés à garder contre eux un recours quelconque. Cette loi de spoliation était évidemment excessive dans ses conséquences. Au lieu de se borner à discuter la cause d'une diminution notable, la Révolution du 18 mars fit peu de cas des charges des possesseurs. L'impôt, les réparations, l'assurance, l'hypothèque, le salaire des gardiens n'étaient rien pour elle. Mais au fond, le décret de la Commune n'offensaitpas toutes les notions de la justice. Quand Paris avait été investi par les Prussiens, plus de quatre cent mille habitants s'étaient enfuis en province ou à l'étranger, laissant au petit commerce, à l'employé, à l'artiste et au prolétaire le soin de protéger leurs immeubles; une part de sacrifice pouvait donc être exigée des propriétaires. Il y avait aussi pour eux dans cette loi de fer, qui leur était imposée, quelque chose comme une expiation. Depuis vingt années, à Paris du moins, la propriété a été tour à tour avare et inhumaine. Sur cent points différents dé la grande cité, elle a constamment surélevé le prix des locations et plusieurs fois imposé des clauses révoltantes pour la religion de la famille '. — Une seconde

i. « Nous ne voulons pas d*enfants, • faisaient dire beaucoup de propriétaires aui locataires qui se présentaient à la porte de leur maison..

décision autorise tous les débiteurs à difTérer pendant trois ans, sans intérêts^ le payement de leurs dettes. — Enfin le décret du 16 avril est encore plus radical; nous en donnons un peu plus loin la teneur.

La propriété devint, on le voit, le point de mire de la révolution. Mais il ne fut pas question de la supprimer, comme le demandaient les premiers communistes, cela eût été une imprudence, car les plus pauvres aspirent à devenir propriélaires, et ils ne se battent que pour réaliser cette ambition. Transformer la propriété aurait été plus habile, parce que sous une promesse vague on pouvait entendre la rectification d'un état de choses qui était dénoncé comme contraire à Tégalîté, à la justice et à Tiiîtérêt du plus grand nombre. Cependant cette rédaction a été encore perfectionnée : la Commune voulut universaliser la propriété. Elle pensait arriver à ce résultat par la suppression des privilèges et des monopoles, par la gratuité du crédit et par l'organisation du travail.

Le temps lui manqua pour tenter la réalisation de ces différentes réformes ; toutefois l'organisation du travail a reçu un commencement d'exécution. Un certain nombre de patrons ayant quitté leurs usines et Paris, où la sécurité et le ii'^vail leur faisaient défaut, la Commune rendit, le 16 avril, un décret par lequel les chambres syndicales ouvrières étaient convoquées « à l'effet de constituer une commission d'enquête chargée : 1* de dresser une statistique et un inventaire des ateliers abandonnés ; 2*» de présenter un rapport établissant les conditions pratiques de la prompte mise en exploitation de ces ateliers, non plus par les déserteurs qui les ont abandonnés , mais par l'association coopérative des ouvriers quijy étaient employés ; 3° d'élaborer un projet de constitution de ces associations coopératives ouvrières ; 4° de constituer un jury arbitral qui devra statuer, au retour des patrons, sur les conditions de la cession définitive des ateliers aux sociétés ouvrières et sur la quotité de l'indemnité qu'auront à payer les sociétés aux patrons. » Il convient de rendre cette justice à la Commune, qu'elle entendait non pas occuper gratuitement, mais exproprier pour cause d'utilité ouvrière les établissements demeurés en chômage;

Par quels fonds ou au moyen de quelles garanties les ouvriers auraient-ils payé le prix des ateliers? Le 27 avril, par un avis inséré au Joui'nal officiel , le syndicat des mécaniciens invita les autres corporations à choisir des délégués pour la commission d'enquête. «Travailleurs, disait-il, voici une des grandes occasions de nous constituer définitivement et de mettre en pratique nos études patientes et laborieuses de ces dernières années. » La coopération, ce remède souverain, allait donc être essayée en grand sous les auspices delà Commune; les ouvriers allaient devenir patrons : c'était la fin du prolétariat, Témancipation des travailleurs ! Les choses en restèrent là; pas plus que les anciens patrons , les ouvriers ne purent durant cette affreuse crise ni obtenir ni exécuter des commandes.

L'insurrection du 18 mars n'a pas eu le temps d'appliquer sa doctrine; mais elle s'en est 'dédommagée en portant plusieurs fois atteinte au principe de la propriété. Dans, ces cas, elle procédait ordinairement par voie de réquisition et de spoliation. C'était un moyen plus efficace et plus expéditif pour remplir ses caisses vides. G!est que la question d'argent était devenue le point critique de la nouvelle révolution; il lui fallait satisfaire l'appétit désordonné des masses et en môme temps équilibrer son budget.

La Commune avait cependant à sa disposition les encaisses des grands services publics, elle avait accaparé toutes, les branches des finances, des postes, de l'octroi, des.tabacs, de Fentrepôt des vins, des impôts, etc., etc., sans remplacer aucun des produits tels que les tabacs dont le prix était

consommé en entier. Mais toutes ces ressources ne lui suffirent pas, bien qu'elle négligeât la plupart des services municipaux proprement dits, bien qu'elle n'eût alloué qu'un crédit de mille francs au ministère de l'instruction publique. Dans les quarante premiers jours de son règne, le chapitre (lé la guerre s'éleva au chiffre énorme de vingt millions ! Forcée de recourir à d'autres expédients, la Commune ne recula pas devant les réquisitions, le vol à main armée, la spoliation légale. Elle préleva près de neuf cent mille francs sur les chemins de fer; elle taxa chèrement toutes les grau-

(les iostitutions de crédit qu'elle obligea môme, comme la compagnie générale des chèques, de laisser attester par VOfficiel (avec défense de protester contre ce mensonge) qu'on avait levé les scellés d'abord mis sur leurs caisses et leurs valeurs, sans rien prélever. La Banque de France dut se racheter cinq fois. Les quatre premières contributions s'élevèrent à sept millions et demi; la dernière devait aller jusqu'à dix, mais il lui lut accordé de se libérer à raison de quatre cent mille francs par jour; et l'armée de Versailles étant survenue, la Banque en fut quitte pour environ trois millions seulement. La compagnie du gaz qui, taxée à cent quatre-vingt-trois mille francs, avait commencé à payer, se ravisa et rentra adroitement en possession de son argenl. « Si vous emportez ma caisse, dit-elle, je ne pourrai plus payer mes ouvriers. » L'Hôtel de ville n'osa point passer . outre et, pour cette unique fois, rendit l'argent volé î

Le 2 avril, les visites domiciliaires se multiplient. Dans le quartier de l'Elysée entre autres, des perquisitions de jour et de nuit sont faites dans toutes les maisons pour trouver des chevaux et des armes*. Bientôt leur caractère s'accentue; c'est aux valeurs et aux caisses quon s'attaque. Le général Brunel est spécialement chargé «de. délivrer, au besoin par la force, les caisses cernées par les ennemis de l'ordre démocratique et social'» La caisse centrale des halles est Violée ainsi que celle de l'hospice du Val-de-Grâce. On s'empare en môme temps de cent cinquante mille francs laissés pour les besoins urgents dans la caisse de l'Assistance publique. — La halle aux cuirs est mise sous séquestre et ses marchandises réquisitionnées. — L'administration des pompes funèbres, qui est cependant une compagnie parr ticulière, est envahie par les gardes nationaux du Comité, et l'Hôtel de ville y place un délégué avec la mission de recevoir toutes les sommes versées pour les convois. II va même jusqu'à exiger de quelques pauvres cures des sommes considérables, repi^éscnlant le prix du loyer qu'il prétendait ôtre dû à la municipalité pour l'occupation des édifices re-

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