Histoire des événements de 1870- 1B
se farsaierft lire d'une foule de républicains dont l'exaltation inclinait vers l'insurrection; ils les retenaient sur cette pente, moins encore en flétrissant les excès de la Commune qu'en mettant à néant les récits mensongers dont elle abusait singuSèrement pour entretenir les illusions de ses défenseurs. Une telle altitude ne pouvait que les exposer plus spécialement encore aux persécutions dirigées contre la presse.
Cependant, la liberté de manifester sa pensée avait été proclamée bien haut dès le début de l'insurrection :
«Les autorités républicaines de la capitale, disait l'O/"/?ciel des premiers jours, veulent faire respecter la liberté de la presse, ainsi que toutes les autres ; elles espèrent que tous les journaux comprendront que le premier de leurs devoirs est le respect dû & la république, & la vérité, & la justice ot au droit qui sont placés sous la sauvegarde de tous. »
Mais bientôt les défenseurs de la liberté d'écrire se plaignaient ainsi de l'attitude des organes de l'opinion publique :
« La presse réactionnaire a recours au mensonge et & la calomnie pour jeter la déconsidération sur les patriotes qui ont fait triompher les droits du peuple. Nous ne pouvons pas attenter à la liberté de la presse ; seulement, le Gouvernement de Versailles ayant suspendu le cours ordinaire des tribunaux, nous prévenons les écrivains de mauvaise foi, auxquels seraient applicables en temps ordinaire les lois de droit commun sur la calomnie et l'outrage, qu'ils seront immédiatement déférés au Comité central de la garde nationale, »
Cette menace était déjà une variante de Tancienne formule: la mort sans phrases. Néanmoins la presse de Paris la commenta sans sourciller et fit voir que procéder par la terreur, c'était réhabiliter et faire regretter l'empire. En effet, l'empire avertissait un journal; il frappait d'amendes, il emprisonnait, il supprimait, il ne menaçait pas d'une justice sommaire et de la mort. Au lieu donc de désarmer les écrivains et de les intimider, le langage de la Commune provoqua une opposition plus vive encore.
C'est une justice à leur rendre, au moment où tout cédait, les journalistes persistèrent & relever la tète, et cela malgré toutes les dénonciations et les recherches dont ils étaient Tobjet. Ce sont les écrivains de la presse conservatrice qui, jusqu'au dernier moment, ont engagé les bataillons de Tordre à demeurer dans leurs quartiers; ce sont eux qui ont encouragé la résistance non interrompue, blâmé la fuite, rallié les francs-fileurs et surtout désapprouvé les élections. En vain la Commune publiait la note suivante : « La Commune, considérant qu'il est impossible de tolérer dans Paris assiégé des journaux qui prêchçnt ouvertement la guerre civile, donnent des renseignements militaires à l'ennemi et propagent la calomnie contre les défenseurs de la République, a arrêté la suppression des journaux*.... » les publicistes n'en persistèrent pas moins à braver et à interpeller leurs nouveaux maîtres.
Nous ne pouvons rapporter le texte de tous les arrêtés qui furent pris contre la presse, ils sont trop nombreux. Les hommes du 18 mars qui avaient passé leur vie à attaquer, à injurier, à calomnier tous les pouvoirs ne pouvaient supporter qu'on discutât leurs actes. La moindre contradiction leur arrachait des cris de paon. Les citoyens LuUier, Cournet, Rigault, Ferré se signalèrent surtout dans cette guerre aux journaux. Après en avoir supprimé un grand nombre, ils arrêtèrent les journalistes ou les traquèrent, mirent les imprimeries sous les scellés et firent lacérer ou brûler publiquement les numéros de différentes feuilles! Ce fut à leur instigation que parut le décret suivant que nous publions dans son entier, comme une pièce à conserver 5 il allait audevant des nouveaux contradicteurs en défendant qu'on créât d'autres journaux.
« Art. 1". Les journaux la Commune^ VÈcho deParis^Vhvdépendance française^ VAv&nir national, la Patrie, le Pirate^ le R^blicain, la Revue des Deuœ^Mondes, VÉcho de Ultras mar, et la Juèlice sont et demeurent supprimés^
1. Les premiers atteints furent le Figaro et le Gauloit dont iayerdeur mordante incommodait viTement les coryphées du Comité central.
n. RÉGNE DE LÀ COMMUNE. 323
ce Art. 2. Aucun nouveau journal ou écrit périodique ne pourra paraître avant la fin de la guerre.
« Art. 3. Tous les articles devront être signés par leurs aateurs.
« Art. 4^ Les attaques contre la République et la Commune seront déférées & la cour martiale.
a Art. 5. Les imprimeurs contrevenants seront poursuivis comme complices, et leurs presses mises sous scellés. - «Art. 6. Le présent arrêté sera immédiatement signifié aux journaux supprimés par les soins du citoyen Le Moussu, commissaire civil délégué & cet efTet.
« Art. 7. La sûreté générale est chargée de veiller à Texécution du présent arrêté.
« Hôtel de ville, le 28 floréal an 79.
« Le Comité de salut pvAlic :
ce Ant. Arnaud, E.Eudes, Billioray, F. 6ambon,G. Ranvibb. »
Les feuilles dévouées à la Commune, et appartenant presque toutes & ses membres, ne suspendirent pas un instant leurs dénonciations contre les autres journaux, et ne cessèrent d'en réclamer la suppression jusqu'à ce qu'il n'en restât plus un seul. Le 3 avril, Lissagaray inaugurait son premier numéro de Y Action par cet article : « Nous demandons la suppression sans phrases de tous les journaux hostiles à la Commune. Paris est en élat de siège réel. Les Prussiens de Paris ne doivgnt pas avoir de centre de ralliement, et ceux de Versailles des informations sur nos mouvements militaires. » M. Lissagaray appelait Prussiens de Paris des collègues qui s'étaient vaillamment battus pendant le siège, tandis que lui, général improvisé,^organisait en province, où il s'était rendu avant le blocus, des camps fantaisistes.
Le Cri du Peuple de Jules Vallès, dont les bureaux donnaient sur le môme galier que ceux du Messager de Paris^ dénonça ce journal en termes si violents que le rédacteur en chef, Eugène Rolland, dut recourir à des exjjédients pour se soustraire aux brigands qui l'eussent fusillé. Son gendre, Edouard Hervé, l'un des hommes les plus sympathiques e\
les plus éminents de la presse parisienne, faillit èlre arrêté à sa place; et le rédacteur principal du Messager^ Henri Duquiës, emmené par provision, ne dut son élargissement qu'à de puissantes et nombreuses sollicitations.
Qui ne se souvient des diatribes violentes da Père Duchesncy dont l'écho était immédiat à THôtel.de ville? C'est par la motion des auteurs de celte feuille que fut incarcéré Gustave Chaudey, rédacteur du Siècle^ coupable d'avoir présidé à la défense de l'Hôtel de ville le 22 janvier.
Ce fut surtout contre le jeune et courageux directeur du Bien public^ Henri Yrignault, qu'éclata l'exaspération des bandits de la Commune. Traqué dans sa retraite avec son frère Charles et ses collaborateurs, qui jouèrent vingt fois leur vie dans cette chasse & l'homme, il ne cessait de mitrailler l'Hôtel de ville des vérités les plus dures.
oc 11 faut parler, disait-il, et les tempéraments ne sont plus de mise. Vous avez voulu régner à Paris, messieurs de la Commune, soit, régnez ; vous êtes les plus forts, vous avez admirablement organisé vos troupes pour dominer Paris, sinon pour vaincre la France ; vous avez, avec une patience et une vigueur remarquables, cassé tous les l'essorts sociaux, politiques, administratifs. Rien ne vous résiste que quel- (|ues hommes qui parlent et quelques femmes qui prient : vous êtes les maîtres.
« Vous pouvez tout d'un mot, d'un geste; vous avez* une garde prétorienne docile ; nos biens, notre vie sont entre vos mains. Les lois n'existent plus, vous les avez annulées; et, quand un acte vous platt, vous savez faire après coup un acte qui le légitime.
« Vous êtes la force, vous êtes l'arbitraire.
« Vous avez été plus loin. Vous avez pénétré dans les consciences par les tortures. Vous dites à la femme : « Tu ne prieras pas. » Vous dites au prêtre : « Tu ne pratiqueras pas ton culte. » Vous dites au mort : a Tu ne seras pas enterré selon ta foi. » Vous dites à l'enfant : « Tu oublieras la prière que tu as apprise de fa mère. »
< Vous avez roulé sur la pente qui entraîne toutes les forces illégales et arbitraires ; vous êtes l'inquisition. Vous
ne touchez pas seulement à la croyance des chrétiens; vous violez les convictions des citoyens. Vous forcez les hommes à se battre contre leurs opinions. Vous imposez la vôtre. Vous prenez des soldats et vous en faites, par menaces, des traîtres à leur drapeau. Vous jetez le frère, — qui le sait, — contre un frère armé pour la France ; vous avez trahi la patrie ; vous voulez avoir des complices, encore et encore des complices.
« Voilà votre œuvre, maîtres; elle est mauvaise. Vous régnez, mais quel est votre peuple ?
Ci Vous le savez : quelques exaltés convaincus ; beaucoup de coquins avides ; une foule d'égarés qui ne savent rien, parce que vous ne leur dites rien ; c'est l'entourage cela ; ce sont vos hommes, voire armée, vos croyants. Le reste, c'està-dire tout, ou peu s'en faut, c'est nous ; ce sont les citoyens qui sortent à peine, ces femmes, ces enfants qui restent enfermés au logis, ces négociants dont le comptoir est vide, ces marchands dont la boutique n'ouvre plus, ces usiniers dont les outils sont muets, ces savants, ces artistes, ces laborieux de tous les âges qui se sont arrêtés dans leur œuvre, parce que vous avez voulu que tout s'arrêtâl, enfants terribles qui avez tué votre bête, et, stupéfaits, la poussez du pied en disant : .marche :
<c Elle ne marche' pas ; elle est morte, ou plutôt, elle va mourir.
ce César populaire, qui trônes à l'Hôtel de ville, sais-tu que la misère est dans toutes les maisons ? Sais-tu que les neuf dixièmes des magasins de Paris ne peuvent plus ouvrir ? Sais-tu que chaque jour passé ainsi représente des millions de pertes irréparables? Sais-tu que les marchés sont vides? Sais-tu que les abattoirs sont déserts? Sais-tu que les boucheries sont fermées ? Sais-tu que les queues recommencent aux portes des seuls magasins qui travaillent encore, ceuxoù Ton vend de quoi manger? Sais-tu que les restaurants n'ont plus de vivres? Sais- tu que les communications sont fermées partout, que Paris va avoir faim? Sais-tu cela. César communal? et si tu le sais, que fais-tu pour l'empêcher?
« Tu as pris le pouvoir, tu nous as pris notre drapeau, tu
nous as pris la liberté, le droit d'aller et de venir, ic droit de parler, le droit de nous réunir, le droit de sauver la patrie, le droit de prier : tu dois en échange du pain.
« Les Césars de Rome, qui étaient des tyrans sinistres, donnaient au peuple le pain et les jeux. Tes jeux à toi sont les batailles fratricides ; cefa vaut bien le cirque, mais le pain?
a César, qu'as-lu fait pour nourrir ton peuple ? cela est très-bien de discuter des lois des suspects, de fouiller les maisons pour y chercher des armes ; mais la faim I
« Nous savons; on fouillera les buffets des riches, les caves des riches ; c'est la ressource suprême. Pauvre ressource ! les buffets sont vides ; le siège a passé par là. Quant aux caves, il y reste à peine assez pour désaltérer la patrouille qui aura fouillé. Perquisitions faites, il n'y aura rien de plus à Paris que quelques gardes ivres de plus. »
En vain le Bien 'public était supprimé, il reparaissait successivement sous les titres de la Paix^ de Y Anonyme et du Républicain. Il ne cessa de combattre que lorsque la publication de tout nouveau journal fut rigoureusement interdite sous peine d'être déféré à une cour martiale; mais son énergique rédacteur en chef ne se découragea pas. Quand il fut obligé de déposer la plume, il se tint prêt à reprendre son fusil; il fut un des premiers parmi les gardes nationaux qui se rallièrent aux troupes; il était auprès du commandant Durouchoux lorsque celui-ci fut tué, et il fut lui-môme atteint d'une balle.
La Marne, supprimée le 5 mai, reparut aussi avec la signature de son vaillant rédacteur en chef, E. Masseray, sous le titre du Spectateur; il fut arrêté au troisième numéro.
Le Journal de Paris, qui put se maintenir jusqu'à la dernière quinzaine du règne de la Commune, malgré la vigueur de sa polémique, essaya vainement de devenir YÉcho du soir; après son troisième ou quatrième numéro, il vit envahir et saccager ses ateliers.
Le National , grand et petit format , dont la modération avait même été prise pour de la connivence, ne fut pas épargné. Vainement -il essaya de prendre successivement
les titres de Journal populaire^ de Corsaire^ de Pirate, ces trois feuilles furent supprimées dès leurs premiers numéros.
La Politique^ journal tout récemment créé, fut supprimé, & son apparition, et ne put vivre davantage sous le titre de Discussion,
Les rédacteurs du Temps substituèrent à ce nom le Bulle-* tin du jour^ qui fut bientôt supprimé.
Rochefort lui-même, si peu soucieux cependant de sa dignité dans la Lanterne ou la Marseillaise^ jugea intolérable la situation faite à la presse. A la date du 20 mai, alors qu'il projetait de quitter la partie, il annonça en ces termes qu'il cessait la publication du Mot d'ordre :
« Monsieur le Rédacteur,
« Je vous serai vraiment obligé si vous voulez bien annoncer à vos lecteurs, qu'en présence de la situation faite à la presse, le Mot d'ordre croit de sa dignité de cesser de paraître.
« Salut fraternel.
« Henri Rochefort. »
Ainsi firent la Presse, le Journal des villes et des camporgnes, qui suspendirent d'eux-mêmes leur publication.
Cette guerre aux journaux se pratiquait avec l'arbitraire le pius absolu. Le texte de tous les arrêtés n'était pas même à V Officiel) on insérait ou l'on n'insérait pas, suivant le caprice du tyran. Parfois la notification n'avait que deux lignes, comme celle-ci :
a Le délégué à la sûreté générale, à la requête du procureur de la Commune, arrête :
« Le journal le Siècle est et demeure supprimé. »
D'autres fois elle revêtait une forme politique et philosophique, comme les considérants qui motivaient la suppression de la France et de six autres journaux, à la date du 6 mai, sous la signature de Cournet :
« Le membre de la Commuue, délégué à la sûreté générale :
« Considérant que, pendant la durée de la guerre et aussi
longlenips que la Commune aura a combattre les bandes de Versailles qui Tassiégent et répandent le sang des citoyens, il n'est pas possible de tolérer les manœuvres coupables des auxiliaires de l'ennemi;
Considérant qu'au nombre de ces manœuvres on doit placer en première ligne les attaques calomnieuses dirigées par certains journaux contre la population de Paris et la Commune, et, bien que Tune et l'autre soient au-dessus de pareilles attaques, celles-ci n'en sont* pas moins une insulte permanente au courage, au dévouement et au patriotisme de nos concitoyens ; qu'il serait contraire à la moralité publique de laisser continuellement déverser par ces journaux la diffamation et l'outrage sur les défenseurs de nos droits, qui versent leur sang pour sauvegarder les libertés de la Commune et de la France;
Considérant que le gouvernement de fait qui siège à Versailles interdit dans toutes les parties de la France, qu'il trompe, la publication et la distribution des feuilles qui défendent les principes de la révolution représentés par la Commune, etc., etc. »
Le Moussu, le même commissaire que nous avons vu présider aux perquisitions dans les églises et à l'arrestation des prêtres, était chargé ordinairement d'exécuter les journaux. Il y avait droit par son instruction, qui le mettait naturellement en rapport avec ce qui était intelligent et éclairé. Voici le texte curieux de l'arrêté notifié en son nom à la Patrie :
— Paris, 19 mai 1S71
Cabinet du Commissaire de Pouce
a Nous, commissaire des délégués au Comité de salut public : conformément au décret de ce jour, notifions aux imprimeurs et rédacteurs du journal la Patrie la suppression de ladite feuille, ainsi que l'article deiime (sic), défendent la création de tous nouveaux journal.
« Pour le citoyen le Moussu,
« Le Secrétaire: (Signature illisible.) »
Quand Le Moussu s'occupail d'arrêter un prêlre ou de dé*valiser une église, il était dignement suppléé tomn)e persécuteur de la presse par un peintre excellent dans le genre obscène, le caricaturiste Pilotell. Comme le Moussu, il fut commissaire et délégué. Il en profita pour s'acquitter d'une singulière façon envers M. Polo, directeur de VÉclipse^ à qui il devait, à titre d'avance, une forte somme. Sans le moindre scrupule de reconnaissance, il envahit le domicile de son créancier, lui notifia l'interdiction de son journal et l'emmena en prison, après avoir eu le soin de prendre tout l'argent qu'il trouva au domicile de M. Polo. La victime n'était coupable que d'avoir fait parvenir à Versailles des journaux qui s'imprimaient rue du Croissant. L'esclandre fût tel que le rédacteur de VÉclipse obtint son élargissement, et que VOfficiel annonça la mise en disponibilité du citoyen Pilotell « pour des négUgences de formes qui n'entachent en rien l'honorabilité de ce citoyen ».
Nous ne saurions entrer plus avant dans ledétail de toutes ces immolations ; nous devons nous borner à la liste du martyrologe des journaux tués par le gouvernement dont le libéralisme devait étonner le monde. Il avait la conscience de son impuissance et savait bien que la légitimité de son pouvoir n'aurait pas résisté à quelques heures de discussion sérieuse et libre :
Mais si jamais la manifestation de la pensée n'a été moins libre que sous le règne de la Commune, si jamais la presse n'a été soumise à plus d'arbitraire et exposée à plus de persécutions, c'est aussi parce que la plupart des journalistes qui siégeaient & l'Hôtel de ville voulaient créer un monopole à leur profit. Le Vengeur, le Cri du peuple, etc., purent se vendre ainsi à un chiffre considérable et créer à leurs propriétaires des ressources qui, la veille de la défaite, leur ont permis de gagner prudemment l'étranger.'
Il est indispensable, pour bien connaître Tesprit de cette époque, de donner la physionomie des journaux qu'elle vit naître
L'Officiel de la Commune fut confié à Longuet, qui y fit une véritable révolution. Jusqu'alors cette feuille avait affecté un air solennel, Longuet y introduisit un élément tout français : le calembour.
<£ On assure, écrivait-il, que le gouvernement rural aurait reçu d'Algérie une dépêche annonçant que le général Lallemand se serait rendu maître du soulèvement. Si les Prussiens consentaient à obéir au gouvernement susdit, l'Allemand serait maître partout. Très-joli le mot.... (Tordre [non réactionnaire).
« Les huissiers vont être forcés, pour vivre, de se porter & la députation dans nos campagnes. Leurs études étaient closes... Les petits vieux de Versailles votent la loi sur les échéances, et les protêts, dénonciations, saisies, etc., etc., plcuvent... La Commune annule tout cela! On nous assure que les huissiers vont former un bataillon qui marchera sur Versailles... pour protester, naturellement! Parlant à sa personne ou à un tiers à son service.
« La vérité est parfois bonne à dire :
Mercredi, le conseil, en séance à Versailles, Reçut la discussion de Thomme des batailles. La Chambre s'en émeut, Thiers en est affecté. Le Flô, qui rapporta, recule épouvanté. »
Cette rédaction tintamarresque n'était pas le seul côté curieux de l'organe officiel de la Commune. Longuet s'était constitué Tépurateur et le polisseur des discours et des comptes-rendus des séances de l'Hôtel de ville; il écourtait, modifiait, altérait selon son bon plaisir.
Le Cri du peuple^ de Jules Vallès, un des journaux supprimés par le général Vinoy, reparut §ous la Commune et eut un immense succès. Il avait pour rédacteurs Pierre Denis et
n. RÉGNE DE LA COMMUNE. 331
Rogeard, deux écrivains de talent. C'est le Cri du peuple qui annonça le premier que Paris serait brûlé : « Si vous êtes chimiste, monsieur Thiers, etc. »
La Montagne^ de Gustave Maroteau, a été fatale à son rédacteur; on peut dire qu'elle a été pour lui son Calvaire. Voici un spécimen de la polémique de ce journal :
«^ Quand ils sont à bout de mensonges et de calomnies, quand leur langue pend, pour se remettre ils se trempent le nez dans l'écume du verre de sang de Mlle de Sombreuil; ils sortent de sa tombe le général Bréa, agitent le suaire de Clément Thomas. Assez! vous parlez de vos morts; mais comptez donc les nôtres! Compère Favre, retrousse ta jupe pour ne pas la franger de rouge et entre, si tu l'oses, dans le chemin de la Révolution. Les tas sont gros. Voici Prairial et Thermidor; voici Saint-Merry, Transnonain, Tiquetonne! Que de dates inf&mes, et que de noms maudits! Et sans remonter si haut, sans fouiller les cendres des ans passés, qui donc a tué hier, et qui donc a tué aujourd'hui? Qui donc a battu le rappel en Vendée, lancé sur Paris la Bretagne? Qui donc a mitraillé au vol un essaim de fillettes à Ncuilly?' — Maudits!... — Mais aujourd'hui c'est la victoire, et non la bataille, qui marche derrière le drapeau rouge. La ville entière s'est levée au son des trompettes ; nous allons, vautours, aller vous prendre dans votre nid, vous apporter tout clignotants à la lumière. La Commune vous met ce matin en accusation ; vous serez jugés et condamnés, il le faut! Heindrich, passe ton couperet sur la pierre noire. »
Nous trouvons dans les papiers de Rossel une curieuse appréciation sur le Mot d'ordre^ qui a poussé à la destruction de la colonne Vendôme, à la démolition et au pillage de la maison de M. Thiers, au pillage des églises : « Le Mot d'ordre, dit-il, était un puissant journal de lutte. Rochefort y prodiguait cet esprit acerbe, ces mots à Temporte-pièce, cette verve qui donne au sens commun la tournure du paradoxe, au paradoxe l'apparence du sens commun, qui fait de lui le premier des polémistes de nos journaux. Lui aussi était serviteur de la Révolution, et ennemi de la Commune. »
Le Père Ducheene^ rédigé par Vermesch, A. Humbert et
Viiillaume, a eu une influence détestable sur les décisions de la Commune. Celle feuille, écrite en un style grossier, avait emprunté à Hébert, Fécrivain trivial et vénal de la première Révolution, sa manière immonde de traiter la politique. Rossel a laissé les réflexions suivantes sur le Père Duchesne et quelques autres journaux de la Commune : « Le Pèi^e Duchesne, et le Cri du Peuple, de Jules Vallès, étaient les journaux les plus répandus de la révolution parisienne. Le Mot (Tordre était le meilleur journal. VAvanl-garde était aux Jacobins qui ont dirigé et pendu la Révolution. Rocheforl, lé Père Duchesne, étaient au contraire les adversaires de ce parti. Les ordures dont le Père Duchesne parait sa marchandise pour affriander le jpublic, étaient un simple horsd'œuvre.
« Les Français ont toujours aimé à trouver un peu gras les bords de la coupe où ils boivent la vérité. Pourquoi le procédé qui réussit à Rabelais contre les papegaux, à Voltaire contre les cagots, serait-il devenu mauvais contre les cuistres de nos jours? » Malgré l'opinion de Rossel, nous croyons que c'est insulter le peuple, que de penser lui plaire en lui parlant un langage grossier.
Les lignes qui suivent sufflront pour donner une idée du style du Père Duchesne :
a C'est la première fois que le Père Duchesiie fait un postscriptum à ses articles bougrement patriotiques. Mais foutre de foutre! c'est aussi que jamais le Père Duchesne n'aura élé si joyeux I Oui, nom de nom! comme les affaires de la Sociale vont bien! et comme les jean-foutres de Versailles sont foutus plus que jamais ! Etsavez-vous pourquoi le Père Duchesne est si content, bien qu'il y ait une centaine de bons bougres de ses amis de tués? C'est que, malgré toutes les excitations des mauvais jean-foutres, nous avons été attaqués les premiers par les hommes de Versailles. Ce sont eux, — j'en appelle à ta justice. Histoire de la République française! — ce sont eux qui ont ouvert la guerre civile. »
VA {franchi, de Paschal Grousset, s'imprimait par voie de réquisition. Au plus fort de la lutte contre Versailles, il s'exprimait ainsi : « Les gens de Versailles assassinent les pri-
sonniers républicains, et mutilent d'une manière horrible leurs cadavres. — Œil pour œil, dent pour dent. — Les portes de Paris sont fermées. — Nul ne peut sortir de la ville. — Nous avons en main des otages. — Que la Commune rende un décret, que les hommes de la Commune agissent. — A chaque tôte de patriote que Versailles fera tomber, qu'une tête de bonapartiste, d'orléaniste, de légitimiste de Paris roule comme réponse. — Allons, soit! Versailles le veut. —La terreur. »
Nous joignons à ces citations, comme document historique à consulter, la nomenclature par ordre alphabétique des journaux de la Commune.
UAmi du peuple j de Vermorel.
V Avant-garde^ journal rédigé par Secondigné, et qui se distinguait par la violence de ses attaques contre les troupes de Versailles.
Le Bon sens; il prêchait la conciliation. On ne le lisait guère.
La Commune^ grand in-folio quotidien; elle était rédigée par des écrivains du' Combat et du Few</eur qui faisaient appel à toutes les violences révolutionnaires. Dans les derniers jours de l'insurrection, elle parut encadrée de noir comme le Combat.
L'Estafette, de Secondigné, grand in-folio; elle s'était constituée en quelque sorte le bulletin des victoires de la Commune.
Le Fédéraliste, franchement dévoué aux hommes du 18 mars.
Le Fils Duchesiie, huit pages in-8. C'était un enfant terrible, car, tout en paraissant soutenir la Commune, il lui décochait plus d'un- trait empoisonné.
L7nrf^/?enc?ance /Vançafse, quotidienne. Couleur indécise.
La Mère Duchesne, pastiche du Père Dxichesne.
Le Moniteur du Peuple^ rédigé par G. Sol.
Paris libre, par Vésinier, poussait à toutes les violences. Il publiait sous le nom de Liste des mouchards, la nomenclature des hommes qui avaient deniandé un emploi à la Préfecture de police sous l^Empire.
Le Père Fouettardy même format et même genre que le Père . Diuihesne.
Le Salut public^ de Gustave Maroteau.
La Sociale ; elle recueillait pour les reproduire les articles les plus violents des feuilles les plus virulentes.
La Tribune du peuple, par Lissagaray, qui « demandait la suppression sans phrases de tous les journaux hostiles à la Commune. »
Le Vengeur j de Félix Pyat, qui avait succédé au Combat; ^ il refusait toute conciliation et appelait lâches ceux qui pro^ posaient de traiter avec Versailles.
Voilà les feuilles qui, pendant soixante-six jours, ont eu le privilège de surexciter jusqu'au délire une population bienveillante et civilisée entre toutes I