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ANTI-COMMUNEUX. — LES FEUILLES

Physionomie de Paris après le 18 mars. — Taclique habile des hommes de rflôtel-de-Villc envers la presse. — Hostilité persistante que lui témoignent, malgré leurs avances, les journaux de toutes les nuances. — Menaces de la Commune. — Arrêtés, pris contre la presse. — Dénonciations incessantes des feuilles dévouées à l'insurrection. — Heniy Vrignault. — Suppression du Figaro, du Gaulois, de la Commune, de VÉcho de Paru, de VIndépendance française, de VAvenir national, de la Patrie, du Pirate, du Républicain, de la Revue des Deux Mondes, de VEcho de Ultramar, de la Justice, du Journal de Paris, du National grand et petit, de la Politique, du Temps, du Siècle, clc. — Les Journaux de la Commune.

Ce que poursuivaient en réalité les maîtres de Paris, dans cet anéantissement de toute liberté et de toute propriété, c'était le règne de leur doniination absolue, rasservissemeifl de la grande ville. Ils eurent lieu d'être satisfaits.

Voici le tableau que M. Jules Rouquette a fait de la capitale, après le 18 mars :

« La vie semble s'arrêter tout à coup : Paris est connue frappé de paralysie. La Bourse cote à peine les valeurs; les cafés se ferment, les ateliers chôment, la population fuit de toutes parts. On avait eu la famine, on a la disette ; les halles n'ouvrent que trois fois par semaine. Pendant le premier siège, on était réduit à la portion congrue; sous la

Commune, Paris fut mis au pain dur : le 20 avril, en effet, un décret de THôtel de ville interdisait le travail de nuit dans les boulangeries. Cette mesure absurde, du.e à TAllemand Léo Frankel, suscita les plus vives réclamations. Certains ouvriers boulangers eux-mêmes hésitaient à s'y soumettre, el il en résulta des rixes devant plusieurs boulangeries. L'impopularité de ce décret était telle que, quelques jours avant sa chute, aQn sans doute de se concilier les ménagères, la Commune dut rendre la liberté au travail.

« Les relations postales .et télégraphiques étaient complètement interrompues. Plus de nouvelles de la province. Les lettres de ceux qui vous étaient chers étaient arrêtées et centralisées à Versailles : ce n'est qu'à la fin de mai qu'elles furent enfin distribuées. Pour atténuer le mal, des agences particulières s'étaient établies à Paris et se chargeaient à grands frais du transport des correspondances. On semblait revenu aux premiers âges du service postal. Le plus souvent, ceux qui, en raison de leur âge, pouvaient sortir de Paris, étaient obligés d'aller, soit à Charenton, soit à Saint- Denis, déposer eux-mêmes ou recevoir leur courrier; bien heureux encore lorsqu'on n'avait pas été arrêté ou fouillé par les gardes nationaux postés à toutes les gares, et qui prenaient plaisir à visiter les voyageurs et leurs bagages, retenant scrupuleusement ce qui était vivres ou valeurs d'or el d'argent»

^ Avec ses usines muettes, les étrangers absents, sans mouvement d*affaires enfin, Paris, on peut le dire, agonisait. C'était la misère en perspective, et c'est elle qui avait donné à la Commune la plupart de ses recrues. Les théâtres étaient fermés; à peine si deux ou trois scènes ouvraient leurs portes â un public clair-semé. Sans doute dans le but d'égayer un peu cette nécropole, la Commune avait imaginé* d'instituer des concerts aux Tuileries, où Ton était admis moyennant un franc par personne; de sorte que le jardin se trouvait, de fait, interdit à la majorité des citoyens; car, à ces heures de détresse profonde, beaucoup devaient s'interdire de distraire la moindre somme de leur travail journalier^

(c Tout^ travail et tout plaisir étalent donc suspendus; les ildneurs, les badauds suivaient d'un œil mélancolique rhorrible duel qui se livrait entre Paris et Versailles. Le bombardement du Point-du-Jour et de TArc-de-Triomphe intéressait cette race de désœuvrés ; aussi les Ghamps-Ëlysées, les bords de la Seine, du côté d'Auteuil et de f assy, étaient-ils encombrés de spectateurs. Quelques étrangers, armés de jumelles, de lorgnettes, de longues-vues, suivaient du pont de Grenelle les échanges de boulets et d'obus qui se faisaient entre la flottille de la Commune embossée sous le viaduc, et les batteries versaillaises de Meudon, de Hontretout, de Chatillon^ »

Quelle fut alors l'attitude de ces intrépides publicistes qui s'étaient déjà montrés si courageux et si dignes au lendemain du 18 mars? L'accord établi & ce momedt entre ies journaux de toutes nuances se maintint quanta l'opposition au pouvoir insurrectionnel. Il y eut bien, au point de vue du droit pur et des convenances'de la situation, quelques regrettables défaillances. Un certain nombre de journaux, surtout dans la presse républicaine, ne surent pas s'abstenir de critiques inopportunes à l'égard des pouvoirs légau\ qui étaient le dernier boulevard de la société menacée, ni de comparaisons imprudentes entre leurs actes et ceux de la Commune, qui sembfait mise sur la môme ligne que le Gouvernement de Versailles. Mais les attaques des journalistes qui commirent celte faute n'en étaient que plus désagréables aux hommes de l'Hôtel de ville et à leurs adhérents. L'idée de ces derniers était de faire croire qu'ils n'avaient d'adversaires que dans les partis monarchiques. Celte tacliquc uc pouvait être plus sûrement déjouée que par Thostililé persistante des écrivains aussi opposés qu'eux à toute tentative de restauration, aussi peu suspects de partialité pour la majorité royalislc de l'Assemblée nationale. Ces journaux

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