‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 125 sur 178 · LE SOUTENIR · texte numérisé non relu

LE SOUTENIR

A cette communication, bien autrement importante que celle de l'arrivée de Guéret, Limoges el Vierzon.... qui n'arrivaient jamais, Grousset joignit le conseil patriotique de refuser toute conciliation, si M. Thiers, effrayé par Tinter vention européenne, voulait traiter!

La nouvelle était si merveilleuse qu'elle aurait dû doubler l'enthousiasme des soldats fédérés; mais la débandade n'en continua pas moins. Pour l'arrêter le Comité de salut public vota le Livre d'or où l'on devait inscrire les noms des citoyens ayant bien mérité de la patrie. A cette première récompense, il voulut ajouter des armes d'honneur^ ce qui amena la découverte du vol de cinquante mille revolvers fait dans les magasins de l'État. MM. les fédérés n'avaient pas attendu que la Commune garnît leurs ceinturons.

Après ces offres pompeuses destinées à ranimer l'ardeur de ses partisans, le Comité de salut public s'adressa plus heureusement à leurs estomacs. Les omnibus furent réquisitionnés pour transporter aux remparts et aux forts des amas de saucissons et de nombreux tonneaux de vin qu'on avait pris le soin de frelater avec de la nicotine. Ce mélange, on l'a constaté plus tard, après la prise des forts, produisait une surexcitation qui faisait tenir pied aux malheureux insurgés, mais en même temps, il rendait funeste toute blessure reçue.

Tant de prévenances obtinrent bien quelque résullal, mais la lassitude et le découragement amenèrent promptement de nouvelles désertions.

C'est alors qu'aux douceurs du Comité, Rossel voulut faire succéder les rigueurs militaires des conseils de guerre. Il ne parlait de rien moins que de fusiller, sans aucune forme de procès, tous les chefs de légion de la garde nationale, coupables du crime de délibération ; et il accusait la Commune de pusillanimité, parce qu'elle ne voulait pas le suivre dans cette voie. A Issy, il brûla la cervelle à des fuyards; et quand le revolver fut insuffisant, il recourut au canon; il rédiga cet ordre monstrueux, inséré au Journal officiel^ dans lequel il menaçait de cartonner les fuyards! menace bientôt impuissante conime les promesses.

Nous avons reproduit plus haut la fameuse dépêche de Rossel : « Le drapeau tricolore fl6tte sur le fort d'Issy. » Cette dépêche, en plongeant Paris dans la stupeur, souleva comme un coin du voile qui couvrait la réalité. La Commune essaya de rassurer les esprits en démentant le fait dans la communication suivante, qui émanait de l'Hôtel de ville, et était signée Vésinier :

« Paris, 9 mai 1871.

« C'est par une erreur regrettable qu'on a annoncé que le fort d'Issy était pris et occupé par les Yersaillais. 11 n'en est rien, heureusement, et le drapeau de la Commune flotte toujours sur les remparts. »

Le public le crut durant une heure, mais il fallut de toute nécessité se rendre à l'évidence, lorsque le général Brunel fit l'aveu suivant dans une lettre adressée à la Commune et publiée par le Cri du peuple :

« Les troupes cantonnées au village d'Issy ont quitté hier leurs positions pendant que je me trouvais à Paris. Comme ce fait se relie à une succession de causes qui se tiennent, et sur lesquelles il est bon que le public soit édifié, je demande à être mis en état d'arrestation et qu'une enquête soit commencée.

« Brunel. »

n. RÈGNE DE LA COMMUNE.

Et cependant, malgré ce nouvel échec, la Commune continua la série de ses bulletins victorieux !

« Paris, le 12 mai 1871.

« Vanves. — Les fédérés ont repoussé les Versaillais voulant s'y établir. »

<c Saint-Ouen, — Versaillais, côté de Gennevilliers, ne peuvent s'établir. »

« Clichy, 11 h. — Nos batteries ont mis le feu à Asnières, près le pont. Depuis trois heures, lutte a4mirable du côte des fédérés. Les Versaillais fuient de toutes parts. »

« Neuilly^ midi. — Reprise des hostilités ; sérieux avantages du côté des fédérés. »

Asnières, 4 heures et demie. — Versaillais sont éprouvés par l'artillerie de nos bastions. »

Le 20 mai, alors que la Commune était aux abois, l^Estafette avait le triste courage d'annoncer la défaite des Versaillais : « Un grand combat, disait-elle, a eu lieu hier ; les fédérés, sortis par la porte de la Muette, ont attaqué les royalistes dans leurs retranchements, avec une vigueur et un entrain admirables. Les royalistes ont été culbutés et ont éprouvé des pertes énormes. »

VOffidel du 22 mai renferme encore les documents suivants :

« Gentilly.

« Gentilly. — Heureuse reconnaissance poussée jusqu'à Choisy-le-Roi, Orly et Thiais. »

« Bicêlre^ 9 h. du soir. — Versaillais installent une batterie à mi-côté de Bagneux, mais les projectiles n'arrivent pas jusqu'à nous. Le fort et les Hautes-Bruyères ouvrent le feu et ne tardent pas à réduire les batteries ennemies. De minuit à deux heures du matin, l'ennemi s'est avancé jusque dans le cimetière de Bagneux; nos fédérés l'ont repoussé jusqu'à leurs anciennes positions. »

Montrouge, — Nos positions ont été attaquées plusieurs fois; toutes les attaques ont été repoussées victorieusement. Le général la Cécilia a fait fusiller un espion, pris en flagrant

délit. Attaque très-violente de l'ennemi contre les Hautes- Bruyères, barricades de Villejuif et Mqulin-Saquet. D'après des renseignements sûrs, Tennemi y a laissé une centaine de cadavres; de notre côté, pertes insigniûantes. »

« Auteuil. — Succès importants. Nos artilleurs sont pleins d'entrain, et l'esprit des troupes en général est excellent. »

« Neuilly. — Tout va bien. Les batteries de nos barricades font éprouver des pertes sérieuses aux Versaillais. Reprise des hostilités jusqu'à six heures du matin; avantage aux fédérés. — Après-midi. — Nos bastions tirent de temps à autre et font cesser le feu ennemi. »

« Montmartrey Saint^Ouen. — Tirent de temps en temps sur la redoute de Gennevilliers, ainsi que sur les bastions. La Joséphine tire sur Bécon, qui ne répond pas. »

« Asnières. — Forte canonnade; nous éteignons le feu de plusieurs pièces des batteries de Bécon. Montmartre continue son tir avec de bons résultats. Le bombardement d'Auteuil, Passy et du Point-du-Jour continue ; de nombreux obus sont dirigés sur le Trocadéro. Des femmes et des enfants sont tués et blessés ; que leur sang retombe sur nos misérables ennemis! »

« Asnières^ soirée du 19. — Versaillais ont tenté une attaque. Au bout d'une heure, leur feu a été complètement éteint. — Nuit. — Convoi d'artillerie se dirigeant sur Gennevilliers dispersé par les batteries de Clichy. — Matinée, neuf heures. — Feu très-violent du côté de l'ennemi, éteint par nos batteries.

« Pelit-VanveSy midi. — Les Garibaldiens ont mis en fuite les ruraux.. Nous avons encore eu l'avantage du côté deClamart. »

Lorsque YOfficiel de la Commune publiait ces dernières victoires, il y avait deux jours que les troupes de Versailles avaient pénétré dans Paris. Et quand la terrible nouvelle fut enfln connue de tous, Paris libre terminait son article-affiche par ces lignes : « Déjà les soldats, nos frères, reculent devant le crime qu'on veut leur faire commettre. Un grand nombre d'entre eux sont passés dsms nos rangs; leurs camarades suivront en foule cet exemple. »

A côté des fausses nouvelles, les fausses doctrines furent pour la Commun^ un autre moyen de conserver ses défenseurs et d'égarer l'opinion. Tous ses soldats n'étaient pas également braves; beaucoup s'enfuyaient au premier choc; d'autres se lassaient après un service assidu hors des murs; ils rentraient en criant à la trahison, mais ils ne passaient pas à Tennemi. On a même entendu des gardes nationaux emprisonnés au nom de la Commune, et qui n'avaient aucune raison de lui être dévoués, s'écrier en montrant le poing : « Toute notre haine est pour Versailles ! » La Commune se les rattachait par la solde, qu'elle assurait & tous les gardes nationaux qui reconnaissaient son autorité, et surtout par les espérances de transformation sociale. II n'était pas rare cependant de rencontrer le point d'honneur militaire chez ces hommes du peuple, dont l'orgueil avait été si imprudemment exalté et si amèrement déçu pendant le premier siège.

a Le mouvement actuel, disait la Commune du 19 avril, est tout à la fois une révolution politique et une nouvelle évolution sociale.... Cette révolution est l'avènement des idées élaborées depuis quarante ans par la polémique des partis, et son programme consiste dans celles de ces idées qui sont désormais acceptées par l'opinion publique. Au fond, il s'agit de savoir si la France maintiendra la République avec ses conséquences économiqueSy ou si elle permettra la restauration d'une monarchie bonapartiste ou bourbonienne, avec les institutions qui en découlent naturellement comme d'une source fangeuse et empoisonnée. » ^

La Révolution politique et sociale^ organe officiel de Vlnternationale^ développait le programme socialiste, proposant de réorganiser la garde nationale sans généralat en chef et autres attributions aristocratiques..., de supprimer complètement la police..., de faire rentrer dans la collectivité les biens cléri^

eaux et les édifices affectés au commerce des superstitions; d'entreprendre de grands travaux dans la cité, et d'en confier rexécution à des sociétés ouvrières ; de calouler l'impôt de façon à ce qu'il ne frappe que sur le capital.

« Soyons révolutionnaires, disait-elle ailleurs ; et quant aux intrigants qui ne peuvent concevoir un état où tous seront obligés de produire, en échange des droits qu'assure la société, ils accepteront, émigreront ou seront anéantis. »

Le Père DuchesnCy qui mettait son titre de jacobin et son langage grossier au service'du parti socialiste le plus avancé, réclama la suppression de l'héritage et annonça que le capital serait broyé en 1871, comme la propriété avait été broyée en 89.

Grâce à cette perspective, présentée sous toutes les formes, la Commune, quoique l'ineptie le disputât chez elle à la perversité, vit croître le nombre de ses adhérents ; on la servait en la méprisant, on lui témoignait son dédain en s'abstenant de voter aux élections destinées à la compléter, mais on n'en obéissait pas moins à ses plus absurdes décrets. ,

La Montagne dirigea plus haut ses attaques : « Ne parlez pas de Dieu, écrivait-elle dans son numéro du 19; ce croquemitaine ne nous effraye plus. Il y a trop longtemps qu'il n'est qu'un prétexte à pillage et à assassinat : c'est au nom de Dieu que Guillaume a bu à plein casque le plus pur de notre sang; ce sont des soldats du pape qui bombardent lei^ Ternes. Nous biffons Dieu ! »

Le gouvernement de la Commune pensa que dé semblables théories méritaient d'être propagées le plus possible Le 19 avril, le directeur de l'Assistance publique décida què les hôpitaux et les hospices auraient à l'avenir une salle de lecture où les convalescents, les blessés, les vieillards trouveraient les feuilles déqfiocratiques « qui défendent la République et propagent les institutions sociales de l'avenir. »

Quiconque connaît les divers éléments, dont se compose cette partie de la population parisienne mobile et avide de bien-être qui a fait ou laissé faire le 18 mars, comprend facilement qu'elle ait été égarée par les fausses nouvelles et les fausses doctrines. Mais on ne s'explique pas qu'elle ait toléré tous les crimes 'commis par la Commune. Cette inertie de toute une ville, en face de l'assassinat et de la destruction de ses monuments, est un des faits les plus étranges de cette époque tourmentée. Il faut l'attribuer surtout au désarroi de la presse honnête, la presse démagogique étant restée maîtresse du terrain. Il fut facile aux mauvais journaux, une fois débarrassés de leurs vaillants, contradicteurs, de préparer l'esprit d'hommes aussi crédules et passionnés que les Parisiens, à des attentats qu'on leur présentait comme des actes de justice, une expiation ou des rej^résailles.

Le 22 mars, le Père Duchesne jette le cri de guerre contre l'Assemblée nationale : « Dispersez-la, écrit-il, écrasez -la, si elle résiste ; vous êtes la force, mais seulement parce 'que vous êtes le droit. »

Le 27 mars, le Journal officiel termine ainsi un article qu'il emprunte au citoyen Vaillant, et qui lui paraît répondre d'une façon satisfaisante à une des difficultés du moment. « La société n'a qu'un devoir envers les princes : la mort; elle n'est tenue qu'à une formalité : la constatation d'identité. Les d'Orléans sont en France, les Bonaparte veulent revenir; que les bons citoyens avisent! »

Le 4 avril, Y Affranchi écrit : « Si la Commune est énergique, fauteurs de désordre, promoteurs d^ guerre civile, demain vos têtes doivent être mises à prix ; Thiers, Porsenna qui assiège Rome! trois cents jeunes gens ont juré ta mort. »

Si ces menaces restèrent impuissantes, il en est d'autres

qui trouvèrent des exécuteurs, malgré tout ce qu'eUes avaient de cynique et de féroce.

Le Salut public et Ibl Montagne réclamèrent l'application de la loi sur les otages. Ces mêmes journaux, et d'autres avec eux, ne craignirent pas, nous l'avons vu, de soulever les fureurs populaires contre le clergé catholique, en imaginant et propageant à Tenvi la fable odieuse des cadavres trouvés dans le couvent de Picpus, dans les églises de Saint- Laurent et de Notre-Dame-des-Victoires.

« Après les cadavres de Saint-Laurent, dit le Cri du peuple du 6 mai, voici les squelettes de Picpus, squelettes d'enfants étouffés en naissant par les bonnes sœurs : l'Église leur défend le mariage; l'infanticide est une ressource; elles en usent. » Et il ajoute, en empruntant la nouvelle au Mot d'ordre : « On a tropvé aussi, dans la cellule d'une religieuse, un ouvrage sur la manière de faire avorter. »

La population ouvrière, dont l'intelligence est nourrie depuis quarante ans de tant de romans malsains et invraisemblables, ne tarda pas à ajouter foi à toutes ces fables.

C'est ce même journal, le Cri du peuple^ qui, le 4 avril, réclamait en ces termes la démolition de la colonne Yendôme :

ce Laide et maigre, noire et sombre, couverte du sang des vieux guerriers de la République, elle supporte, sur un piédestal de boue et de fumier, la copie grotesque du despote Napoléon ; il faut l'abattre. Là Commune n'a pas besoin de rendre un décret : la justice universelle ordonne; le peuple de Paris sera son exécuteur; il déboulonnera un à un les cylindres de ce monument d'infamie. On en fera des sous pour les malheureux, ou des canons pour sauver la patrie; et ainsi disparaîtra le dernier souvenir de notre esclavage et des débauches napoléoniennes. »

La démolition de la colonne ne suffit pas à la Montagne : « On a démoli la colonne, disait-elle le 19 avril; très-bien. Mais ne va-t-on pas aussi prendre une décision à l'égard de l'homme en l'honneur de qui elle avait été érigée, et dont la momie repose aux Invalides?...» Cette ordure, que ne lajettet-on à la voirie? »

Le Mot d'ordre voulut autre chose : « Aujourd'hui même; dit-il, le 12 mai, le bonhomme de bronze sera descendu de son socle et le socle anéanti avec son bonhomme. Eh bien ! ce ne serait que justice si, sur la place même où ils ont si longtemps trôné, le peuple brûlait de sa main cet autre monument dépravateur qui s'appelle V Histoire du Consulat et de V Empire, »

Lorsque la Commune eut mis sous le séquestre les biens de ^. Thiers, le Mot d'ordre provoqua la prise de possession de la demeure de cet homme d'État. Nous avons déjà cité l'article qu'il publia alors, et qui eut pour eiTet de faire piller l'hôtel de la place Saint-Georges.

Mais cela ne devait pas calmer le ressentiment de la Commune.

Le 6 mai, le Vengeur annonça en ces termes le sort réservé à la maison de H. Thiers :

a Le nom d'Ërostrate fut maudit, sa race proscrite, sa maison rasée, une pierre noire fut posée à sa place, semée de sel en signe de deuil et d'expiation, avec cette devise : a Aux dieux infernaux. » Et qu'avait fait ce fou, à côté du traître? Le fou avait mis le feu au temple d'Ëphèse, le traître a mis le feu au temple du monde ; il a incendié l'Ëphëse du progrès, la Mecque de la liberté, la Rome de l'humanité. Le traître a commis le crime le plus impie, le plus sacrilège, le plus inhumain qui ait été commis de mémoire d'homme. Au nom de Paris, au nom de la France, au nom de l'humanité, que son nom soit trois fois maudit, le jour de sa mort fêté; que sa maison tombe à l'heure même ob tombera cette colonne qu'il a célébrée et dépassée en crimQ^; qu'il n'en reste qu'une pierre avec cette inscription vengeresse : « Là fut la maison d'un Français qui a brûlé Paris. »

Tous les griefs possibles contre un gouvernement abhorré étaient acceptés aveuglément. Auprès « des crimes des Yersaillais », les plus abominables excès des communeux passaient pour des peccadilles ou des actes de légitime défense. « On fait pire à Yersailles, » disaient les plus modérés. C'était le thème habituel des journaux populaires, même de ceux qui ne craignaient pas de flétrir ou de railler la Commune.

Un langage semblable se tenait parfois dans des milieux où l'insurrection n'avait jusqu'alors rencontré qu'antipathie; le second siège rappelait le premier, éveillait des sentiments du même genre. Ceux qui en souffraient avaient quelque peine à distinguer l'ennemi de l'ami qui les tenait en partie bloqués, qui envoyait des obus sur leurs maisons, qui les menaçait d'une prise d'assaut suivie d'une affreuse boucherie dans leurs rues barricadées, qui les exposait enfin à toutes les conséquences de l'exaspération communeuse* Et ces conséquences, on ne pouvait se les dissimuler; il suffit de feuilleter les journaux pour y trouver des provocations. Le 11 mai, le Père Dxichesne faisait une grande motion pour qu'on f..., à bas l'infâme baraque des Tuileries; et le 17 mai, le Cri du peuple jelait ce défi à l'armée de Versailles : « Qu'elle sache bien que Paris est décidé à tout, et que les précautions sont prises. Paris vaincra ou, s'il succombe, il engloutira les vainqueurs dans une catastrophe épouvantable. Dernier avis aux bombardeurs ! »

De là une disposition trop répandue à placer sur la même ligne la Commune et le gouvernement légal; <ld là cette forme comminatoire sous laquelle se produisaient de nouvelles tentatives de conciliation. Repoussés à l'Hôtel de ville avec plus de hauteur apparente qu'à Versailles, les promoteurs de ces tentatives ne montraient d'égard que pour le pouvoir insurrectionnel ; ils lui empruntaient presque tout son programme ; ils affectaient , en lui adressant leurs requêtes, une certaine confiance en sa sagesse; à peine osaientils se plaindre de son refus. Versailles, au contraire, était menacé du soulèvement de tout Paris, s'il rejetait un seul article d'un traité de paix qui eût été le complet anéantissement des droits de la France sur sa capitale. L'esprit révolutionnaire dictait seul ce langage : plus d'un défenseur de la Commune était parmi leurs adhérents; mais il s'y trouvait aussi bon nombre d'honnêtes gens égarés ou aigris.

C'est ainsi que jusqu'au dernier moment, la plus grande partie de la population parisienne, abusée, séduite et affolée, put croire que le gouvernement de la Commune était le vrai et

légitime gouvernement; qu'il avait pour lui la force et le droit, et qu'il finirait par triompher des insurgés de Versailles, comme il avait cru quelques mois auparavant, sur la foi d'autres journaux, que les Prussiens fuyaient devant la garde nationale, et que Paris ne capitulerait jamais.

TROISIÈME PARTffi

GHUTB M U COMMUNE

Jusqu'ici les hommes de la Commune se sont montrés à nous comme des incapables ou des fanatiques d'amlntion- Nous les avons vus se ruer à l'assaut du pouvoir, saisir le sceptre, être rois !.... Pour arme, pour loi, ils n'eurent jamais que la force aveugle et brutale. On eût dit que ne pouvant perpétuer leur nom par l'amour et la reconnaissance, ils chargeaient le mépris et la haine de garder leur mémoire. Us frappaient, ils frappaient sans relâche ; ils écrasaient les uns, terrorisaient les autres. Et comme si cette impitoyable tyrannie n'eût pas suffi pour donner la mesure de leur abjection et de leur cruauté, ils vont nous apparaître maintenant, l'œil enflammé et la torche à la main.

Ils boiront à longs traits et la gloire, et le sang, et l'honneur. Ils ne seront jamais las; à l'aube, à la nuit, on les trouvera toujours debout ; ils ne dormiront pas, car il faut se hâter : l'ennemi se rapproche et leur règne ne sera plus long*

Décrire l'orgie de fureur et de vengeance, dont Paris a donné le spectacle au monde, est une tâche qui remplirait notre âme de désespoir, si nous n'avions que des opinions; le désir et l'espérance de contribuer au salut de notre pays ont pu seuls nous soutenir jusqu'au bout de notre étude.

Cette troisième partie comprend sept chapitres.

Le premier embrasse les trois périodes de la bataille des sept jours.

Le second enregistre les épisodes de cette lutte suprême.

Le troisième décrit Paris en feu.

Le quatrième nous fait assister aux effroyables massacres décrétés par la Commune expirante.

Le cinquième est surtout Texposé de l'ensemble des opérations judiciaires, résultant de la répression des crimes et des délits de toute nature commis pendant la période insurrectionnelle.

Le sixième recherche les causes de la chute de la Commune.

Le septième examine la possibilité de son retour et indique les moyens de le prévenir.

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