‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 122 sur 178 · EN PLEINE TERREUR · texte numérisé non relu

EN PLEINE TERREUR

Inslitution du Comité ile salut public. — Il dure une semaine. — Résolutions prises par la Commune en comité secret. — Delescluze est nommé délégué civil à la guerre. — Ses proclamations. — Son caractère. — Dernier appel de M. Thlers. — 11 produit un grand effet. — La maison de cet homme d'Etat est livrée au pillage et démolie. — Carte de civisme. — Exécution de la colonne Vendôme. — Les hommes de THôtel de ville copient tous leurs actes sur 93. — Explosion de la cartoucherie Rapp. — Fameuse proposition du citoyen Urbain. — Convocation des jurys d*accusation. — La terreur est à son comble. — Révolution dans le sein de la Commune : le Comité central reprend le gouvernail.

1) y avait déjà plusieurs jours que la Commune de Paris était entrée dans celle pédiode aiguë que M. de Moltke appelle l'heure psychologique : le dénomment allait venir, sanglant, terrible! Deux généraux étaient morts, Lullier était arrêté, Bergeret était arrêté, Cluseret était arrêté, Rossel venait de Têtre. Tant de rigueur montrait clairement qu'on n'avait rien à espérer en dehors de la zone des fortifications. Pour faire face aux difficultés qui grandissaient de jour en jour, les hommes de la Commune, alors dominée par les Jacobins, ne comptaient plus que sur un expédient : la terreur. Ils instituèrent un Comité de salut public pour les aider à se défendre et leur permettre de répandre plus longtemps la mort. Plagiaires de crime, de vol, de meurtre et de toutes sortes d'ignominies, ils révélèrent ainsi du même coup su-

prême la folie furieuse et lâche qu'ils étaient capables d*admirer et de copier.

t. Au début de rinsurrection, nous avons vu Paris gouverné par le Comité central. Après le 26 mars, le pouvoir avait passé aux mains de la Commission executive, composée des citoyens Félix Pyat, Tridon, Lefrançais, Eudes, Duval et Bergeret; le 3 avril, les trois derniers qui étaient généraux furent remplacés, afin de leur permettre de mieux suivre les opérations militaires, par Delescluze, Cournet et Vermorel. Le 20, sur la proposition de Delescluze, nouvelle organisation. La Commission executive fut dissoute etremi^Iacée par une nouvelle, composée des délégués aux neuf principaux services : Cluseret, Jourdes, Viard, Paschal Grousset, Vaillant, Protot, Franckel, Andrieu et Raoul Rigault; celui-ci donna sa démission et fut remplacé le 26 août par Cournet.

Le 2 mai, lorsqu'elle apprit Tévacualion du fort d'Issy, ce premier coup de glas qui sonnait sa chute, la bande de THôtel de ville nomma un Comité de salut public. Dans ce conseil, qui rêvait déjà de faire sauter des monuments et d'égorger des otages, il y avait un homme de lettres, le vieux Pyat: il était Tdme du Comité; les autres membres, Antoine Arnaud, Léo Meillet, Ranvier et Charles Gérardin, n'étaient que le plancher et les montants. Ce Comité dura à peine une semaine : il avait été constitué pendant une absence de Delescluze, que les crises toujours plus fréquentes d'une grave maladie d'estomac retenaient périodiquement; mais, le 9 mai, Delescluze se prononça énergiquetnent contre lui. Ce même jour, la Commune prit les résolutions suivantes après une orageuse séance en comité secret :

ce 1» Réclamer la démission des membres actuels du Comité de salut public, et pourvoir immédiatement à leur remplacement.

« 2« Nommer un délégué civil à la guerre, qui sera assisté delà Commission militaire actuelle, laquelle se mettra immédiatement en permanence.

« 3« Nommer une commission de trois membres chargés de rédiger immédiatement une proclamation.

« 4® Ne plus se réunir que trois fois par semaine en assem-

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blée délibérante, sauf les réunions qui auront lieu dans le cas d'urgence sur la proposition de cinq membres ou sur celle du Comité de salut public.

« 5® Se mettre en permanence dans les mairies de ses arrondissements respectifs pour pourvoir souverainement aux besoins de la situation.

(c 6» Mettre le Comité de salut public en permanence à THôtel de ville. »

Ces diverses résolutions furent exécutées. Le Comité de salut public, reconstitué, se composa des citoyens Antoine Arnaud, Ranvier, Eudes, Gambon et Delescluze. Ce dernier s'efforça d'y faire prévaloir Talliance des moyens révolutionnaires avec le respect de la forme, de la loi, et de l'opinion publique. Dans le Réveil du peuple^ qu'il fonda à ce moment, il soutint avec une rare énergie les doctrines jacobines. La démission de Rossel l'amena à abandonner la Commission executive, dès le lendemain de sa nomination. Il devint alors délégué civil à la guerre, et dans ses nouvelles fonctions fit preuve de la plus impitoyable énergie.

Delescluze signala son avènement au pouvoir par deux proclamations, l'une à la Commune, qu'il rassurait sur la situation militaire, l'autre à la garde nationale.

« Nos remparts, disait-il aux soldats fédérés, sont solides comme vos bras, comme vos cœurs. Vous n'ignorez pas d'ailleurs que vous combattez pour votre liberté et pour l'égalité sociale, cette promesse qui vous a si longtemps échappé; que si vos poitrines sont exposées aux balles et aux obus des Versaillais, le prix qui vous est assuré, c'est l'affranchissement de la France et du monde, la sécurité de vos foyers, la vie de vos femmes et de vos enfants. Vous vaincrez donc; le monde, qui vous contemple et applaudit à vos magnanimes efforts, s'apprête à célébrer votre triomphe, qui sera la salut pour tous les peuples. »

Sectaire farouche et convaincu, Delescluze était bien l'homme qu'il fallait à la Commune agonisante pour lui faire de sanglantes et terribles funérailles. Épuisé par la maladie qui le rongeait, il n'avait plus que quelques jours à vivre. D'autres chefs, qui songeaient à la fuite ou à la trahi-

son, auraient pu préparer & rinsurrcction une fin moins lugubre; mais quoiqu'on ait écrit le contraire, Delcscluze n'estima jamais que les heures qui lui restaient encore valussent une lâcheté ou une infamie. Haineux et impuissant contre la société, dans laquelle il ne put se placer au premier rang, il voulut qu'elle s'abîmât avec lui dans le sang et le feu, et il n'a pas tenu à lui que l'exécution ne répondit complètement & son sinistre dessein.

A son instigation, la Commune supprima tous les journaux hostiles au nouveau gouvernement; des mesures sévères furent prises pour relever la discipline chez les fédérés, et Delescluze, renonçant à défendre Paris au moyen des barricades, concentra tous les moyens de défense sur le rempart. Mais les socialistes du 18 mars, forcés de subir l'ascendant funeste de son talent, ne lui avaient jamais pardonné de faire passer la révolution politique avant la révolution sociale. A peine était-il au pouvoU' que derrière lui s'agitaient le Comité central, le Comité de salut public et la Commune, dont les dissensions intestines allaient paralyser ses efforts. La Commune, divisée en deux camps, tirait à droite et à gauche, sans plus s'occuper du délégué à la guerre, pendant que le Comité central s'efforçait de lui arracher une part de son autorité.

A cette première heure de l'agonie, tout se débattait dans un indicible trouble. Si la population saine se fût soulevée pour répondre à la proclamation que M. Thiers fit afficher dans Paris, et dans laquelle il l'invitait à secouer le joug des fantoches qui opprimaient la capitale depujs deux mois, la partie eût pu se gagner plus tôt, et on aurait peut-être évité la catastrophe finale.

Mais à ce dernier appel, on ne répondit pas plus qu'on ne l'avait fait au 18 mars. Le parti de l'ordre avait alors laissé faire, maintenant il ne pouvait plus remuer. Il n'avait ni drapeau, ni point de ralliement, ni chefs, ni armes, ni argent. Comment aurait-il pu reprendre ce que le Gouvernement n'avait pas su conserver lorsqu'il avait entre les mains trente mille soldats, dix mille fonctionnaires, un budget, une judicature et des ministres?

Cependant, si peu pratique qu'elle fût dans quelques-uns de ses détails, la proclamation de H. Thiers produisit un grand effet. Pour ceux qui comprennent le mouvement des choses politiques, elle était un dernier avertissement & la ville, et comme une dernière sommation k la Commune, elle indiquait « le commencement de la fin ». Le gouvernement de THôtel de ville ne s'y trompa point. Il rapprocha celte pièce d'un récent discours, dans lequel M. Thiers disait qu'il ne fallait plus que huit jours pour venir à bout du siège; cl les conséquences de l'entrée de l'armée dans Paris ne pouvaient qu'exciter la Commune. C'est pourquoi elle prit alors, en se jou:int, la plus odieuse mesure contre le président du Conseil. Plusieurs fois déjà, M. Rochefort, invoquant la loi du talion contre le bombardement de Paris, avait réclamé la démolition de l'hôtel de M. Thiers. Voici de quelle façon il s'exprimait dans le Mot d'oindre du 4 avril :

« M. Thiers possède, place Saint-Georges, un merveilleux hôtel plein d'œuvres d'art de toutes sortes. M. Picard a, sur ce pavé de Paris qu'il a déserté, trois maisons d'un formidable rapport, et M. Jules Favre occupe, rue d'Amsterdam, une habitation somptueuse qui lui appartient. Que diraient donc ces propriétaires hommes d'Étal si, à leurs effondrements, le peuple de Paris répondait par des coups de pioche, et si i chaque maison de Courbevoie touchée par un obus, on abattait un peu de mur du palais de la place Saint-Georges, ou de l'hôtel de la rue d'Amsterdam? »

Jusqu'à ce jour, les plus téméraires avaient hésité. Cette fois, comme s'il eût voulu refaire une page de la république romaine, le Comité de salut public prit la mesure suivante, qui sut émouvoir le grand homme d'État et le prendre par son côté sensible :

« Art. l**" Les biens meubles des propriétés de Thiers seront saisis par les soins de l'administration des domaines.

« Art. 2. La maison de Thiers, située place Saint-Georges, sera rasée.

« Art. 3. Les citoyens Fontaine, délégué aux domaines, et J. Andrieu, délégué aux services publics, sont chargés,

chacun en ce qui le concerne, de Texéculion immédiate du présent arrêté.

« Paris, 21 Floréal an 79.

« Les membres du Comité de Sfdut public, « Ant. Arnaud, Eudes, F. Gambon, G. Ranvieh. »

Ainsi fut traitée autrefois la demeure de Cicéron.

Quelques naïfs avaient prétendu qu'il ne s'agissait (|i(c d'une pure fanfaronnade, mais ils ne connaissaient pas les fous furieux que le malheur des temps avait portés aux affaires. Les bataillons fédérés du dix-huitième arrondi^îsemenl, le 37% le 61% le 64% le 79% le 124' et le 158% précédés du drapeau rouge, envahirent la place Saint-Georges.

A gauche, au centre d'un véritable bouquet de lilas s'élevait, toute pleine de souvenirs, la maison de M. Thiers. Tous les hommes d'État, presque toutes les illustrations du monde y avaient passé. Elle renfermait des meubles précieux, une multitude d'objets rares, des tableaux inestimables. Une foule aveugle et excitée se rua contre ce temple de l'art et fit main basse sur les trésors de toute nature qu'y avaient accumulés cinquante ans de patience. Les livres, les dessins, les cartes géographiques, les autographes, etc., tout fut emporté. Parmi les nombreuses compagnies formant les bataillons qui stationnaient sur la place Saint-Georges, la 12* du 64" se distingua surtout par ses déprédations; sur les cinquante-cinq hommes qui la composaient, il y en eut toujours vingt-quatre en permanence, buvant le vin pris dans les caves, ou, quand ils descendaient de garde, emportant tout ce qu'ils avaient pu soustraire dans les appartements. Plusieurs objets furent ainsi vendus aux passants, quelques-uns offerts à des camarades comme « souvenirs ». La foule, une foule stupéfaite, hébétée, regardait et laissait faire: «Ils pillent; disait-on dans les groupes; ils n'oseront pas démolir. »

Au bout de vingt-quatre heures, l'attentat dont on avait cru incapables les hommes de la Commune était consommé; il ne resta debout que quelques murs.

Alors Paris commença à comprendre que ces nouveaux Vandales ne s'arrêteraient plus devant aucun excès.

La Commune comptait sur Ténergie révolutionnaire du nouveau Comité de salut public et du délégué civil à la guerre; elle ne fut pas trompée. En peu de jours (le Comité fut le maître seulement du 11 au 23], les mesures les plus rigoureuses se succédèrent. A la date du 15 mai, pensant voir des traîtres partout, THôtel de ville rajeunissait le décret de la Terreur relativement aux cartes de civisme. Suivant cet édit, tout citoyen devait être muni d'une carie d'identité contenant ses nom, prénoms, profession, âge et domicile, numéros de légion, de bataillon et de compagnie, ainsi que son signalement. Quiconque serait trouvé non porteur de cette carte pourrait être arrêté par le premier garde national venu. Jamais, depuis 93, formule plus tyrannique n'était venue aux oreilles de la population parisienne; mais ce soupçon, devenu le prétexte d'une loi, ne fit qu'exciter les sourires de la foule. Pas une carte de civisme n a été demandée aux commissaires de police.

Le 16, fut exécutée la colonne Vendôme, dont la démolition avait été décrétée le 12 avril. Ce monument de nos >ictoires, ce bronze perpétuant le souvenir de la défaite de l'Allemagne, ce trophée superbe destiné à redire aux siècles notre gloire et Thumiliation des Germains, était un objet de haine, un incessant aliment de rage et de fureur chez nos implacables ennemis, les Prussiens. En 1814, ils avaient épuisé contre cette colonne leur fureur impuissante; ils devaient réussir en 1871. Il se trouva alors, comme nous en avons vu sous la Commune, des Français assez indignes de te nom pour se faire les agents de la haine prussienne.

Quel sentiment poussait les hommes de l'ilôlel de ville à cet acte de vandalisme? Les Prussiens y . étaient-ils pour quelque chose ? Faut-il y voir l'influence de Karl Marx, de Franckel, ou bien les complaisances vénales de quelques autres, le désir de faire argent de toute matière ou plutôt une protestation sincère contre le despotisme de l'Empire et contre l'influence du militarisme ? Nous croyons que tous ces éléments divers y concoururent.

Mais la Commune avait-elle bien le droit de protester contre la guerre, elle qui dans tous ses bulletins chantait la vaillance et prônait Thonncur militaire? Était-il plus opportun d'invoquer le droit international, quand Tennemi débordait de toutes parts sur nos provinces; ou de parler d'insulte des vainqueurs aux vaincus, lorsque la Prusse nous tenait sous son genou ? Et la fraternité, y avait-il lieu de la rappeler, lorsque les Allemands pillaient, brûlaient, massacraient?

Longtemps on voulut croire que le décret qui ordonnait la destruction de la colonne n'était qu'une vainc menace. Elle appartenait après tout à la France entière ; chacune de ses provinces pouvait revendiquer sa part de gloire écrite sur le bronze! Paris tout seul n'avait pas le droit de la détruire.

Et puis, quelle heure sombre ils avaient choisie pour humilier la patrie! C'était l'heure de nos désastres, Theure où fumaient encore nos villes incendiées, nos chaumières détruites. En vain la voix de Victor Hugo s'éleva contre le sacrilège ; elle n'arrêta pas les déniolisseurs. Voici la protestation du poète :

Peuple, ce siècle a vu tes travaux surhumaiDs:

Il t'a vu repétrir l'Europe de tes mains.

Tu montras le néant du sceptre et des couronnes

Par ta façon de faire et défaire des trônes.

A chacun de tes pas tout croissait d'u n degré ;

Tu marchais, tu faisais, sur le globe effaré

Un ensemencement formidable d'idées ;

Tes légions étaient les vagues débordées

Du progrès s'élevant de sommet en sommet.

La Révolution te guidait. Tu semais

Danton en Allemagne et Voltaire en Espagne ;

Ta gloire, ô peuple, avait Taurore pour compagne,

Et le jour se levait partout où tu passais.

Comme on a dit: les Grecs, on disait: les Français.

De là, deux monuments élevés à ta gloire. Le pilier de puissance et Tarche de victoire. Qui tous deux .sont toi-même, ô peuple souverain! L'un était de granit, et l'autre était d'airain.

Penser qu'on fut vainqueur autrefois est utile.

Oh ! ces deux monuments que craint l'Europe hoslile^

ComDic on va les garder, et comme nuit et jour

On va veiller sur eux avec un sombre amour!

Ah! c'est presqu'un vengeur qu^un témoin d'un autre âge!

Nous les attesterons tous deux, nous qu'on outrage;

Nous puiserons en eux Tardour de châtier

Sur ce hautain métal et sur ce marbre altier.

Ah ! comme on cherchera d'un œil mélancolique,

Tous ces fiers vétérans, fils de la République!

Car rhcuro de la chute est Theure de Torgueil ;

Caria défaite augmente, aux yeux du peuple ca deui',

Le resplendissement farouche des trophées ;

Les âmes de leur feu se sentent réchauffées;

La vision des grands est salubre aux petits.

Nous éterniserons ces monuments, bâlis

Par les morts dont survit Toeuvre extraordinaire :

Ces morts puissants jadis passaient dans le tonnerre,

£t de leur marche encore on entend les éclats;

Et les pâles vivants d'à présent sont, hélas !

Moins qu'eux dans la lumière et plus qu'eux dans la tombe.

Écoutez, c'est la pioche ! Écoutez, c'est la bombe ! Qui donc fait bombarder? qui donc fait démolir? Nous!

Le penseur frémit,, pareil au vieux roi Lear, Qui parle à la tempête et lui fait des reproches. Quels signes effrayants! D'affreux jours sont-ils proches? Est-ce que l'avenir peut être assassiné? Est-ce qu'un siècle meurt quand l'autre n'est pas né? Vertige! De qui donc Paris est-il la proie?

La grande France est là! Qu'importe Bonaparte!

Est-ce qu'on veut un roi quand on regarde Sparte?

Olez Napoléon, le peuple reparaît.

Abattez Tarbre, mais respectez la forêt.

Tous ces grands comballanls, tournant sur ces spirales,

Peuplant les champs, les tours, les barques amiralcs,

Franchissant murs et ponts, fossés, fleuves, marais.

C'est la France montant à l'assaut du progrès.

Justice! Otez de là César, mettez-y Rome.

Qu'on voie à cette cime un peuple, et non un liomni".

Condensez en statue, au sommet du pilier.

Celte foule en qui vit ce Paris chevalier

Vengeur des droits, vainqueur du mensonge féroce I

Que le fourmillement aboutisse au colosse,

Et que ce géant peuple, éclairant tout chemin,

Ait la lumière au front et Tépée à la main I

Respect à dos soldats! Rien n'égalait leurs tailles. La Révolution gronde en leurs vingt batailles.

n. RÈGNE DE LA COMMUNE. 401

La Marseillaise, effroi du vieux monde obscurci, S^est faite pierre là, s'est faite bronze ici ; De ces deux monuments sort un cri : Délivrance ! Quoi! De nos propres mains nous achevons la France ! Quoi ! c^est nous qui faisons cela ! Nous nous jetons Sur ce double trophée envié des Teutons ! Torche et massue au poing, tous à la fois, en foule, C'est sous nos propres coups que notre gloire croule ! Nous la brisons d'en haut, d'en bas, de près, de loin. Toujours, partout, avec la Prusse pour témoin! Ils sont là, ceux à qui fut livrée et vendue Ton invincible épée, 6 patrie éperdue !

Où sont les Charentons, France? où sont les Bicètres? Est-ce qu'ils ne vont pas se lever, les ancêtres? Ces dompteurs de Brunswick, de Cobourg, de Bouille? Terribles, secouant leur vieux sabre rouillé, Cherchant au ciel la grande aurore évanouie ! Est-ce que ce n'est pas une chose inouïe. Qu'ils soient violemment de l'histoire chassés, Eux qui se distinguaient sans jamais dire : Assez!

Hélas ! ce dernier coup après tant de misères !

La France n'est donc pas encore assez tuée?

Si la Prusse à l'orgueil sauvage habituée.

Voyant ses noirs drapeaux enflés par l'aquilon,

Si la Prusse, tenant Paris'sous son talon,

Nous eût crié ; — Je veux que vos gloires s'enfuient,

Français, vous avez là deux restes qui m'ennuient :

Ce pilastre d'airain, cet arc de pierre, il faut

M'en délivrer; ici, dressez un échafaud.

Là, braquez des canons; ce soin sera le vôtre.

Vous démolirez l'un, vous mitraillerez l'autre.

Je l'ordonne. — 0 fureur! Comme on eût dit: Souffrons,

Luttons; c'est trop, ceci passe tous les affronts!

Plutôt mourir cent fois! Nos morts seront en fêtes!

Comme on eût dit : Jamais, jamais!

Et vous le faites?

Malgré ces reproches indignés, ce cri sublime, la colonne fut exécutée !

La démolition avait attiré une foule immense qui se pressait rue de la Paix, place du Nouyel-Opéra et rue Gastiglione; elle avait été annoncée pour deux heures, mais, par suite de l'insuffisance des travaux préparatoires et de la rupture d'un

treuil, ropération ne put avoir lieu qu'à cinq heures et quart. Alors les cabestans recommencèrent à fonctionner. La tension des cAbles s'opéra lentement. Chacun était haletant, un cri étranglé par la crainte d'un accident dont il était impossible de mesurer l'étendue, partit de toutes les .bouches. La colonne s'ébranla. Un silence d'épouvante se fit dans la foule anxieuse. Puis, après avoir oscillé un instant sur sa base, cette masse de bronze et de granit tomba sur le lit de fumier qui lui avait été préparé. Un bruit sourd se mêla au craquement des fascines. Des nuages de poussière s'élevèrent dans les airs. La colonne était toute disloquée ; la statue avait un bras cassé et la tète séparée du tronc. Immédiatement le drapeau roupie fut arboré sur le piédestal resté debout. Un fédéré escalada le soubassement de l'ancien édifice et prononça un discours interrompu par la foule qui désirait écouter le général Bergeret, monté sur les débris du monument.

La chute de la colonne Vendôme impressionna douloureusement l'armée. C'était elle surtout que la Commune avait voulu frapper en abattant ce monument.

Le maréchal Mac-Mahon publia à cette occasion l'ordre du jour suivant :

« Soldats !

a La colonne Vendôme vient de tomber. L'étranger l'avait respectée : la Commune de Paris l'a renversée. Des hommes qui se disent Français ont osé détruire, sous les yeux des Allemands qui nous observent, ce témoin des victoires de vos pères contre l'Europe coalisée. Espéraient-ils, les auteurs indignes de cet attentat à la gloire nationale^ effacer la mémoire des vertus militaires dont ce monument était le glorieux symbole ? Soldats, si les souvenirs que la colonne nous rappelait ne sont plus gravés sur l'airain, ils resteront du moins vivants dans nos cœurs, et, nous inspirant d'eux, nous saurons donner à la France un nouveau gage de bravoure, de dévouement et de patriotisme. »

La destruction de la colonne produisit, on le comprend, une tout autre impression sur les membres de la Commune.

Une députalion se rendit à THôtel de ville immédiatement après la chute du monument, elle fut reçue par MM. Miot et Ranvier. Miot prononça alors l'allocution suivante :

<c Le peuple est patient. Il se résigne à supporter le joug et rhumiliation, mais sa vengeance n'en est que plus terrible le jour où elle éclate. Malheur à ceux ^ui le provoquent et excitent jusqu'au bout son légitime courroux! Jusqu'ici notre colère ne s'est exercée que sur des choses matérielles, mais le jour approche où les représailles seront terribles et atteindront cette réaction infâme qui nous mène et cherche à nous écraser. »

Ranvier, le membre du Comité de salut public, fut encore plus explicite : « La colonne Vendôme, la maison de M. Thiers, la chapelle expiatoire, dit-il, ne sont que des exécutions matérielles. Mais le tour des. traîtres et des royalistes viendra inévitablement si la Commune y est forcée. »

Le programme des abominables assassinats, qui devaient quelques jours plus tard épouvanter le monde, était donc nettement tracé, et les scélérats, qui l'ont fidèlement suivi, avaient reçu leur mot d'ordre.

11 ne faudrait pas croire, toutefois, que ces hommes fussent de bronze. A nîesure que la fin du drame approchait, ils se sentaient mollir. Un sentiment d'efTroi, de plus en plus difficile & dissimuler, se manifestait dans tous leurs actes, copiés avec soin sur 93. Les habitudes, et jusqu'aux dénominations de cette lugubre époque, semblaient être définitivement adoptées. Et cependant, rien de puéril et d'incommode comme la résurrection du calendrier républicain. Mais cette défroque révolutionnaire importait peu à la population parisienne ; ce qui la préoccupait davantage c'était la chasse aux réfractaires, les arrestations d'otages, devenues de plus en plus nombreuses, les réquisitions sans nombre, particulièrement des chevaux qu'il était sévèrement interdit de faire sortir de Paris; toutes les vexations, en un mot, et toutes les tyrannies qu'une capitale puisse souffrir de la part d'un gfroupe de factieux capables de tous les attentats.

Sept journaux furent supprimés d'un seul coup; la des-

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i*\ :c.*c:^< ;\ir :-?il;-j^ x^c: ie Versailles. Les Parisiens,

^":^a::v.-v.-c: i\iJ~.r< i;;-. iins le premier moment de doute,

if r^rtc: ': -r p ,:> ec.xre par ceîte mensongère proclama-

* Le tVu^xTTi^rœz: ie Tersùlles wnl de se souiller d'un uv^x^iAU crtiiir*, le plus epv-uvantable el le plus lâche de

«^ îH^ Jk^^:::s or:t aiis le feu à la cartouchière de l'avenue ^'^ri' <'t prvnv\;ue une e^pîi^ion effro3rable.

* i>M e\;*Uîe à plus de cent le nombre des viclimes. Des

femmes, un enfant à la mamelle, ont été mis en lambeaux.

« Quatre des coupables sont entre les mains de la sûreté générale.

« Paris, le 27 floléal an 79.

« Le Comité de salut pvAlic :

« Ant. Arnauld, Biluoray, E. Eudes, E. Gambon, G. Ranvier. »

Le lendemain, le Journal officiel publiait un rapport signé Butin, lieutenant, et Garantie, chef de légion, et afBrmant que « nos soldats avaient tué, après l'avoir outragée, une cantinière prise pendant qu'elle pansait un blessé, et qu'ils avaient tiré sur des parlementaires, précédés du drapeau blanc. »

Cette proclamation et ce /apport amenèrent la fameuse proposition du citoyen Urbain, dans la séance de la Commune du 17. Nous citons le compte rendu :

Le citoyen Urbain» L'exactitude du document que nous venons de lire est certifiée par le lieutenant Butin, de la 3« compagnie du 105* bataillon.

Je demande, soit à la Commune, soit au Comité de salut public, de décider que dix des otages que nous tenons en main soient fusillés dans les vingt-quatre heures, en représaille du meurtre de la cantinière assassinée et de notre parlementaire accueilli par la fusillade, au mépris du droit des gens. Je demande que cinq de ces otages soient fusillés solennellement à l'intérieur de Paris, devant une délégation de tous les bataillons, et que les cinq autres soient fusillés aux avant-postes devant les gardes témoins de l'assassinat. J'espère que ma proposition sera acceptée.

Le citoyen J.-B. Ctément. J'appuie la proposition du citoyen Urbain; j'ai des renseignements par un parent qui ^revient de Versailles, où il était prisonnier. Les nôtres, qui sont détenus à Versailles, sont excessivement mci^raités : on leur donne très-peu de pain et d'eau ; on débite des infamies sur

leur compte el on les frappe à coups de crosse de fusil ; il faut en finir...

Le [citoyen Raoul Rigaulty procureur de la Commune. Je présente le projet qile voici :

« La Commune de Paris, vu l'urgence,

« Décrète :

« Art. 1*'. Le jury d'accusation pourra provisoirement, pour les accusés de crimes ou délits politiques, prononcer des peines aussitôt après avoir prononcé sur la culpabilité de l'accusé.

« Art. 2. Les peines seront prononcées à la majorité des voix.

« Art. 3. Ces peines seront exécutoires dans les vingtquatre heures.

. <c Raoul RiGÂULT, Urbain, L. Châlàin. »

Je suis d'avis de répondre aux assassinats des Yersaillais de la manière la plus énergique, en frappant les coupables et non les premiers venus. Et cependant, je dois le dire, j'aimerais mieux laisser échapper des coupables que de frapper un seul innocent.

Parmi les gens que nous détenons, il y a de véritables criminels qui méritent d'être traités plus sévèrement que des otages. Eh bien ! le sort peut désigner les moins coupables, el ceux qui le sont le plus peuvent être épargnés.

En attendant que la justice soit instituée complètement, j'ai cru utile d'établir un tribunal chargé de l'examen des crimes de haute trahison. Je déclare, en outre, que je demanderai qu'il ne soit pas tenu compte de la prescription pour les crimes de cette espèce. Et je place sur la même ligne les hommes qui sont d'accord avec Versailles, et les complices de Bonaparte.

Le citoyen Président. Il y a une proposition formulée par le citoyen Urbain.

Le citoyen Urbain. Si l'assemblée décide que les représailles auront lieu dans un très-court délai...

Le citoyen Raoul Rigault , procureur de la Commune. Le jury d'accusation est assigné pour après-demain.

Le citoyen Urbain. Si l'on nous donne les moyens d'exer- •cer légalement, d'une façon convenable et promptement, les représailles, je. serai satisfait.

Le citoyen Président. Voici la proposition Urbain :

« Vu l'urgence,

a La Commune

« Décrète :

a Dix individus désignés par le jury d'accusation seront fusillés en punition des assassinats commis par les Versaillais, et notamment de l'assassinat d'une cantinière fusillée par eux au mépris de toutes les lois humaines,

« Cinq de ces otages seront fusillés aux avant-postes, et aussi près que possible du lieu où a été commis le crime.

« Urbain. »

Le citoyen Protol. Je déclare, au sujet du projet présenté par le citoyen Rigault, que le jury d'accusation ne peut se prononcer que sur les questions de faits, qu'il n'y a pas de loi pénale atteignant les délits dont parle le citoyen Rigault. Il faut donc déterminer la peine dont ils sont susceptibles.

Le citoyen Amouroux. Je suis d'avis qu'on doit user de représailles. 11 y a un mois, nous avons annoncé la mise à exécution d'un projet qui empêcha pour un temps les crimes que commettaient les Versaillais; mais comme la Commune n'a rien fait, les Versaillais ont de nouveau recommencé à assassiner les nôtres. En présence de ce qui se passe, je demande quel usage on fait de la loi sur les otages. Devons-nous condamner les gens retenus à ce titre? Mais estce que les Versaillais jugent nos gardes nationaux? Ils les prennent et ils les tuent sur les grands chemins. Agissons donc I et pour chacun de nos frères assassinés, répondons par une triple exécution; nous avons des otages, parmi eux des prêtres, frappons ceux-là de préférence, car les Versaillais y tiennent plus qu'aux soldats.

Le citoyen Vaillant. Je suis, je l'avoue, dans un grand embarras, quand je vois en complet désaccord dans la grave question qui nous occupe, les deux seuls personnages com«pétents de cette assemblée sur cette matière. Ne serait-il

pas bon que les citoyens Protot et Rigault s'entendissent paur nous apporter une résolution quelconque ?

Le citoyen Protot^ délégué à la justice. Il n'y a pas de résolution à prendre. Le procureur de la Commune peut traduire devant les deux premières sessions du jury d'accusation les personnages qu'il veut faire juger.

Le citoyen Pillot^ président. Ne perdons point de vue ce qui est en discussion, c'est-à-dire la proposition Urbain. La grande question, en ce moment, est d'anéantir nos. ennemis. Nous sommes en révolution, et il faut agir en révolutionnaires; il faut instituer un tribunal qui juge et qui fasse exécuter ses arrêts.

Le citoyen Urbain, Le jiiry d'accusation, dont on vient de parler, va-t-il fonctionner? S'il doit fonctionner, ma proposition peut subsister; dans le cas contraire, il vaudrait mieux voter la proposition Rigault.

Le citoyen Philippe^ délégué au douzième arrondissement. Nous sommes en butte à une réaction terrible. Il faut prendre des mesures énergiques; que l'on sache que nous sommes bien décidés à briser tous les obstacles que l'on oppose à la marche triomphante de la révolution.

Le citoyen Urbain. Si l'on vote sur le projet Rigault, je retire ma proposition.

Le citoyen Vaillant. Si votre jury d'accusation fonctionne régulièrement, il n'y a pas besoin d'une proposition spéciale. Vous n'avez qu'à appliquer le décret de la Commune relatif aux représailles, en déclarant que les citoyens Rigault et Protot sont chargés de l'exécution.

Après d'autres observations, le citoyen Urbain retire sa proposition devant le vote de Tordre du jour suivant, mais en déclarant qu'il la reprendra s'il le faut dans les quarantehuit heures :

La Commune s'en référant à son décret du 5 avril 1871, en demande la mise à exécution et passe à l'ordre du jour. En exécution de ce vote, les jurys d'accusation furent convoqués; en deux jours, environ vingt-cinq sergents de ville ou gendarmes passèrent devant les jurys, et sur ce nombre trois ou quatre seulement furent renvoyés. Les au-

très furent retenus comme otages, ce qui équivalait dans les circonstances à une condamnation à mort, sans qu'on leur reprochât autre chose que leur ancienne qualité, et sans qu'ils fussent dérendus :

«Vous saviez, disait le président du jury au gardien de la paix Taussin, quelle division d'opinion il y avait entre le peuple de Paris et le Gouvernement ; vous connaissiez les sentiments du peuple, ne fût-ce que par les journées du 31 octobre et du 22 janvier. D'autres ont donné leur démission, pourquoi n'avez-vous pas fait de môme?»

Et le malheureux fut condamné !

Alors la terreur fut à son comble. L'angoisse, mais une angoisse inconnue jusque-là, régnait sur tous les visages; on attendait avec la plus grande impatience l'arrivée de nos libérateurs, mais on redoutait en même temps le dernier coup de canon. Les bruits les plus sinistres circulaient sur l'issue de la lutte ; le Comité central faisait annoncer tous les soirs dans les clubs que Paris ne se rendrait jamais, qu'il était sillonné de torpilles, que les égouts étaient de vastes réceptacles de poudre; que tout sauterait à l'arrivée cfes Versaillais , que l'ennemi ne trouverait que des ruines sur son passage. On savait par la dure expérience qu'on avait faite du vandalisme de la Commune, que celle-ci était capable de tous les excès. Depuis plusieurs jours on voyait passer de grandes charrettes chargées de pétrole dont on ignorait la destination ; les bataillons insurgés se précipitaient vers les Champs-Elysées ; le tambour battait la générale à chaque heure de la nuit ; le crépitement de la mitrailleuse et le bruit du canon se rapprochaient peu à peu et devenaient étourdissants. Les rues étaient désertes et il serait difficile de se faire une idée du froid glacial que jetait dans les veines la solitude des grandes voies; les vieillards seuls pouvaient sortir sans porter l'uniforme de garde national. Les barricades négligées depuis quelque temps se relevaient partout; une atmosphère de plomb semblait peser sur Paris ; les poitrines manquaient d'air. C'était le supplice clairement annoncé par le prophète révolutionnaire.

« On verra une multitude déchaînée, armée, ivre de vengeance et de fureur ;

« Des piques, des haches, des sabres nus, des couperets et des marteaux ;

« La cité morne et silencieuse ; la police au foyer de la famille ; les opinions suspectées, les paroles écoutées, les laripes observées, les soupirs comptés, le silence épié, l'espionnage et les dénonciations ;

« Les réquisitions inexorables, les emprunts forcés et progressifs, le papier-monnaie déprécié;

a La guerre civile et l'étranger sur les frontières;

a Les proconsulats impitoyables, le Comité de salut public, un tribunal suprême au cœur d'airain.

« Voilà les fruits de la rA^olution démocratique et sociale*»

Au spectacle de toutes ces violences, une minorité saisie d'effroi avait déclaré se laver les mains de tous les crimes que préparait la Commune. Elle songea même un instant à se démettre de ses fonctions, mais sur l'injonction qui leur fut faite, les membres qui la composaient revinrent tout tremblants réoccuper leurs* sièges. 11 n'y avait pas que ce rapprochement à ménager. En voyant qu'on était démantelé de toutes parts, que les forts du sud se rendaient l'un après l'autre, le Comité central taxait la Commune d'inhabileté, de mollesse, et se disposait à l'accuser de haute trahison pour s'en défaire et se remettre à sa place. Il était donc urgent d.'eflfectuer une réconciliation entre la Commune et le Comité; elle eut lieu, grâce à une manœuvre conduite par Félix Pyat. Une proclamation, affichée le 18 mai et reproduite le lendemain par le Journal officiel, expliquait la nouvelle situation. Les signatairesMéclaraient que, les bruits de dissidence persistant, il fallait les réduire à néant par une sorte de pacte public.

Par suite de cet arrangement, le Comité central, imposé par le Comité de salut public et l'administration de la guerre, entrait en fonctions à partir de ce jour. Ce n'est pas qu'il eût

. Proudhon.

abdiqué depuis la proclamation de la Commune. Tous les délégués à la guerre, qui s'étaient si rapidement succédé, l'avaient rencontré sur leur chemin, et l'on sait comment Rossel avait été brisé pour avoir voulu engager la lutte contre lui. Mais l'action du Comité central, quoique prépondérante, était moins visible qu'au 18 mars. La nouvelle proclamation le montrait aujourd'hui plus puissant que jamais, et subordonnait Delescluze lui-même à son action souve* raine.

En resaisissant le gouvernail, le Comité ne se bornait pas à jeter par-dessus le bord ceux qu'il appelait dédaigneusement les républicains formalistes. Tout plein des idées inexorables de l'Internationale, il avait pour objet de frapper sans pitié la société actuelle sans perdre le temps k suivre l'exemple des lyriques imitateurs de quatre-vingt-treize, qui s'arrêtaient aux fleurettes du chemin. Original comme tout ce qui est barbare, il entendait faire du neuf, à ce qu'il disait du moins. Agir d'une manière terrible et parler après, si on le juge à propos, tel était son programme. Au contact de ces ouvriers impitoyables et sans art qui redevenaient les maîtres, le jacobin Félix Pyait s'était dépouillé des guenilles de l'école, et voilà comment il put servir de trait d'union entre la Commune et le terrible Comité.

Nous appelons l'attention du lecteur sur cette révolution intérieure, parce qu'elle nous paraît jeter une vive lueur sur les épouvantables événements qui vont s'accomplir, et qui étaient dès lors en préparation.

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